
Avant-propos : Après deux ans d’absence et une deuxième saison qui n’a pas totalement convaincu, House of the Dragon revient enfin sur HBO pour enflammer notre été. Le spin-off de Game of Thrones, qui adapte un pan majeur du règne Targaryen, avait ainsi tempéré son action en révélant peu d’affrontements durant sa seconde saison. Certes, sa première saison de dix épisodes naviguait sur un rythme relativement similaire, mais disposait d’une construction bien différente puisqu’elle présentait avec brio la genèse de cette guerre de succession.
Finalement écourtée à huit épisodes, sa suite manquait d’un véritable final de saison puisqu’elle nous laissait sur le pied de guerre, avec peu de choses à se mettre sous la dent. Toutefois, cela a permis à cette nouvelle fournée, identique en nombre, de s’ouvrir sur la conséquente bataille du Gosier et ainsi de démontrer l’ambition de la série à repousser les limites techniques de la saga dans son gigantisme.
Plus de dragons, plus d’affrontements, de trahisons, de manipulations mais aussi de tensions au programme avant sa dernière ligne droite. Cette Danse des Dragons s’annonce plus meurtrière que jamais. En l’état, ce premier épisode tient-il ses promesses ? Absolument. Et notamment grâce à une maîtrise technique (du son comme de l’image) impressionnante.

ÉPISODE 1 : SALT AND SEA, FIRE AND BLOOD
EN DEUX MOTS : Pour ce retour tant attendu, HotD s’embrase au même titre que le destin de ses nombreux personnages durant cette avant-dernière saison. Sans surprise, c’est le showrunner Ryan Condal qui se charge de l’écriture de ce segment capital pour la série, tandis que le réalisateur de genre Loni Peristere se charge de sa mise en scène. Déjà à l’œuvre la saison dernière dans l’excellent épisode 7, The Red Sowing, cet habitué des scènes d’action (comme le démontrent Warrior ou Banshee) n’est donc pas en reste au vu du contenu généreux de cet épisode.
Salt and Sea, Fire and Blood, de son long titre explicite reprenant les devises des familles Velaryon et Targaryen, se situe dans la moyenne haute de la série avec ses 1h06 au compteur. Rien de forcément renversant pour un épisode qui devait (plus ou moins) conclure la deuxième saison, tout en sachant que plus de vingt minutes sont allouées à la fameuse bataille du Gosier. C’est pourtant sur un rythme tambour battant que cette saison s’ouvre, qu’elle verse dans l’action pure ou dans le simple déroulement de son histoire.

Ce rythme s’impose d’ailleurs dès le générique, qui bénéficie enfin d’une musique remaniée, portée justement par des percussions martiales et un tissage évolutif renouvelé. Un changement rafraîchissant qui démontre aussi que le spin-off entre désormais dans le vif du sujet avec cette saison 3.

Sous les bannières de la guerre, personne n’est épargné… Pas même les voleurs.
Passé son générique, l’épisode s’ouvre sur la vision concrète du dragon sauvage Voleur de Mouton, dont la simple apparition s’avérait déjà prometteuse en fin de saison dernière. Son design est une nouvelle fois très réussi à l’écran, à la fois sauvage et redoutable, ce qui l’oppose directement au profil plus fragile de Rhaena (Phoebe Campbell), obnubilée par son objectif de dressage. Ce premier épisode consacre pour la première fois un temps d’écran conséquent à la Targaryenne, à juste titre au regard des conséquences désastreuses de cette quête tant espérée.

Pour autant, plus d’une vingtaine de noms apparaissent au générique de cette distribution (dont deux nouveaux venus), bien que de nombreux protagonistes ne disposent que d’une ou deux scènes durant cette reprise. Cela ne diminue cependant pas leur présence à l’écran, comme le démontre l’arrestation du convoi chargé de transporter le duo d’infirmes composé de Larys (Matthew Needham) et Aegon II (Tom Glynn-Carney), ou encore cette fin de bataille qui brille par les visages burinés de redoutables combattants.

Daemon (Matt Smith) en premier lieu, mais aussi un vétéran nordien sous la bannière de la maison Stark, incarné avec charisme par l’Écossais Tommy Flanagan. Une courte scène introductive, certes, mais qui a le mérite de profiter d’une reconstitution de champ de bataille âpre et violente. À défaut, celle-ci se conclut par la vision de la tête décapitée de l’irascible Lord Jason Lannister (Jefferson Hall), qui n’aura jamais véritablement occupé un rôle majeur depuis son apparition. Ce qui est moins le cas de son frère jumeau Tyland, comme va le démontrer la fin d’épisode.

Ni les hommes, ni les femmes, ni même les bâtards.
L’action s’enchaîne sur l’attente des trois jeunes dragonniers bâtards, divisés par leurs caractères et leurs ambitions respectives. Si l’on ne peut qu’apprécier le charisme et le pragmatisme d’Addam (Clinton Liberty) et de Hugh (Kieran Bew), un monologue percutant sur le passé d’Ulf (Tom Bennett) a le mérite d’apporter un peu de nuance au personnage. Et de le rendre moins insupportable, du moins pendant un court instant.

Plus tard, l’arrivée de la sorcière Alys Rivers (Gayle Rankin) apporte également davantage de nuances, mais cette fois d’ordre fantastique.

Sur le pied de guerre, les dissensions entre Criston Cole (Fabien Frankel) et Gwayne Hightower (Freddie Fox) prévalent moins que le lâcher-prise progressif du Lord Commandant. C’est davantage la vision succincte d’Ormund Hightower (James Norton) qui marque les esprits, tant sa force de caractère présomptueuse annonce un nouvel antagoniste de choix.

Toutefois, contrairement à un jeune dragon et à son bras droit, Ser « Bold » Jon Roxton (Joplin Sibtain), potentiellement prometteurs, cet épisode souffre de l’absence du jeune Daeron Targaryen, le benjamin d’Alicent (Olivia Cooke), qu’il me tarde toujours de découvrir.

C’est d’ailleurs à Port-Réal que la reine douairière joue un dangereux jeu de manipulation face au cadet de la fratrie. Officieusement nommé roi suite à la fuite de son frère aîné, Aemond (Ewan Mitchell) démontre une facette toujours plus dérangeante de sa personnalité en embrassant sa mère sur les lèvres. Une scène superbement malaisante qui reflète parfaitement la détresse et la tension instable qui tiraillent le camp des Verts.
À Peyredragon, la famille Targaryen n’est pas davantage unie, comme le démontre la contradiction permanente de Jacaerys (Harry Collett) envers sa mère (Emma D’Arcy) depuis la formation de son armée bâtarde. Et c’est précisément cette perte de retenue qui va précipiter sa propre chute.

Montre-nous ce que tu as dans le Gosier
Vient alors la tant attendue bataille du Gosier. Forte d’une préparation technique titanesque, la production a soigné ses effets pour cette représentation qui se joue à la fois dans les airs et sur mer. Nul doute que la préférence du public se situera du côté des Noirs, illustrés avec force par Corlys (Steve Toussaint) et son fils bâtard Alyn (Abubakar Salim).

Face aux Velaryon, on pourra tout de même apprécier la dernière démonstration de caractère du commandant Lohar (Abigail Thorn), dont la détermination est à la hauteur de l’affrontement qui s’ensuit.

Cette bataille d’envergure demeure malgré tout à échelle humaine, et ce à travers différents points de vue. Ceux-ci alternent leurs démonstrations d’action de façon crédible et dans une maîtrise remarquable du tempo comme du suspense. Percutant, le mélange entre effets spéciaux pratiques (sur les principaux navires) et VFX (notamment pour les dragons) fait mouche à l’écran.
À la fois lisible et apocalyptique, ce combat de tous les dangers rend véritablement hommage à son décor maritime. Et pour la première fois de manière aussi convaincante dans la saga. Qu’il s’agisse de ses affrontements au corps-à-corps, violents et sanglants, ou de ses chorégraphies aériennes mettant en scène les jeunes dragons.

L’agilité des formidables créatures se constate d’autant plus avec l’arrivée fortuite du dangereux Voleur de Mouton dans le combat, qui démontre une nouvelle fois la nature profondément indomptable des dragons.
Cette succession de moments épiques nous mène vers des destins cabossés ou incertains — les chutes de Corlys ou Tyland par-dessus bord, le désarroi de Rhaena… — mais le plus tragique demeure celui du prince héritier de Rhaenyra, dans une mise à mort aussi lente que bien pensée.

Conclusion
Si la vision du trépas d’un dragon n’est jamais plaisante à l’écran, la subtilité de l’exécution de Jacaerys par des archers anonymes est, quant à elle, particulièrement réussie. Et notamment grâce à l’expression bouleversante de Harry Collett, qui n’aura donc pas fait long feu cette saison. En contrepartie, sa mort — et même avant cela la position muselée qu’il incombait à Rhaenyra de respecter par prudence — viennent écorner l’image de celle que l’on appelait autrefois la Joie du Royaume. Aujourd’hui, cette digne héritière va devoir nuancer son portrait de reine avec un goût de cendre dans la bouche.

Crépusculaire, embrasé et douloureux, ce début de saison prouve que House of the Dragon n’est qu’aux prémices de la chute endiablée de la maison Targaryen. Reste à savoir si les prochains chapitres sauront maintenir ce même rythme et ce même niveau de qualité, bataille ou non. Une chose est sûre : la préparation du conflit a définitivement laissé place à la guerre. La vraie.
Les + :
- Bataille du Gosier spectaculaire et techniquement impressionnante.
- Excellente maîtrise du rythme dès l’ouverture de la saison.
- Réalisation solide de Loni Peristere.
- Travail remarquable sur le son, les effets visuels et les décors.
- Dragons toujours aussi réussis visuellement.
- Mise en scène lisible malgré l’ampleur de l’affrontement.
- Développement bienvenu de Rhaena.
- Présence marquante de plusieurs nouveaux personnages (Ormund Hightower, vétéran nordien).
- Tension psychologique réussie chez les Verts, notamment autour d’Aemond.
- Mort de Jacaerys particulièrement efficace.
- Ton plus sombre et plus guerrier que les saisons précédentes.
Les – :
- Certains personnages disposent d’un temps d’écran très limité.
- Absence remarquée de Daeron Targaryen malgré son importance annoncée.
- Plusieurs intrigues secondaires encore à l’état d’introduction.
MA NOTE :

Les crédits
RÉALISATION : Loni Peristere / SCÉNARIO : Ryan Condal
DIFFUSION (France) : 22 Juin 2026 / DURÉE : 1h06