HOUSE OF THE DRAGON – saison 3

Quelques mois seulement après la découverte d’un second spin-off (réussi) issu de l’univers de Game of Thrones, la chaîne HBO dégaine son blockbuster estival avec la saison 3 de House of the Dragon. Une nouvelle aventure très attendue qui marque le retour aux hostilités, tout feu tout flamme, à Westeros.

Ce retour était d’autant plus attendu qu’il survient après une deuxième saison qui avait quelque peu déçu son public avec un rythme général tempéré. Son final était, à ce niveau, très frustrant puisqu’il teasait plusieurs affrontements à venir, sans nous mettre grand-chose sous la dent au moment de sa conclusion. Cette nouvelle aventure s’annonçait donc inévitablement plus soutenue.

La troisième saison de House of the Dragon raconte une guerre totale et sans pitié, marquée par la prise de Port-Réal par Rhaenyra, la menace de la flotte de la Triarchie au niveau du Gosier, et l’invasion impitoyable de Chutebourg par Ormund Hightower.

À l’arrivée, House of the Dragon 3 ne remplit que partiellement son contrat, tant ses huit nouveaux épisodes manquent d’équilibre sur la longueur. Et pour cause : après un véritable tour de force durant ses premiers chapitres, la suite de sa saison subit un ventre mou persistant. La suite de cette Danse des Dragons manque alors de coups d’éclat durant sa progression, alors que son rythme se rapproche de celui de sa saison précédente.

Pour retrouver mes critiques plus détaillées (avec spoilers) épisode par épisode c'est ici :
. Ép. 1 / Ép. 2 / Ép. 3 / Ép. 4 / Ép. 5 / Ép. 6 / Ép. 7 / Ép. 8 (finale)

Néanmoins, avec une fin de saison épique, cette troisième saison atteint un point de non-retour dans sa guerre de succession. De plus, le spin-off a l’atout de cultiver certaines de ses thématiques avec une maîtrise rare, rendant l’exercice passionnant. D’autant que, quand les flammes jaillissent, elles nous brûlent à vif.

Un ballet d’écailles et de flammes

En s’ouvrant sur la promesse d’un affrontement titanesque, cette saison 3 ne déçoit pas. Dans un premier temps. S’il faut patienter avant une nouvelle bataille de cette échelle, House of the Dragon démontre qu’elle possède l’ambition (et les moyens) de son aînée. Son premier épisode, conséquent dans sa mise en chantier, le prouve dans un moment maritime inédit dans la saga.

Toujours privée de l’expertise d’un Miguel Sapochnik, ou cette fois d’un quelconque vétéran de Game of Thrones, sa production parvient tout de même à donner quelques armes affûtées à ses plus fidèles artisans. C’est le cas de Loni Peristere pour le registre de l’action, ou de Clare Kilner dans ses moments plus intimes.

Autant d’atouts appropriés selon l’épisode, qui confèrent à la série une véritable lisibilité dans ses affrontements, ou un impact émotionnel et sensoriel lorsqu’elle se colle à ses personnages. Son troisième épisode est, à ce titre, très réussi. Et si ses scènes de violence servent toujours l’intrigue, la vision de ses dragons reste la principale attraction du show.

Si on peut toujours regretter leurs absences sur la longueur, la production applique de nouveaux VFX de taille pour réellement donner vie aux créatures fantastiques. En plus de leurs designs atypiques et différenciables d’une créature à une autre, la production a également peaufiné la gestuelle de ses monstres. Le résultat donne d’ailleurs lieu à quelques ballets aériens assez renversants lorsqu’ils évoluent en groupe, mais également sur la terre ferme.

Foi de totalitarisme

Mais bien plus que ses dragons, HotD s’intéresse à ses dragonniers. Et plus largement aux nombreux protagonistes qui évoluent autour de ce large conflit. Néanmoins, les principales affiches promotionnelles de cette saison sont explicites : la prise de pouvoir de Rhaenyra (Emma D’Arcy, exceptionnelle) aura bel et bien lieu. Plaçant l’héritière du défunt roi toujours plus au centre des différents événements.

Pour autant, cette saison opère peu à peu un changement de personnalité captivant à l’écran. Un changement qui n’est pas sans rappeler le basculement de Daenerys dans la série mère, mais qui se trouve ici peaufiné sur la longueur pour davantage de cohérence dramatique. Ce faisant, son showrunner explore avec brio plusieurs aspects du pouvoir, comme sa dimension divine, via le poids de la légitimité, des prophéties ou de la couronne.

Si quasiment trente noms composent son générique — qui, soit dit en passant, redynamise brillamment son thème musical culte à coups de tambours — seulement une poignée d’entre eux y trouve une place centrale. Parmi eux, Daemon (Matt Smith) dispose de nouveaux aspects de sa personnalité sociopathe, toujours plus passionnants, tandis que la reine douairière Alicent (Olivia Cooke) fait face à une nouvelle position de mère toujours plus délicate, malgré une présence amoindrie.

Cette continuité de conflit tentaculaire a toujours l’atout de présenter quelques nouveaux participants dans cette danse endiablée, même si seulement deux protagonistes retiennent vraiment l’attention. Le cadet d’Alicent, d’abord, Daeron (Benjamin Evan Ainsworth), et, qui plus est, son oncle Ormund (James Norton), nouveau membre influent du clan Hightower au tempérament cruel et instable.

La plèbe

À leurs côtés, on pourrait regretter que la série peine encore à éclairer certains profils prometteurs, alors que d’autres rayonnent habilement en seulement quelques scènes, ou par leurs simples anonymats. On pense à l’intrigante Helaena (Phia Saban) ou, bien évidemment, Aegon II (Tom Glynn-Carney), désormais monstrueux en tout temps.

Ce manque d’éclairage sporadique est à l’image de son conflit étendu sur l’ensemble de Westeros, alors que la série continue à un peu trop centraliser son action sur quelques lieux. Ce manque de largeur, compréhensible dans sa mise en place, a surtout le défaut de réellement nous dépayser. La monstruosité d’Harrenhal et les couloirs du Donjon Rouge demeurant trop familiers.

Toutefois, quand la série use et s’imprègne d’un décor, qu’il soit naturel ou de studio, la production ne lésine pas sur le sens du détail pour convaincre. Ce cas de figure est largement perceptible dans la ville inédite de Tumbleton (Chutebourg en VF). Nouveau cœur du conflit qui oppose les deux camps, cette petite ville marchande du Sud aux accents méditerranéens devient ainsi le théâtre d’une occupation militaire crédible à l’écran.

Si l’intrigue prend le temps de faire monter la tension pour ne pas ravager trop vite son nouveau décor, elle peaufine ses intrigues politiques via quelques stratagèmes perfides dignes de son univers. Si leurs artifices n’ont pas toujours la subtilité de son aînée, leurs dénouements demeurent souvent plus macabres et sanglants, tout en résonnant à merveille dans cet écho de guerre totale et d’abus de pouvoir.

L’un des meilleurs aspects qui découle de son écriture et de sa mise en chantier reste la nuance qu’elle apporte à ses personnages. Cette saison, qui navigue toujours plus proche du précipice et des ténèbres dans lesquelles les Targaryen vont tomber, parvient sans mal à développer la part sombre de ses protagonistes.

Nuances & déviances

En abordant constamment des thèmes riches et sur différentes échelles de narration, la série dispose d’une largeur indéniable. L’attrait du pouvoir et ses conséquences demeure une variante centrale de son intrigue, au même titre que la vengeance, l’héritage et, évidemment, la famille. Son coup de force en début de saison apporte de ce fait quelques instruments à l’exploitation de cette richesse narrative. Notamment via la fausse stabilité du pouvoir en place, qui met le doigt sur les plus belles failles humaines de son univers.

Mais c’est également le chemin parcouru au moment de son final qui apporte un recul glaçant à cet embrasement. Rhaenyra, voix centrale du récit, y trouve les plus belles scènes. Politiques comme intimes, notamment à travers la simple contestation de sa légitimité au trône et la propagande qui s’ensuit. Cette position de force a la faculté de faire la lumière sur une part sombre de sa personnalité, dans une position de solitude et de renfermement indéniable.

Le prix du trône a alors rarement eu une résonance aussi forte dans son univers, tandis que le spin-off continue gentiment d’alimenter sa mythologie. Il s’agit dans tous les cas de l’un des plus beaux atouts de cette saison, nous faisant mesurer les conséquences de cet isolement psychologique.

Dommage encore que cette saison peine souvent à illustrer les difficultés ou sacrifices de ses plus simples artisans. Et ce, principalement parmi le petit peuple, à l’instar de ses récents dragonniers pris au milieu de cette guerre civile et qui en paient davantage le prix que les avantages. HotD mesure plus habilement le coût humain de son conflit. Sans spoilers, cette saison fait preuve de nouveaux dénouements funestes, parfaitement mis en scène et désenchantés, dans la plus pure tradition de la saga.

Conclusion

Malgré ses quelques défauts, cette avant-dernière saison de House of the Dragon se compose de qualités évidentes. Outre des batailles plus spectaculaires et ambitieuses, ce sont ses personnages plus nuancés, une tension plus régulière et des enjeux politiques remaniés qui font les forces de cette saison. Une saison qui dévoile encore d’excellentes performances d’acting, sans surprise.

Ainsi, si son choix de certains épisodes plus lents ne demeure pas une fatalité dans son montage, c’est ce qui en découle qui freine la montée en puissance de la série. À savoir : un ensemble trop important de personnages mis en retrait, quelques intrigues inégales et un conflit un peu étriqué géopolitiquement.

Difficile donc de certifier que cette saison est meilleure que la seconde, tant elle dispose de similitudes avec celle-ci. Mais vu l’effet que nous laisse son final, contrairement au précédent, on peut gager que oui. D’un chouia. Prépare-t-elle efficacement sa dernière saison annoncée pour autant ? À merveille, même si le travail s’annonce colossal pour la production compte tenu de la mise en abyme à venir.

EN DEUX MOTS : House of the Dragon continue de marcher sur une ligne de crête entre grande fresque politique et spectacle démesuré. Si cette troisième saison reproduit parfois les travers de la précédente avec un rythme inégal et une intrigue encore trop concentrée sur certains protagonistes, elle compense largement par une écriture plus nuancée, une montée en puissance psychologique et des dragons plus impressionnants que jamais. Surtout, son final lui permet de franchir un véritable cap et de donner enfin à cette Danse des Dragons la sensation d’embraser Westeros. Une saison imparfaite, mais suffisamment ambitieuse et maîtrisée dans ses meilleurs moments pour laisser espérer une conclusion à la hauteur de son héritage.

MA NOTE : 17.5/20


✅ Points forts

  • Des affrontements spectaculaires et ambitieux, avec une mise en scène lisible et un véritable impact sensoriel.
  • Des dragons plus impressionnants que jamais, grâce à des VFX et une gestuelle particulièrement travaillés.
  • Une évolution captivante de Rhaenyra, dont le basculement est progressivement construit et gagne en cohérence dramatique.
  • Des personnages davantage nuancés, notamment dans leur rapport au pouvoir, à la famille et à la guerre.
  • Une excellente exploitation des thématiques du pouvoir, de la légitimité et de l’héritage.
  • Un Daemon toujours plus fascinant, avec de nouveaux aspects de sa personnalité explorés.
  • Des enjeux politiques et des stratagèmes perfides, dont les dénouements macabres s’inscrivent parfaitement dans l’univers.
  • Un final épique et glaçant, qui marque un véritable point de non-retour pour la guerre de succession.
  • Des performances d’acteurs toujours solides, notamment Emma D’Arcy, Matt Smith, Olivia Cooke, Tom Glynn-Carney ou Phia Saban.
  • Une direction artistique soignée, particulièrement visible dans les nouveaux décors comme Tumbleton/Chutebourg.

❌ Points faibles

  • Un ventre mou persistant après un début de saison très réussi, qui freine la montée en puissance.
  • Trop de personnages mis en retrait, malgré plusieurs profils particulièrement prometteurs.
  • Une saison parfois trop transitoire, avec une ampleur géographique qui ne paraît pas toujours à la hauteur du conflit raconté.
  • Des lieux devenus trop familiers, notamment Harrenhal et le Donjon Rouge.
  • Certaines intrigues inégales, dont les artifices manquent parfois de subtilité.
  • Un manque d’attention envers le petit peuple et les conséquences humaines du conflit, malgré une meilleure prise en compte globale du coût de la guerre.

Les crédits

CRÉATEURS : Ryan Condal & George R.R. Martin

AVEC : Emma D’Arcy & Olivia Cooke….., avec James Norton, et Matt Smith,

Steve Toussaint, Sonoya Mizuno, Tom Glynn-Carney, Matthew Needham, Fabien Frankel, Ewan Mitchell, Phia Saban,

Phoebe Campbell, Bethany Antonia, Freddie Fox, Kurt Egyiawan, Gayle Rankin, Jefferson Hall,

Benjamin Evan Ainsworth, Abubakar Salim, Clinton Liberty, Tom Bennett, Kerian Bew, Elloria Torchia,

Tommy Flanagan, Joplin Sibtain, Harry Collett, avec Dan Floger, Simon Russell Beale, et Rhys Ifans,

mais aussi : Tom Cullen, Archie Barnes, Amanda Collin, Sarah Woodward, Abigail Thor, Paul Kennedy, Annie Shapero (…)

ÉPISODES : 8 / Durée moyenne : 1h05 / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : HBO

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