
Avant-propos : Au fil des semaines, le blockbuster télévisuel d’HBO aura su déjouer les attentes du téléspectateur, mais aussi les combler comme nous frustrer. Dans un contexte de guerre totale, la petite sœur de Game of Thrones a aussi bien privilégié l’épique que l’intime, dans un rythme en dents de scie parfois grisant.
Néanmoins, outre ces imperfections, cette troisième saison de House of the Dragon a globalement offert un spectacle d’amertume et de désolation autour de sa distribution, tant elle n’épargne personne dans sa finalité. Dans la défaite comme dans la victoire. Ainsi, après son coup d’éclat en début de saison, un soufflet creux à mi-saison et une lente montée en tension, l’heure d’un nouvel affrontement colossal est arrivée pour son grand final.
Si cette aventure est donc loin d’avoir tout misé sur cette nouvelle bataille, la tempérance de ces dernières semaines a gonflé les attentes. Des attentes comblées aujourd’hui ? Majoritairement oui, car malgré la frustration d’en vouloir toujours plus, cet épisode final embrase tout espoir d’une issue glorieuse. La chute de l’empire Targaryen ne fait plus aucun doute.

ÉPISODE 8 : THE TREASONS AT TUMBLETON
Dans son rêve de souveraineté et de légitimité prophétique, le règne de Rhaenyra (Emma D’Arcy) s’est peu à peu effrité, au même titre que sa moralité. Largement entretenu par l’aveuglement de son oncle/mari Daemon (Matt Smith) pour la grandeur Targaryenne. Cette saison a ainsi brillamment mis en perspective les intentions de l’héritière de Viserys dans un profil plus nuancé et déviant.
Pour son final conséquent d’1h10, la production a confié les rênes de la réalisation au méconnu Andrij Parekh, même si celui-ci a déjà réalisé un épisode (le 6e) de sa seconde saison. Et c’est naturellement Ryan Condal qui se charge de son écriture, aux côtés de Ti Mikkel. Le showrunner illustre aujourd’hui le début de la fin pour cette Danse des Dragons, sans retour possible dans l’horreur du conflit qui embrase Westeros.

De son titre limpide, The Treasons at Tumbleton, ce final confirme la vision de désolation qui s’abat à l’écran. Et bien que cet épisode clôture bien plus d’événements que son précédent final, il ouvre quelques pistes vers son ultime ligne droite. En recentrant ses forces sur la récente ville marchande de Tumbleton (ou Chutebourg en VF), tout en faisant doucement émerger de l’ombre des menaces préexistantes, cette troisième saison a maintenu notre attention jusqu’à l’éclatement tant attendu.
Dans son état de fait, ce 8e épisode n’est pas à proprement parler surprenant sous différentes facettes. Toutefois, animé d’une fatalité indéniable quant à la direction prise par cette guerre, la série parvient à saisir la gravité des dommages causés par les ambitions des seigneurs sur le royaume. La famille Targaryen forcément en tête.
Le Cas Rhaenyra
Après ce qui s’apparente à la résurrection du dragon d’Aegon (Tom Glynn-Carney), et de ce dernier après avoir été déclaré mort, l’état mental de Rhaenyra atteint un point de non-retour qui s’annonce dévastateur. En naviguant sur la voie des Dieux et des présages divins, ce final saisit parfaitement l’importance de la Foi dans l’œuvre de George R.R. Martin. Et c’est pourquoi le sacre autoproclamé de Rhaenyra aux yeux de la plèbe s’avère d’autant plus capital pour la suite des événements.

Avec de nombreux drames à venir, la saison 4 de HotD aura fort à faire pour conclure convenablement ce pan crucial de l’histoire Targaryen. En attendant, et d’autant plus pour les néophytes, ce final abat un peu plus les espérances d’un dénouement doux-amer, comme il le prouve avec le suicide symbolique d’Helaena (Phia Saban) dans ses derniers instants. Et avec lui, les semblants de certitudes liées à ses visions prophétiques.

Mais au-delà de la position seigneuriale qu’incombe son statut, Rhaenyra s’est peu à peu éloignée de la bonté qui la caractérisait encore. Et notamment après la mort de son fils aîné et héritier, où celle-ci a, dans le même temps, peu à peu embrassé la part sombre de sa personnalité. Cet isolement psychologique a créé une obnubilation pour les présages prophétiques, via l’attente d’une confirmation d’un grand dessein à son égard.

Cette différence caractérielle se mesure habilement face à son entourage. Sa façon de traiter sa demi-sœur, qu’elle finit par nourrir de force, prouve d’ailleurs à quel point Rhaenyra a dévié de tout entendement moral. Incapable d’être réellement présente auprès de son dernier héritier — bâtard —, de recevoir les doléances de son peuple ou même de considérer ses proches à leur juste valeur, telle Baela (Bethany Antonia) durant cette saison, notamment lors d’une confrontation très juste durant ce final.

Dans la demeure des Seigneurs, un plébéien reste un plébéien.
C’est également auprès des roturiers que Rhaenyra se montre le plus impassible. Cette saison ne manque d’ailleurs pas d’exemples pour étayer son propos. Se refusant à légitimer les fils de Corlys (Steve Toussaint), infantilisant ses dragonniers comme de simples outils ou en évinçant sans considération Mysaria (Sonoya Mizuno). Sauf que ces différentes dénigrations finissent, ou finiront naturellement, par affaiblir le pouvoir acquis par son camp.

Aujourd’hui, elle crée une possible cassure entre Adam (Clinton Liberty) et son frère Alyn (Abubakar Salim), qu’elle pousse dans ses retranchements en faisant assassiner le Grand Septon en pleine office. Mais c’est sans surprise le retournement d’Ulf (Tom Bennett), dans la dernière partie de l’épisode, qui aura des conséquences désastreuses sur la légitimité de son règne.

Pour autant, dans sa tenue de conquérante à l’esthétisme remarquable — à l’instar de son simple maquillage —, Rhaenyra se livre à un exercice d’élocution sur la place publique qui scellera son destin. Totalement gangrénée par son dessein prophétique, celle-ci dévoile le secret de sa famille à la plèbe, au risque de la voir rester incrédule face à son importance. Le plus passionnant dans cet effet reste sa vision du totalitarisme, qui rappelle forcément le comportement de Daenerys dans Game of Thrones, juste avant sa chute.

En revanche, à ses côtés, cette saison a parfois eu bien du mal à faire exister ses seconds rôles. Ou du moins une partie d’entre eux. Ce final ne rectifie pas le tir, loin de là, puisque le binôme formé par Baela et Adam manque de corps pour se distinguer, tout comme leurs présences restreintes avec leurs dragons. Il en va de même pour Hugh et son amour perdu (Ellora Torchia), ou encore pour le basculement d’Ulf, qui manquent de développement malgré leur intérêt.
L’antagonisme de l’antagoniste
Hormis le segment crucial à Port-Réal et les désastres de la guerre à Chutebourg, The Treasons at Tumbleton mène discrètement dans une nouvelle direction les destins des demi-frères de Rhaenyra avant sa saison finale. Dans un premier temps, les errances d’Aemond (Ewan Mitchell) auront eu l’intérêt sincère d’éclairer le profil intriguant d’Alys Rivers (Gayle Rankin), qui confirme ici les théories à son sujet sur sa nature fantastique via un monologue poignant.

En plus de son parallèle évident avec le profil sanguinaire de Daemon, Aemond lâche finalement prise pour se retrouver face à la vengeance de son frère aîné malmené, Aegon. Comme son oncle avant lui, Harrenhal lui a ouvert les yeux (ou l’œil), et sa résignation ouvre la voie à un duo d’antagonistes qui s’annonce comme le clou dans le cercueil du camp Noir.

Cette saison aura été transitoire pour ces deux personnages centraux, passant de l’ombre à la lumière à l’aube de sa conclusion. Sa largeur a d’ailleurs parfois manqué de gigantisme géographique, mais pas de différents profils. Ainsi, cette aventure fait à nouveau office de transition vers un dénouement qu’on imagine à minima plus brûlant. Difficile dans ce contexte de ne pas voir la présence marquante d’Ormund Hightower (James Norton) comme un tampon avant un dernier bain de sang, puisque son personnage périt fébrilement au terme de cette saison.

Toutefois, ce nouveau personnage, comme son pupille Daeron (Benjamin Evan Ainsworth), auront apporté leur pierre à l’édifice déjà solide que s’est construit l’univers de HotD en seulement quelques saisons. Pour autant, son showrunner fait le choix de ne pas évincer (de suite ?) le cadet Targaryen, tandis que son destin paraît plus qu’incertain.

Trahisons à raison
Dans une veine similaire aux grands moments guerriers de la saga, HotD nous fait languir avant de nous éblouir. Pour autant, la chute de Chutebourg n’est pas la meilleure bataille de son univers, bien au contraire, mais certaines de ses composantes sont exaltantes. Si sa réalisation s’avère assez convenue et manque d’éclat, son suspense et ses protagonistes remplissent leurs rôles à merveille.

Ainsi, son titre ne fait pas uniquement référence à la trahison tant attendue d’Ulf, mais également à celle qui surgit au sein même du clan Hightower. Dans tout ce chaos, Gwayne (Freddie Fox) confirme son choix du bon sens et Daeron se détache par son empathie. Reste à savoir ce que la dernière saison leur réserve. Face à eux, la Main, amputée d’un doigt et prisonnière, fait preuve d’un sens politique qui lui manquait depuis fort longtemps et s’impose comme la voix de la raison entre les deux camps.

Sa réflexion a tout son intérêt puisqu’elle demeure une autre forme de trahison aux abords du champ de bataille. Tout comme la présence de Hugh au sein de l’armée à la recherche de sa femme, désobéissant directement à l’ordre de sa reine. Ce final pose ainsi de petites pierres à l’effritement qui précipitera la chute de l’empire Targaryen, tandis qu’en face, la perfidie d’Ormund atteint un niveau rare de cruauté pour la saga.

En se servant d’enfants comme rempart contre la force adverse, la série illustre à merveille l’abus de pouvoir et une forme d’orgueil déviant sans concessions. De quoi mettre à mal le caractère sanguin de Daemon, leader incontestable des forces armées, tiraillé dans sa prise de décision. Cela va mener à quelques moments fugaces poignants.
La Chute-bourg
La chute de Tumbleton — et par extension d’une partie du règne de Rhaenyra — n’est pourtant pas là. C’est bel et bien dans l’adage de cette saison, From fires comes Darkness, qu’elle survient. Si le pathétique Ulf demeure l’investigateur de ce carnage brûlant — dont le résultat rappelle lui aussi la fin de GOT —, son choix résulte du traitement qui lui a été réservé. Par Rhaenyra, Daemon puis Ormund.

En parallèle, la production a tout de même fait un travail assez remarquable vis-à-vis du siège et de l’assaut de son nouveau décor. Comme souvent, la saga se démarque par ses représentations médiévales à grande échelle, mais aussi par ses gueules de cinéma qui marquent la rétine. À ce titre, l’iconique Tommy Flanagan fait enfin véritablement montre de son charisme dans ce final grâce à quelques scènes très efficaces.

Les Loups de l’hiver et leurs forces guerrières s’associent à merveille à la détermination de Daemon et, dans cela, l’intrigue leur rend bel et bien hommage au cours de cette bataille. Son point d’orgue demeure l’affrontement entre Ser Roderick et Lord Ormund, aussi drôle que sanglant puisqu’il s’appuie pleinement sur la caractérisation de ces deux personnages inédits de cette saison.

On peut également apprécier le face-à-face entre Daemon et Jon Roxton (Joplin Sibtain) qui, s’il n’aboutit à aucun trépas, permet d’évaluer la dangerosité du bras droit d’Ormund, dorénavant sans maître. Dans tous les cas, ce season final remplit grandement son contrat puisqu’il démontre l’échec cuisant du bras armé de Rhaenyra dans son entreprise de maintien du royaume.
Conclusion
À l’image de cette troisième saison, ce final avance moins par la surprise que par la fatalité. Chaque trahison, chaque décision et chaque perte semblent rapprocher un peu plus Westeros de son inévitable embrasement, tandis que Rhaenyra incarne désormais à elle seule toute l’ambiguïté morale de cette guerre. Si l’épisode n’offre pas la bataille la plus spectaculaire de la saga, il réussit surtout à donner du poids aux conséquences de plusieurs semaines de tensions et de désillusions.

Imparfaite dans son rythme et parfois frustrante dans le traitement de certains personnages, cette saison 3 aura néanmoins su construire une véritable sensation de chute, jusqu’à faire disparaître les dernières illusions d’une issue heureuse. House of the Dragon n’a plus besoin de nous rappeler que cette Danse des Dragons sera tragique : elle nous a désormais convaincus que personne ne pourra réellement en sortir vainqueur. Et c’est assurément dans cette amertume assumée que la série prépare aujourd’hui sa dernière danse.
✅ Points forts de l’épisode
- L’évolution morale de Rhaenyra, dont la dérive psychologique et politique atteint un véritable point de rupture.
- La dimension prophétique et religieuse, particulièrement bien exploitée autour des visions d’Helaena et du dessein de Rhaenyra.
- Le parallèle entre Rhaenyra et Daenerys, notamment dans la manière dont la souveraine se rapproche progressivement d’une forme de totalitarisme.
- Le développement d’Aemond et d’Aegon, désormais installés comme deux figures centrales de la dernière ligne droite.
- Alys Rivers et son monologue, qui renforcent le mystère fantastique entourant le personnage.
- La multiplication des trahisons, qui fragilise progressivement les deux camps et prépare avec ametume la conclusion de la guerre.
- La chute de Tumbleton, notamment pour son suspense, ses affrontements et la brutalité de certaines séquences.
- La caractérisation des certains personnages, à l’image d’Ormund, Daeron, ou Gwayne.
- La sensation de fatalité, qui donne à ce final une véritable impression de point de bascule vers la tragédie.
- La désolation qui accompagne le final, jusqu’à la disparition d’Helaena et l’effondrement des dernières illusions autour d’une possible issue glorieuse.
❌ Points faibles de l’épisode
- Une réalisation de la bataille assez convenue, qui empêche Tumbleton de rivaliser avec les plus grands affrontements de la saga.
- Le manque de développement de certains seconds rôles, notamment Baela, Adam, Hugh et Ulf.
- Des présences parfois trop limitées pour certains dragons et personnages, qui réduisent leur impact émotionnel.
NOTE :

Les crédits
RÉALISATION : Andrij Parekh / SCÉNARIO : Ryan Condal & Ti Mikkel
DIFFUSION (France) : 10 Août 2026 / DURÉE : 1h10