
Avant-propos : Après un retour aussi explosif que soutenu, la guerre gronde dans le célèbre spin-off de Game of Thrones. De quoi nous rappeler qu’aucun de ses aspirants ne semble à l’abri, de près comme de loin, du champ de bataille et que le pire est encore à venir. Il était également intéressant de voir comment House of the Dragon allait poursuivre sa troisième saison, sachant que son premier épisode devait, dans les grandes lignes, conclure les événements de la précédente.
La série avait donc potentiellement quelques éléments prometteurs en réserve pour maintenir la tension. Conclusion ? Fait-elle preuve d’une continuité qui allie suspense et action avec brio ? Ou s’agit-il d’un après-guerre un peu plus morne ? Pour notre plus grand plaisir, cette suite possède tous les atouts d’une véritable fin de saison. Et pourtant, sa conclusion semble encore bien loin.
Ce deuxième épisode est cette fois dirigé par un duo féminin qui a largement fait ses armes dans la saga, avec Sara Hess au scénario et Clare Kilner à la réalisation. Une touche féminine qui fait sens et fait écho aux conséquences désastreuses du précédent épisode, lequel n’hésitait pas à fracasser les certitudes de ses personnages féminins contre un mur. Mais elle fait également écho au regard féminin fort qui imprègne cette suite. Après coup, on pourrait presque qualifier ce second épisode de véritable season finale s’il était rattaché à la saison précédente.

ÉPISODE 2 : QUEEN’S LANDING
Au cœur de la guerre, dès sa reprise, la série se montrait sans pitié envers ses personnages féminins. Entre une reine (Emma D’Arcy) infantilisée, une mère (Olivia Cooke) contrainte à des choix impossibles ou une dragonnière en mal de reconnaissance (Phoebe Campbell), indirectement responsable d’une tragédie au sein de son propre camp, les désillusions sont nombreuses. Et c’est toute la subtilité d’un scénario qui n’épargne aucun de ses protagonistes, femmes comprises, malgré la richesse de leurs trajectoires jusqu’ici.
Cette suite, on ne peut plus directe, traite la plupart de ces désillusions avec une réelle douleur, sans oublier leurs conséquences sur le récit. L’une de ses principales réussites réside dans l’amertume de la victoire : la dure réalité rattrape une euphorie faussée par les dégâts causés en chemin. Pour renforcer cette contradiction inhérente à une victoire pourtant bien réelle, ce deuxième épisode concentre l’essentiel de son temps sur les personnages centraux de Rhaenyra et Alicent.

Avec son astucieux titre, Queen’s Landing, qui féminise le nom original de la capitale de Westeros, le duo à la tête de l’épisode rend un vibrant hommage à ses héroïnes, évoluant dans un monde pensé pour être gouverné par les hommes.
Avec la prise tant attendue de King’s Landing par le camp Noir, ce nouvel épisode de plus d’une heure (1 h 04 précisément) balaie une grande partie de son imposant casting, parfois d’un simple regard. Le tout est régulièrement bercé par un sentiment de désarroi flottant dans l’air. Dans l’absolu, et au vu de la finalité de cet épisode, ce choix finit par faire pleinement sens.
Chassé-croisé
En termes de mouvements de troupes, les forces se déplacent — parfois rapidement — ou stagnent dans l’attente d’un destin funeste. Dans tous les cas, ce sentiment de progression est appréciable après une saison 2 plus tempérée. Néanmoins, il convient de différencier House of the Dragon de son aînée : ici, le mouvement est avant tout dicté par le rythme des dragons.
Queen’s Landing nous offre ainsi de nouvelles et superbes scènes aériennes mettant en scène les différents dragonniers et leurs montures, ponctuées de quelques gerbes de feu dévastatrices. Sans aucun doute, la série continue de peaufiner ses effets visuels afin de donner pleinement vie à son univers fantastique.

Ainsi, Daemon (Matt Smith), quitte le Conflans pour rejoindre sa reine. Non sans un moment de convivialité d’après-bataille qui tranche avec celui vécu au Gosier. Aemond (Ewan Mitchell), lui, abandonne la capitale pour prendre la direction d’Harrenhal. Les Velaryon finissent par se retrouver et découvrent un champ de bataille dévasté aux abords de leur fief, bien moins propice aux chants.

Parallèlement, hommes, femmes et armées avancent ou tâtonnent au gré des décisions de leurs seigneurs. Ce faisant, la série ne révolutionne en rien la dynamique propre à la saga en temps de guerre, mais elle fait preuve d’un chassé-croisé particulièrement astucieux, voire ironique. Un ballet fait d’occasions manquées, annonciateur de collisions inéluctables et de rencontres fortuites. Une fois encore, malgré l’immensité de son univers et de sa distribution, HotD parvient à ménager de précieux instants d’intimité au beau milieu du chaos.

Dans le (mauvais) oeil…
On peut ainsi se plaire à suivre certains destins par bribes, comme celui d’une Rhaena esseulée. D’autant plus après sa désastreuse tentative d’aide au cœur du Gosier, tandis qu’elle demande désormais refuge dans le Val. La curiosité entoure son destin, ici inédit par rapport aux écrits de George R. R. Martin, mais qui m’avait déjà farouchement convaincu lors du précédent épisode.

Pour le reste, l’horizon s’annonce toujours aussi incertain pour Criston Cole (Fabien Frankel) et Gwayne Hightower (Freddie Fox), et probablement plus cocasse pour le duo d’estropiés clandestins formé par Aegon II (Tom Glynn-Carney) et Larys (Matthew Needham). On peut également noter que les troupes du Conflans et du Nord, (menées par un Tommy Flanagan cette fois crédité au générique), prennent la direction de la capitale et que leurs forces demeurent conséquentes pour la suite du conflit.

…du destin
Mais dans ces allers-et-venus, on retiendra surtout la prise d’Harrenhal par Aemond, qui rappelle, de prime abord, celle de son oncle la saison dernière. Si les deux hommes se ressemblent à bien des égards, la série a d’ores et déjà appuyé le caractère sombre du jeune Targaryen, au point d’en faire l’un des antagonistes les plus redoutables — voire le plus redoutable — de son histoire. Après une démonstration de férocité à dos de la terrifiante Vhagar, mais aussi au combat, c’est le très sympathique Simon Strong (Simon Russell Beale) qui subit le courroux du sociopathe.

Ce n’est certes pas bouleversant, mais son geste souligne davantage encore son caractère déviant. Si ce dénouement surprend finalement assez peu, tout comme le sort réservé aux fils Strong (deux contre trois la saison dernière ?), c’est surtout la blessure du prince régent et sa rencontre avec Alys Rivers (Gayle Rankin), gentiment remerciée par Daemon plus tôt, qui retiennent l’attention. Elles donnent en outre une dimension mystique à ce chassé-croisé entre les deux hommes, sous forme de miroir.

Follow a Woman
Quoi qu’il en soit, c’est auprès de ses reines que Queen’s Landing démontre toute la subtilité de pouvoirs vacillants. Désormais familier des deuils, le spin-off offre à Emma D’Arcy une place centrale dans ce basculement psychologique qui suit la perte de son héritier. Prise dans une forme de déni aussi malaisante que touchante, son mélange de colère puis de tristesse sonne particulièrement juste et permet à l’artiste de s’affirmer une fois de plus dans un rôle d’une grande densité.

Le retour de Daemon sort quant à lui son personnage de sa léthargie du deuil pour convaincre Rhaenyra d’un dessein plus grand encore, prophétique. Après l’errance du roi consort la saison dernière, il est particulièrement plaisant de suivre un personnage désormais animé d’une foi inébranlable envers son épouse… et nièce. D’autant plus que Daemon conserve toute son ambiguïté et son intransigeance envers son entourage, comme le démontrent sa moquerie envers une Mysaria (Sonoya Mizuno) quelque peu flouée ou encore les dragonniers (Kieran Bew et Tom Bennett) rapidement remis au pas.

La fin de ces allers-retours nous ramène à Port-Réal pour toute la dernière partie de l’épisode. Un moment que j’attendais avec impatience. C’est encore autour de l’équilibre précaire d’une vieille amitié que se dessine le destin de Westeros, sans jamais oublier la position capitale de la reine douairière dans cette histoire. Soulagée du départ — enfin — de son fils, celle-ci s’active afin de respecter sa part du marché et d’éviter un nouveau carnage.

Une tour raccourcie d’une tête
Les arcanes de la politique, et leur lot de trahisons comme de dérives, sont monnaie courante dans la saga. L’éclatement du conseil restreint des Verts le démontre une nouvelle fois. Si peu de personnages majeurs composent encore le dernier bastion des partisans d’Aegon II, leur opposition à la détermination d’Alicent aura permis de maintenir une tension constante jusqu’à l’arrivée de Rhaenyra par les cieux. Une nouvelle occasion d’apprécier les contradictions qui tiraillent celle qui fut utilisée comme un simple outil depuis son enfance.
La tentative de viol orchestrée par le maître des Lois (Paul Kennedy) ne fait d’ailleurs que renforcer ce sentiment d’impunité masculine face au pouvoir accordé aux femmes. Mais c’est également à travers le caractère enfantin, prophétique, d’Helaena (Phia Saban) que la détresse maternelle d’Alicent gagne en nuance et humanise davantage encore le camp des Verts.

Pour autant, la partie la plus réussie de ce second épisode réside dans l’arrivée de Rhaenyra jusqu’au Trône de Fer. Si, auprès de Daemon, la reine semble avoir retrouvé une forme d’assurance, sa prise de pouvoir se paye par une démonstration de force implacable. Pourtant, cette mère endeuillée demeure profondément fragilisée par les événements récents, et cette position de conquérante donne finalement naissance à une victoire amère.

Par chance, la fin de l’épisode atteint une véritable forme d’apothéose avec le retour éphémère d’Otto Hightower (Rhys Ifans), qui, tout ce temps été retenu prisonnier et n’a jamais quitté la capitale. Le vacillement de Rhaenyra face à la résignation absolue de l’ancienne Main du Roi donne lieu à une scène d’exécution particulièrement marquante. Clare Kilner parvient à capter avec beaucoup de tact la détresse émotionnelle de la reine — jusque dans ses larmes et son souffle brisé — au sein d’une scène aussi barbare que profondément inconfortable. Le couperet tombe, par deux fois.

Conclusion
La force de ces images parle d’elle-même. Coupé dans ses dernières paroles, Otto voit sa tête rouler au sol tandis que le sang macule les pas hésitants de Rhaenyra, qui finit par s’asseoir sur le Trône de Fer de son père. Mais à quel prix ? Cette question risque de hanter durablement notre héroïne, tandis que l’arrivée d’Alicent dans la salle du Trône promet des retrouvailles aussi douloureuses que cette victoire en trompe-l’œil. Son regard, toujours aussi puissant au fil des saisons, en dit déjà long.

Avec ce plan final d’une efficacité redoutable, House of the Dragon livre un épisode digne d’un véritable season finale. La série continue ainsi de frapper très fort avec ce retour estival. Mention spéciale, une fois encore, aux nouvelles compositions épiques de Ramin Djawadi. Elles résonnent longtemps après le générique, à l’image de celle qui accompagne l’ouverture de l’épisode sur les terres dévastées du Gosier, et soulignent avec force la dimension profondément anti-héroïque de cette guerre de succession. Un festin… pour les corbeaux.
✅ Points forts
- Une excellente continuité avec le premier épisode, qui fait office de véritable conclusion de la saison précédente.
- Une gestion intelligente des conséquences de la bataille du Gosier, sans chercher à en minimiser le coût humain et psychologique.
- Le traitement des personnages féminins, plus riche que jamais, avec Rhaenyra et Alicent comme véritables piliers du récit.
- Une victoire volontairement amère, qui évite le triomphalisme habituel des récits de conquête.
- Une écriture nuancée, qui refuse le manichéisme et n’épargne aucun camp.
- Le développement psychologique de Rhaenyra, entre deuil, colère, déni et affirmation de son pouvoir.
- L’évolution de Daemon, enfin sorti de son errance et retrouvé dans un rôle plus affirmé auprès de sa reine.
- Aemond, qui s’impose comme un antagoniste terrifiant et l’un des personnages les plus fascinants de la série.
- Le chassé-croisé des différents protagonistes, qui prépare naturellement les futurs affrontements.
- Une montée en puissance constante des différentes armées et des enjeux militaires.
- Des scènes aériennes toujours plus impressionnantes, qui mettent pleinement en valeur les dragons.
- Une réalisation solide, notamment dans les scènes finales et les moments plus intimistes.
- Une dernière partie particulièrement forte, culminant avec l’exécution d’Otto Hightower.
- Une conclusion visuellement marquante, avec Rhaenyra sur le Trône de Fer malgré le poids de son sacrifice.
- Les compositions de Ramin Djawadi, qui renforcent la dimension tragique et anti-héroïque de cette guerre.
❌ Points faibles
- Une partie du vaste casting reste en retrait, certains personnages n’apparaissant que brièvement.
- Des mouvements de troupes parfois rapides ou, au contraire, dans l’attente, qui peuvent donner une impression de transition.
- Une formule qui reste fidèle aux codes de la saga, sans réellement chercher à les renouveler.
MA NOTE :

Les crédits
RÉALISATION : Clare Kilner / SCÉNARIO : Sara Hess
DIFFUSION (France) : 29 Juin 2026 / DURÉE : 1h04