WIDOW’S BAY – saison 1

Parmi les nombreuses productions méconnues d’Apple TV se glissent quelques outsiders ou pépites qui égayent son catalogue. Widow’s Bay, apparente mini-série au format modeste et à l’aura mystérieuse, se situe clairement dans cette catégorie.

Si l’on échappe ici au format court et classique des comédies de 21 minutes, la série navigue sur un rythme plus mature d’une bonne trentaine de minutes par chapitre pour une saison de dix épisodes. Un format qui lui permet une entrée en matière consistante, tout en évitant les longueurs et en exploitant un tempo comique indéniable.

Sur une île mystérieusement maudite de la Nouvelle-Angleterre, ses citoyens superstitieux sont dirigés par un maire qui refuse de croire leurs avertissements.

Toutes ces caractéristiques, Widow’s Bay les remplit, notamment sous la supervision de sa créatrice, Katie Dippold, habituée aux comédies potaches. Pour autant, le véritable atout de cette fausse comédie réside dans l’exploitation d’un autre genre qui lui va comme un gant : l’épouvante-horreur.

Le choix de ces quatre réalisateurs n’est pas anodin non plus dans cette démonstration de style et permet à la série de naviguer entre différentes tonalités pour un maximum de réussite. Attention toutefois : incursion, jamais déplaisante, en terre hostile.

Destination (finale) de rêve

Dans sa forme, Widow’s Bay est astucieuse puisqu’elle dispose d’un montage qui l’est tout autant. Ses trois premiers chapitres le démontrent bien : sous sa seule direction, Hiro Murai — qui revient ensuite pour les deux derniers épisodes — fait coïncider les genres et les tempos avec brio. Avec une patte indé indéniable et un format sériel qu’il maîtrise parfaitement, le réalisateur d’Atlanta et de Mr. & Mrs. Smith marie humour et horreur dans un environnement qui se prête aussi bien à l’un qu’à l’autre.

En son centre réside le formidable Matthew Rhys, qui s’est déjà illustré par le passé dans cette forme d’ambiguïté latente, aussi merveilleuse qu’elle mêle étrangeté et charme indéniable. Qu’il incarne cet anti-héros imparfait, tiraillé entre ses ambitions politiques et le bien-être de ses électeurs — mais surtout celui de son fils (Kingston Rumi Southwick) — est un choix judicieux. Tout aussi judicieux que de lui octroyer une petite galerie de seconds rôles formidables.

C’est hélas seulement le cas pour une partie d’entre eux. Pour preuve, la présence et le regard halluciné de Katie O’Flynn lui volent régulièrement la vedette, tandis que Stephen Root s’impose comme un second rôle idéal grâce à son jeu oscillant entre contradiction et pragmatisme folklorique. Le reste des récurrents demeure cependant trop en retrait pour pleinement briller. Qu’il s’agisse du shérif interprété par Kevin Carroll, de la gueule burinée de Dale Dickey ou encore de l’atypique et tendre Jeff Hiller, toujours casté avec tact.

J’ai les sous-genres en horreur

Dans tous les cas, Widow’s Bay explore bien mieux qu’attendu les sous-genres, et plus particulièrement ceux de l’épouvante, à travers une intrigue qui allie mystère, malaise et horreur pure. En puisant dans une ressource bien connue — le folklore d’une île maudite de la Nouvelle-Angleterre — on aurait pu croire, à tort, que la série n’aurait finalement guère plus à offrir. Ou du moins qu’elle se contenterait de faire rire bêtement. Mais c’était sans compter sur sa direction inspirée.

Katie Dippold prouve d’ailleurs qu’elle est parfaitement à l’aise dans l’exploitation fantastique des différents monstres du cinéma d’horreur. Qu’ils soient graphiques ou, surtout, psychologiques, tandis que les différents metteurs en scène usent intelligemment des nombreuses touches d’humour de l’intrigue pour les faire coïncider avec le reste. Une aubaine puisque la frousse s’invite autant que les rires avant de finalement les dépasser. Et si l’horreur s’avère salvatrice, tandis que mystère et malaise parcourent constamment l’ensemble, Widow’s Bay navigue sur un ton comique aussi fin que gentiment sarcastique.

C’est donc par le biais de nombreux sous-genres que la série se renouvelle constamment. Elle le démontre à travers ses incursions dans le film de monstre, le huis clos, l’horreur psychologique ou encore le slasher. Une variété qui brille grâce à plusieurs épisodes et moments percutants, maintenant l’attention du téléspectateur ou offrant même une origin story classique mais très efficace à son lore. Celle-ci survient à mi-saison dans l’unique épisode réalisé par Ti West (X) et offre à Betty Gilpin et Hamish Linklater des caméos savoureux.

Conclusion

Au terme de sa saison, Widow’s Bay cherche pourtant moins à attirer notre attention qu’à poser de véritables enjeux au cœur de son intrigue. À la clé : moins de spectaculaire, mais davantage d’émotion. Une réussite d’autant plus maîtrisée qu’elle enchaîne avec aisance humour noir, épouvante et drame familial.

Ainsi, même si l’on pourrait presque rester sur notre faim après un final quelque peu languissant — bien que très juste — l’annonce d’une deuxième saison permet d’en apprécier davantage les subtilités. En somme, cette nouvelle série d’Apple TV s’inscrit bel et bien parmi les meilleures productions de la plateforme.

EN DEUX MOTS : À défaut de révolutionner les codes du genre, Widow’s Bay les manipule avec suffisamment d’intelligence et de personnalité pour s’imposer comme une excellente surprise. Portée par une réalisation inspirée, un savoureux mélange d’humour et d’épouvante ainsi qu’une atmosphère constamment maîtrisée, la série trouve sa propre identité au sein d’un folklore pourtant familier. Malgré quelques personnages laissés en retrait, Matthew Rhys (et secondairement Katie O’Flynn) bouffent, eux aussi, l’écran. Et c’est tant mieux.

MA NOTE : 15.5/20


👍 Points forts

  • Le mélange particulièrement réussi entre comédie et horreur.
  • La réalisation inspirée de Hiro Murai et des autres metteurs en scène.
  • Matthew Rhys excellent dans le rôle principal.
  • Un rythme efficace grâce au format d’une trentaine de minutes.
  • L’exploitation intelligente de nombreux sous-genres horrifiques.
  • Une intrigue qui alterne habilement mystère, folklore et épouvante.
  • Un humour noir fin et rarement envahissant.
  • Une série qui évite de tomber dans la simple parodie du cinéma d’horreur.

👎 Points faibles

  • Plusieurs personnages secondaires sous-exploités.
  • Certaines idées de folklore restent classiques.
  • Quelques pistes manquent de développement, mais non d’intérêt.
  • Final moins marquant que le reste de la saison.

Les crédits

CRÉATRICE : Katie Dippold

AVEC : Matthew Rhys, Katie O’Flynn, Stephen Root, Kevin Carroll, Dale Dickey, Kingston Rumi Southwick,

mais aussi : Jeff Hiller, K Callan, Toby Huss, Neil Casey, Betty Gilpin, et Hamish Linklater (…)

ÉPISODES : 10 (Durée moyenne : 35mn) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : Apple TV

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