THE LAST OF US – saison 1

La survie à tout prix

EN DEUX MOTS : Il y a maintenant 10 ans, le monde découvrait la licence The Last of Us sur PlayStation 3. Un jeu d’aventure réaliste dans un monde post-apocalyptique au gameplay nerveux acclamé par la critique. Mais au-delà d’une expérience vidéoludique dingue, soucieux du détail, le studio Naughty Dog et son co-directeur / co-créateur : Neil Druckmann nous proposait un récit à la justesse folle. Épatant, viscéral et poétique, une œuvre qui m’a personnellement bouleversé.

Son arrivée sur petit-écran est assurément un évènement. D’autant qu’aujourd’hui, dans la guerre du streaming, le projet se dévoile sous des auspices rassurants. La chaîne mythique HBO diffuse la bête, tandis qu’après son coup d’éclat en 2017 avec Chernobyl, Craig Mazin pilote le projet. Mieux encore, Neil Druckmann officie lui-même comme co-créateur sur la série, et les deux hommes réalisent chacun un épisode. Les deux premiers. 

Tous les voyants sont au vert ici pour adapter ce monument vidéoludique : 

Quand le monde tel que vous le connaissiez n’existe plus, quand la ligne entre le bien et le mal devient floue, quand la mort se manifeste au quotidien, jusqu’où iriez-vous pour survivre ? Pour Joel, la survie est une préoccupation quotidienne qu’il gère à sa manière. Mais quand son chemin croise celui d’Ellie, leur voyage à travers ce qui reste des États-Unis va mettre à rude épreuve leur humanité et leur volonté de survivre.

Allociné

BLOCKBUSTER COLOSSAL, VIVANT, ÉVOLUTIF 

À l’image d’un effrayant infecté de son univers, THE LAST OF US est un colosse de la télévision. Un tournage étalé sur une année (c’est tout le concept de son récit initiatique) et un budget faramineux avoisinant les 10 millions par épisode. C’est toute l’entreprise de ce nouveau blockbuster made in HBO

Pour lui donner vie en image, la série multiplie les décors post-apocalyptiques, travaillés, variés, délabrés. Et surtout donne vie à un univers d’horreur qui privilégie la tension. 

En son centre réside son duo au cœur de l’action. Dans une aventure à travers une Amérique en proie à la terreur et à la désolation. Ou la ligne morale s’avère aussi mince que nuancée. C’était toute la beauté cruelle du jeu vidéo. Qui, en plus, apporte une dynamique de relation père/fille substantielle et pleine d’émotions. 

Aujourd’hui, elle se fait avec une modernisation des personnages compréhensible. (Le formidable Chilien Pedro Pascal succède au Texan lambda pure souche). L’acteur s’avère un choix exaltant comme il l’a déjà prouvé avec plusieurs personnages particulièrement nuancé (de Game of Thrones a Narcos). Un Joel toujours charismatique face à une Ellie moins pulpeuse sous les traits de la mâchoire carré de Bella Ramsey

Personnellement, mes craintes se trouvent là. Malgré le talent certain de la jeune actrice, également découverte dans GOT, son physique s’avère plus éloigné, aux yeux d’un fan acharné, de l’image toute faite du personnage culte du jeu vidéo. Finalement, la jeune actrice délivre une prestation en demi-teinte. Avec une prépondérance pour le caractère insolent d’Ellie, l’actrice dévoile trop peu sa part de sensibilité. Qui fonctionne pourtant à merveille au côté de Pedro Pascal dans les derniers épisodes.

VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER

Une question légitime pouvait se poser : le traitement de la violence à l’écran. D’autant que son co-créateur Neil Druckmann s’exprime peu avant la diffusion sur une censure de celle-ci à l’écran. A contrario d’un jeu vidéo qui marquait la rétine par sa violence et dureté graphique, le but pour la série est de jouer sur la tension et l’explosion de peur quand celle-ci jaillit face à nous. 

Et pour plusieurs raisons, THE LAST OF US tutoie l’une de ses principales faiblesses ici. Si une violence en retrait n’est pas un problème en soi, c’est la technique autour qui peut déranger. La preuve avec un montage abrupt (un élément qu’on distingue dans les échanges de tirs) et le fait de favoriser une animosité hors-champs. Là encore l’adaptation perd en force tandis qu’elle aurait pu limiter cela à des excès de brutalité qui marque la rétine. 

Ce qui marque la rétine en revanche, c’est l’immense travail entreprit pour donner vie à ce monde post-apocalyptique. Qu’ils s’agissent de simples détails passagers ou des décors dévastés, jonchés de vestiges du passé, jusqu’à une mise en scène lente, mais sous tension. Car a contrario cette tension est réelle, et fonctionne aussi bien que sa large palette d’émotions.

Les deux s’entremêlent et favorisent l’immersion dans ce voyage désillusoire au sein d’un monde sans foi ni loi, résultat de 20 ans de désolation. Nos héros arpentant la route, ville et nature pour un résultat grandiose à l’écran. Ainsi, l’ultime point de cette adaptation vis-à-vis de son récit initiatique se trouve autour de ses survivants. Principaux, mais aussi secondaires.

Au fil du voyage risqué de Joel & Ellie, nos deux héros vont être confrontés à leurs plus grandes craintes. De la solitude à l’attachement. Parfois matérialisés par différents profils humains et infectés. Principalement par des choix moraux lourds de conséquences. Le récit définit ainsi le sentiment de peur sous différentes facettes. Jusqu’à savoir ce que celle-ci peut nous pousser à faire pour survivre. À savoir à peu près tout. 

SOUS UN ANGLE SECONDAIRE

L’un des principaux atouts de cette adaptation en live action réside dans sa capacité d’étoffer un univers complexe moralement. Fidèlement, mais via d’autres perspectives, secondaires et éphémères. C’est précisément ici que la réussite de son écriture est assez complète. Car elle conjugue nuance et attachement et pas uniquement envers son duo au centre de l’action. Aussi via son casting secondaire, qui prend vie en seulement quelques scènes. 

En plus d’étoffer la caractérisation de personnages déjà iconique grâce à quelques éléments anodins (telle la surdité du jeune Sam (Keivonn W. Woodard)) les showrunners n’ont pas peur de s’éloigner du jeu. Tout en gardant son essence même. (Le plus bel exemple réside dans son troisième épisode  » Long, Long Time » et son histoire d’amour belle à en crever).

Le casting secondaire est essentiel à cette réussite, et sous une direction juste il apparaît comme tout bonnement brillant. On y découvre, pour ne citer qu’eux, une Anna Torv insondable et captivante, un Nick Offerman délectable en survivaliste bougon, le méconnu Lamar Johnson formidable en collabo non sans sensibilité, ou encore la pimpante Storm Reid en jeune Luciole en fin d’innocence.

Des profils bien connus du jeu, mais pas uniquement. Un élément qu’on remarque au tout début de la saison dans l’introduction de ses deux premiers épisodes, qui apportent de la compréhension à l’émergence du cordyceps. Et ensuite en alimentant le point de vue des  »antagonistes » qui vont croiser la route de Joel et Ellie. Tel que Melanie Lynskey en cheffe peu anodine des résistants de Kansas City ou David (Scott Shepherd) inquiétant leader prêt à tout pour la survie de sa communauté.

GIVE ME MORE

THE LAST OF US est bel et bien un mastodonte. Et assurément l’une des meilleures adaptations, tout format confondus, d’un jeu vidéo. Son niveau d’expertise est aussi multiple que flagrant dans sa démonstration. Néanmoins, elle dispose de quelques faiblesses. 

D’aucun la trouveront trop bavarde et peu encline à l’action. Dans un premier temps non, et ensuite oui. D’autant que son action manque cruellement d’intensité. Du moins en partie, puisqu’une grande scène de nuit a mi-saison face à une vague d’infectés fait toute la différence. Le défaut de THE LAST OF US n’est pas tant dans son rythme (vu la finesse de son écriture) mais dans son contenu global. Plus précisément dans un manque de celui-ci. 

Avec ses 8h45 au compteur, divisés en 9 épisodes, qui adaptent l’intégralité d’un premier jeu déjà dense (et du DLC), cette première saison demeure trop courte. Un sentiment qui prouve malgré tout que la série est un régal. Dans tout ça, et malgré sa fidélité (avec un bon nombre de dialogues quasiment identiques), le show parvient à trouver sa propre identité. 

Elle prône le réalisme, dans une mise en scène qui varie énormément les metteurs en scène (7 au total). Le résultat n’est jamais bluffant dans son exercice, plus particulièrement avec son montage parfois approximatif. Néanmoins, ses directions multiples ne sont pas un problème compte tenu de la largeur du voyage et du nombre de protagonistes que vont rencontrer nos héros. Bien au contraire. 

Un mot également sur sa magnifique et minimaliste bande originale. On la doit au retour des thèmes sacrés de Gustavo Santaolalla et des morceaux inédits de David Fleming.

La véritable vision de THE LAST OF US demeure unilatérale. Sous la supervision du talentueux Craig Mazin, constamment approuvé par Neil Druckmann, plus en retrait dans l’écriture. Elle transpire d’émotions, de nuances, de subtilités, et d’une vision aussi pragmatique et cauchemardesque de notre monde. 

Vous pouvez retrouver ici mes critiques détaillés de chaque épisode (avec spoilers) :

CONCLUSION

Ainsi, après deux mois de diffusion et des audiences fracassantes, la mythique chaîne américaine semble avoir trouvé une nouvelle œuvre marquante pour toute une génération. Le pari n’était pas gagné, le résultat s’avère impressionnant.

En toute logique, il n’en pouvait être autrement avec l’appui de la chaîne HBO et l’embauche de scénaristes exaltant. La validation (très rapide) d’une seconde saison aussi. Qu’on espère tout au moins, si ce n’est plus abouti, tant celle-ci peut s’avérer aussi passionnante que frustrante. 

Mais après tout ce n’est pas tellement sa faute, aux yeux d’un fan bête et méchant le jeu vidéo était un chef-d’œuvre complet. Son adaptation est seulement une grande série. C’est déjà largement suffisant.

Les + :

  • Pedro Pascal (qui saisit toute l’intensité dramatique de Joel mais aussi une certaine sensibilité)
  • L’immense travail sur la mise en images de ses décors apocalyptique
  • Un casting secondaire majoritairement éblouissant
  • Des libertés narratives qui enrichissent son univers
  • Une adaptation de jeu-vidéo qui tire le meilleur de son matériau
  • La subtilité et la nuance de son écriture, comme le prouve les motivations des personnages guidés par amour ou par peur

Les – :

  • Bella Ramsey (qui s’impose trop sur sa facette d’insolence et trop peu sur la fragilité d’Ellie qu’elle maîtrise pourtant parfaitement en fin de saison) 
  • Une violence graphique bien trop en retrait
  • Un manque de contenu global assez frustrant, notamment pour la menace infectieuse
  • Une mise en scène qui prône le réalisme mais qui déçoit dans son montage parfois approximatif

MA NOTE : 17.5/20

CRÉATEURS : Craig Mazin & Neil Druckmann

AVEC : Pedro Pascal & Bella Ramsey,

mais aussi : Gabriel Luna, Anna Torv, Nico Parker, Nick Offerman, Murray Bartlett, Lamar Johnson, Keivonn W. Woodard, Storm Reid, Merle Dandridge,

Melanie Lynskey, Scott Shepherd, Rutina Wesley, Troy Baker, Jeffrey Pierce, Ashley Johnson, Graham Greene, Christine Hakim, Terry Chen, John Getz, John Hannah (…)

ÉPISODES : 9 / Durée : 58mn / DIFFUSION : 2023

GENRE : Drame, Thriller, Épouvante-horreur / CHAÎNE : HBO

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