
Avant-propos : Avec son retour tonitruant fin juin, à travers ses deux premiers épisodes, House of the Dragon nous a offert un spectacle à la hauteur de l’ampleur du conflit qu’elle dépeint. À présent, après un véritable season finale en guise de début de saison, le défi était de maintenir ses enjeux dramatiques tout en peaufinant le destin de ses personnages avant un nouveau carnage.
La prise de Port-Réal par la reine des Noirs, élément central de cette troisième saison, ouvrait un vaste champ des possibles. De quoi démontrer que, dans cet univers fantastique, le rapport de force se joue aussi — et surtout — sur le terrain politique. Cette saison 3 parvient-elle d’emblée à instaurer un nouvel équilibre cohérent après ses nombreux bouleversements ? Oui, en faisant le pari, plutôt osé, d’une certaine intimité.
En se reposant presque exclusivement sur le regard de Rhaenyra (Emma D’Arcy), ce troisième épisode nous prend à contrepied et souligne davantage encore toute l’ambiguïté de cette fausse victoire.

ÉPISODE 3 : RHAENYRA TRIUMPHANT
À la fois dans la continuité directe du dernier épisode, mais aussi démonstration d’un nouvel équilibre en place, la saison 3 de House of the Dragon fait figure d’un départ inédit pour la série. Les retours de Sara Hess à l’écriture et de Clare Kilner à la réalisation confirment les ambitions du spin-off, à travers son regard féminin affirmé, d’autant qu’il ne manque pas d’ambiguïté aujourd’hui.

Preuve d’un basculement dans l’intrigue, cet épisode ne s’ouvre pas sous les tambours de son générique, mais par un face-à-face révélateur à bien des égards. Après une courte introduction dans le premier épisode — et l’éviction partielle des frères Targaryen, Aegon II et Aemond, durant ce dernier —, l’attention pouvait pleinement se tourner vers la nouvelle menace venue de Villevieille. Un nouveau membre de l’influente famille Hightower, Lord Ormund (James Norton), qui semble être un chef de guerre magnanime, et probablement l’une des principales menaces de cette saison.

Pourtant, la présence de ce nouveau personnage se révèle encore assez fugace. Du moins jusqu’à la révélation de fin d’épisode, qui laisse entrevoir une certaine ambition quant à ses agissements. C’est aussi l’occasion d’apprécier toujours un peu plus le jeu de Matt Smith, jamais aussi à l’aise que dans la peau du dangereux Targaryen, vaniteux, railleur, mais inlassablement convaincant.

Toujours est-il qu’après une reddition éclaire, et aux premiers abords un peu frustrante, ce troisième épisode nous plonge corps et âme auprès de la conquérante. Sauf que ce portrait va se révéler insidieusement tordue, et notamment par le poids du trône de Fer. Le sarcasme de son titre – Rhaenyra Triumphant – ne laissant aucun doute à cet effet. Une caractéristique magnifiquement relevé par la mise en scène sensoriel de Clare Kilner et le fil tendue de sa bande originale.
Le poids de la couronne
Dès la scène de réouverture, le ton est donné et permet de soupeser l’état mental vacillant de notre tête d’affiche. Plus entourée que jamais, Rhaenyra semble pourtant plus seule qu’elle ne l’a jamais été. C’est ce que la mise en scène suggère habilement, et le reste de l’épisode va le démontrer à plusieurs reprises. C’est pourquoi, à l’instar du Donjon Rouge, que Mysaria (Sonoya Mizuno) juge à la fois plus grand mais plus petit qu’elle ne l’avait imaginé, la perception du personnage demeure au cœur de l’épisode.

En semi-huis clos, dans un environnement que le téléspectateur connaît bien, cette forme de prison laisse errer plusieurs types de fantômes en son sein. Cet aspect quasi mystique, ainsi que les différentes focales de la caméra, renforcent le caractère inquiétant et anormal de la situation, malgré l’accomplissement de l’héritière désignée.

L’un des points cruciaux de ce troisième épisode résidait donc dans l’image qu’allait renvoyer Rhaenyra à l’aube de ce nouveau règne. Ce même règne qui fut contesté par la moitié du royaume. Sauf que l’une des caractéristiques les plus fascinantes de cet épisode, pourtant plus court, réside justement dans le comportement de l’héritière. Celle que l’on croit tout d’abord affaiblie par son deuil, mais qui se révèle, de ses propres mots, « emplie de rage ». Un nouvel exemple passionnant de l’ambiguïté qui caractérise la série.
Effort de guerre…
Légitimée par son père, mais affaiblie par le seul fait d’être née femme et non homme, la richesse de cette nouvelle démonstration de pouvoir résidait dans l’imperfection même du caractère de Rhaenyra, moins encline à la pitié que par le passé. L’épisode montre alors quelques manœuvres audacieuses auxquelles consent la reine non couronnée, devant son assemblée, au risque de diviser à nouveau ses partisans. De nouvelles miettes de sédition pour une intrigue qui laisse peu de place au hasard. Ô joie.

Rhaenyra Triumphant aligne également les petites contrariétés qui incombent aux souverains : faites de doléances, d’injustices et de requêtes diverses. Une nouvelle manière, insidieuse, de parasiter à petit feu la Reine, qui semble proche d’un certain point de rupture à l’écran, tandis que son pouvoir vacille tout autant que sa mainmise sur le redressement d’un royaume en pleine reconstruction.

Ce resserrement de l’intrigue a aussi l’avantage de réellement démontrer les conséquences de la guerre sur Westeros, ne serait-ce que par la parole. L’intérêt de le faire au sein de la capitale n’est pas anodin, puisqu’il éclaire, ne serait-ce qu’un temps, le rôle crucial qu’occupe le petit peuple dans l’histoire. Même si, dans sa finalité, ce troisième épisode laisse encore très peu de place à sa distribution secondaire. Seuls, pour l’instant, les rares membres du Conseil restreint bénéficient d’un véritable éclairage.

Et contrariétés de cour
C’est le cas du Ver Blanc, Mysaria, maîtresse des chuchoteurs qui retrouve des couleurs auprès de Rhaenyra, ou encore de la Main de la Reine, Corlys (Steve Toussaint), désireux de faire légitimer officiellement ses deux fils bâtards (Clinton Liberty / Abubakar Salim). Sauf que chaque décision issue de ces échanges vient déséquilibrer un peu plus la souveraine dans ses convictions les plus profondes. Comme le démontrent ses dissensions cinglantes avec le Serpent de Mer, peu enclin à voir sa requête rejetée.

Les mots qu’ils emploient sont d’autant plus percutants qu’ils font écho à ceux qui ont valu la tête tranchée de son frère lors de la première saison. Une nouvelle preuve de la puissance des mots dans la série.

« Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde » (Jean 16:33).
Enfin, malgré le dévouement de Daemon envers son épouse, même son obsession prophétique ne suffit pas à renforcer la détermination d’une Rhaenyra désorientée. Sans aucun doute, la suite de la saison fera progressivement glisser ce nouveau pouvoir vers les abysses, démontrant habilement que les ambitions dévorantes de la maison Targaryen sont responsables de sa propre perte. De ce fait, la propension de Daemon à se croire au-dessus des hommes, presque l’égal d’un dieu, constitue une allégorie aussi délicieuse que pitoyable venant de sa part.

House of the Dragon dépeint alors ses meilleurs personnages sous leurs aspects les plus sombres. L’une des facettes les plus réussies de la série, c’est certain. Celle-ci développe une amertume grandissante qui prend peu à peu le pas sur la force de ses émotions, pourtant nourries par les convictions, souvent nobles, de ses protagonistes. L’idéalisme du roi Viserys semble désormais définitivement réduit en poussière.

Pour finir, difficile de ne pas mentionner les retrouvailles entre Rhaenyra et Alicent (Olivia Cooke) en un même lieu. Après une saison 2 qui laissait, naturellement, peu de place aux interactions entre les deux femmes, le nouvel équilibre instauré par cette troisième saison leur permet d’échanger plus librement. Sauf qu’entre des promesses bafouées et une exécution barbare, le pardon semble difficile à Queen’s Landing.
Conclusion
Pour le moment, ces retrouvailles amères demeurent sur un fil, faites de retenue et de restrictions. En témoignent le sort réservé au benjamin d’Alicent, mais aussi la captivité qui contraint la reine douairière et sa fille (Phia Saban) à demeurer à Port-Réal, prisonnières. D’ailleurs, bien que l’atypique Helaena n’apparaisse que le temps d’une scène, sa détresse émotionnelle laisse présager un dénouement que j’espère tout aussi captivant que dans les romans. Jusqu’à présent, la série est parvenue à approfondir plusieurs personnages avec encore plus de finesse que les livres, et celui-ci ne fait pas exception.

Dans tous les cas, avec Rhaenyra Triumphant, cette troisième saison change catégoriquement de ton. Heureusement, elle le fait à travers une approche intime et sensorielle particulièrement subtile, qui prouve une nouvelle fois que House of the Dragon maîtrise aussi bien le grand spectacle que la tension dramatique qui anime ses personnages.

La lente et ambiguë descente de Rhaenyra dans ses propres contradictions en est aujourd’hui la plus belle illustration, tandis que le prochain chapitre devrait, sans aucun doute, éclairer davantage les ambitions d’Ormund Hightower. Reste désormais à voir si la série saura pleinement rendre justice au choix, particulièrement inspiré, de James Norton pour incarner ce nouveau protagoniste.
✅ Points forts de l’épisode
- Le portrait psychologique de Rhaenyra : Une reine plus ambiguë, rongée par le poids du pouvoir, dont la descente progressive est le véritable cœur de l’épisode.
- La mise en scène de Clare Kilner : Une réalisation sensorielle et intimiste qui traduit visuellement l’isolement et la fragilité mentale de Rhaenyra.
- L’écriture de Sara Hess : Un épisode qui privilégie les conséquences politiques et émotionnelles de la prise de Port-Réal plutôt que le spectaculaire.
- L’ambiguïté permanente du récit : Derrière une victoire apparente, l’épisode montre un règne déjà miné par les doutes, les compromis et les tensions.
- La richesse des dialogues politiques : Les échanges au Conseil, les conflits avec Corlys et l’importance accordée aux mots renforcent la dimension politique de la série.
- L’interprétation des acteurs : Emma D’Arcy impressionne par la complexité de son jeu, tandis que Matt Smith reste magnétique en Daemon. James Norton intrigue immédiatement dans le rôle d’Ormund Hightower.
- L’évolution des personnages secondaires : Mysaria, Corlys, Alicent et Helaena bénéficient d’un traitement de faveur qui nourrit les enjeux dramatiques.
- Le changement de ton de la saison : Après un début explosif, la série ose ralentir pour explorer les répercussions psychologiques de la guerre, sans sacrifier la tension dramatique.
❌ Points faibles de l’épisode
- Des personnages encore sous-exploités : Malgré son introduction prometteuse, Ormund Hightower reste très en retrait, tandis que la distribution secondaire manque encore d’espace.
- Un manque d’ouverture sur le reste de Westeros : L’épisode reste volontairement centré sur Port-Réal et Rhaenyra, au détriment d’autres fronts du conflit qui auraient pu enrichir davantage le tableau d’ensemble.
NOTE :

Les crédits
RÉALISATION : Clare Kilner / SCÉNARIO : Sara Hess
DIFFUSION (France) : 06 Juillet 2026 / DURÉE : 56mn