
Avant-propos : Voici déjà entamée sa seconde moitié de saison, et House of the Dragon avait encore quelques tâches à accomplir avant sa dernière ligne droite. Après un véritable, bien que léger, ventre mou à mi-parcours, cette saison 3 avait tout à jouer dès ce sixième épisode. Car, bien que riche, cette aventure manque de mordant depuis deux semaines.
Certes, son début de saison a prouvé que la production avait les moyens de convaincre sur de nombreux tableaux, mais cet engouement a perdu de sa superbe au fil des épisodes. Épique, amère, intime puis transitoire, cette saison 3 a désormais la possibilité de bousculer ses enjeux tout comme le destin de personnages parfois trop en retrait.
Le sang et le feu coulent-ils aujourd’hui ? Pas tout à fait. Mais la série prouve encore une fois sa qualité par son sens du détail et une mise en scène plus inspirée. Si un nouveau coup de force ne pourrait survenir qu’au moment de son final, sa mi-saison a bel et bien prouvé que certains destins sont déjà scellés, bien avant leur chute.

ÉPISODE 6 : FACELESS MEN
Le retour de Loni Peristere à la réalisation de ce sixième chapitre était, à lui seul, la promesse d’un épisode plus musclé. Les premières minutes vont d’ailleurs dans ce sens avec une mise en matière aussi brutale que révélatrice de la nature de son combat. Pas de rédemption possible, loin des chants d’honneur à la gloire de sa bravoure (ou de son inconscience), Ser Criston Cole (Fabien Frankel) finit criblé de flèches, dont une en pleine face. Une fin parfaite pour l’imbuvable chevalier, qui fait mouche à l’écran même si elle rappelle celle de son premier épisode.

À l’arrivée, Faceless Men s’inscrit dans la lignée de sa mi-saison tout en la concluant avec succès. David Hancock (accompagné de l’inconnu Shyam Popat) écrit un nouvel épisode lourd de sens, qui brille par sa mise en scène et son ton soutenu. Outre sa mélancolie ambiante, HotD fait preuve d’une gravité indéniable.

Ainsi, après le trépas tout sauf glorieux de Cole face aux Riverains, ce sixième épisode poursuit, conclut ou perpétue plusieurs sous-intrigues avec davantage de vigueur que lors de ses précédentes aventures. Son titre reprend le nom des iconiques assassins découverts dans Game of Thrones, à un moment où quelques visages bien connus de son univers passent de l’anonymat aux projecteurs. Ou inversement.
Après quelques éclairages nécessaires autour de sa distribution secondaire, Faceless Men met enfin sur le devant de la scène d’autres personnages oubliés, apportant davantage de cohérence à la suite des événements. Une suite qui couve, à l’instar de son climat nuageux, les intempéries à venir et fait encore monter la température d’un cran.

Salle d’attente vers la fournaise.
À ce titre, il est particulièrement plaisant de voir enfin Alyn (Abubakar Salim) participer pleinement à l’intrigue, que ce soit au sein du conseil restreint, face à son père fuyant (Steve Toussaint) ou auprès de sa nièce Baela (Bethany Antonia), pour une nouvelle amourette incestueuse.
Ne laissant, une nouvelle fois, quasiment aucune trace de dragons dans son sillage, ce nouvel épisode peut agacer par sa tempérance, même si celle-ci pourrait déboucher sur un nouveau coup d’éclat brûlant lors du final. En attendant la damnation, ces anti-héros cabossés dévoilent leurs imperfections à travers leurs comportements impatients ou irraisonnés. Bien qu’amoindri — et tant mieux pour le reste du casting — le temps d’écran du couple royal se révèle capital.

Daemon (Matt Smith), plus impatient et sociopathe que jamais, trépigne à l’idée de se faire justice lui-même, mais semble davantage précipiter les problèmes qui l’entourent que les résoudre. Son impuissance face aux assassins Hightower le prouve, tout comme sa cruauté envers Ulf le Frustré (Tom Bennett). Pour autant, son comportement paraît moins corrosif que celui de Rhaenyra (Emma D’Arcy), qui perd peu à peu son empathie avant de perdre pied.

Signe du hasard ou de la décrépitude de son règne malmené, sa coupure sur le Trône en dit long sur ce mauvais présage. Incapable de répondre aux doléances de son peuple et entourée de menteurs, la reine quitte la salle du Trône puis se montre sans pitié envers son amie d’enfance, Alicent (Olivia Cooke), après sa tentative d’évasion ratée. La scène entre les deux femmes marque une future cassure tant son dénouement semble explicite dans les dommages collatéraux qu’il annonce.

Les plus mauvaises intentions du monde
Ce nouvel exemple d’amertume, qui fait tout le sel de la saga, se poursuit jusque dans les retrouvailles entre Hugh (Kieran Bew) et sa femme (Ellora Torchia) à Chutebourg. Malgré son bon fond, le forgeron adoubé a perdu son amour par sa simple absence. Une magnifique illustration du prix du pouvoir, notamment pour ce petit peuple conscient de la valeur de ce qui lui est offert.
Plus généreux envers sa distribution secondaire depuis la tempérance de ses hostilités, le spin-off offre tout de même quelques montées de violence bienvenues. À l’instar de plusieurs éclairages utiles, c’est toujours à Chutebourg — lieu essentiel de cette saison — que de nouvelles retrouvailles apportent un peu de grain à moudre à son intrigue. Siège précaire de la maison Hightower, le retour de Gwayne (Freddie Fox) parmi les siens permet plusieurs échanges révélateurs sur la force levée par l’atypique Ormund (James Norton).

Outre une nouvelle démonstration de combats rapprochés, sanguinaires à souhait, l’intérêt réside surtout dans les conflits qui animent ses personnages, toujours plus complexes. Daeron (Benjamin Evan Ainsworth), d’abord, en manque d’amour maternel et pleinement conscient de son rôle de pantin sous le joug de son oncle ; puis ce dernier lui-même, malgré ses tribulations vomitives.

Enfin, et non des moindres, c’est le destin d’une autre forme d’antagonisme qui s’élève enfin dans Faceless Men. Disparu des écrans pour mieux renaître ensuite, Aemond (Ewan Mitchell) trouve définitivement une alliée à sa hauteur auprès de la sorcière Alys Rivers (Gayle Rankin). Si l’actrice aurait largement mérité sa place sur l’affiche promotionnelle, son personnage ne démérite pas tant son rôle prend de l’importance au fil de cette saison. Plus qu’une simple guérisseuse ou une inquiétante sorcière, Alys conduit Aemond vers de nouvelles folies targaryennes au nom de la prophétie.

Conclusion
Conscient de la nature du personnage comme de celle de cette famille incestueuse, le téléspectateur ne peut s’attendre qu’à une chute dans le feu et le sang. Dans tous les cas, avec cette nouvelle direction et l’arrivée prochaine d’Alicent à ses côtés, House of the Dragon enrichit intelligemment ce segment.

Outre son statut frustrant de continuité parfois muselée, ce dernier chapitre avant la dernière ligne droite fait preuve de belles trouvailles narratives. Plus affirmé dans sa mise en scène, son ton — porté par une bande originale qui fait aujourd’hui des merveilles — et l’évolution de plusieurs personnages, ce sixième épisode ouvre la voie vers une suite prometteuse.
Certes, son sens du suspense pâtit encore de quelques coupes au montage et certains protagonistes demeurent trop en retrait. Mais grâce à ses nombreux personnages toxiques, ambigus et souvent antipathiques, cette guerre de succession continue de me passionner. Reste désormais à savoir si cette fin de saison renouera avec la maestria de ses débuts. Comme la légitimité de Rhaenyra, rien n’est encore acquis.

Ce sixième épisode réussit surtout à redonner de l’élan à une saison qui semblait légèrement s’essouffler. Sans multiplier les démonstrations spectaculaires, il renforce les tensions, fait évoluer plusieurs figures majeures et rappelle que les batailles les plus décisives se jouent parfois loin des champs de guerre.
✅ Points forts de l’épisode
- Une mise en scène plus ambitieuse et inspirée.
- Une ouverture brutale et marquante avec la mort de Criston Cole.
- Une atmosphère mélancolique et une gravité omniprésente.
- Une meilleure exploitation des personnages secondaires (Alyn, Gwayne, Daeron, Hugh, Alys Rivers…).
- Des perturbations psychologiques convaincantes pour Rhaenyra, Daemon et Aemond.
- Le développement d’Alys Rivers et de son influence grandissante.
- Des dialogues et conflits de personnages toujours aussi riches.
- Une bande originale particulièrement réussie.
- Une préparation efficace de la dernière ligne droite de la saison.
- La thématique du pouvoir et de ses conséquences, toujours aussi forte.
❌ Points faibles de l’épisode
- Une absence presque totale de dragons un peu frustrante.
- Un rythme encore trop tempéré malgré quelques sursauts.
- Un suspense parfois affaibli par le montage.
- Certains personnages secondaires restent encore trop en retrait.
- Une impression persistante que la saison retient encore ses véritables enjeux avant le final.
NOTE :

Les crédits
RÉALISATION : Loni Peristere / SCÉNARIO : David Hancock & Shyam Popat
DIFFUSION (France) : 27 Juillet 2026 / DURÉE : 1h03