
Dans le cadre de la 52e édition du Festival du cinéma Américain de Deauville, voici un petit récap des films de la compétition que j’ai pu découvrir lors de l’événement. En soi, 11 films sur les 13 présentés.
Queen at Sea
de Lance Hammer
Amanda et son beau-père sont confrontés à un dilemme moral qui les divise. Atteinte de démence avancée, la mère d’Amanda est-elle encore capable de prendre seule des décisions éclairées ? Et si ce n’est plus le cas, qui doit décider à sa place : un conjoint, un enfant ou une institution ? À mesure qu’ils font face à des choix de plus en plus difficiles, les conséquences de leurs actes leur échappent peu à peu.

EN DEUX MOTS : Probablement le film le moins américain de la sélection, mais pour autant, ce premier long-métrage découvert au festival et deuxième film largement mûri par le cinéaste s’impose comme un drame fort qui traite de la démence avec un pragmatisme indéniable. Néanmoins, par le biais de son montage de deux heures et d’une distribution restreinte, Lance Hammer se disperse un peu vers différents sous-thèmes et perd en dynamique émotionnelle, malgré de belles interprétations.
MA NOTE : 3/5
If I Go Will They Miss Me
de Walter Thompson-Hernandez
(Prix du jury – ex-aequo)

EN DEUX MOTS : Entre récit initiatique, drame familial et conte onirique, ce deuxième film dispose d’une poésie indéniable, de quelques moments de grâce poignants et d’un sens de la mise en scène assez inspiré, malgré la courte carrière de son réalisateur. Un merveilleux mélange qui en fait une fable poétique inspirée, autant ancrée dans le réel que dans l’imaginaire.
MA NOTE : 4/5
Here I’m Alive
de Joshua Z. Weinstein

EN DEUX MOTS : Malgré son énergie et sa véracité sans filtre sur plusieurs marginaux new-yorkais de la génération TikTok, ce court film d’1h20 échoue dans son exercice de témoignage d’un monde bercé par les apparences. Si son casting sauvage apporte une belle authenticité, le film ne parvient pas à capter l’effervescence d’une nuit sans répit, bien au contraire.
MA NOTE : 2.5/5
A Prayer for the Dying
de Dara Van Dusen
Au lendemain de la guerre de Sécession dans le Wisconsin, Jacob Hansen, vétéran, entretient l’espoir d’une nouvelle vie dans la bourgade de Friendship. Mais une épidémie sème soudainement le chaos et transforme l’espoir en cauchemar. Jacob, à la fois shérif, croque-mort et pasteur de la ville, doit se battre pour sauver la communauté, sa famille et son âme.

EN DEUX MOTS : Ce faux western cauchemardesque s’inscrit presque comme le vilain petit canard de la sélection. En glissant peu à peu vers un cauchemar éveillé, jusqu’à devenir complètement fantasmé, la réalisatrice multiplie les ambitions, mais se perd un peu dans son extrémisme sensoriel. Pour autant, elle fait preuve d’une mise en scène inspirée et d’une ambiguïté latente qui font mouche, malgré un casting finalement restreint en lumière.
MA NOTE : 3/5
I’ll be Gone in June
de Katharina Rivilis
Une étudiante allemande débarque dans le désert du Nouveau-Mexique pour une année d’échange. Elle pensait trouver l’Amérique de ses rêves. À la place, elle découvre un pays inquiet, un amour fragile et cette vérité que chaque génération finit par rencontrer : le monde que l’on nous promet n’est jamais celui qu’on trouve.

EN DEUX MOTS : En se démarquant par son point de vue extérieur, au cœur d’une Amérique fragilisée post-11 septembre, ce drame avait de beaux atouts pour convaincre. Hélas, ce récit initiatique de 2 heures ne révèle aucune fulgurance majeure dans son parcours, ni sensorielle ni visuelle, et finit par subir son montage longuet. Une de mes rares déceptions de la sélection.
MA NOTE : 2/5
The Liberation of Rita Cooper
de Guy Nattiv
Années 80, New Jersey. Malmenée par un quotidien épuisant et un passé traumatique, Rita découvre enfin la sérénité en rencontrant la fascinante Ricky, à la tête d’une communauté de femmes. Guidée par leurs croyances sectaires, Rita se laisse doucement séduire. Mais lorsque ses deux filles tentent de la raisonner, Rita doit choisir entre sa liberté retrouvée et la vie qu’elle a laissée derrière elle.

EN DEUX MOTS : Dans sa forme, The Liberation (de son titre original) s’inscrit assurément comme le film à la forme la plus solide de cette compétition. Ce 7e film pour son réalisateur, à la distribution conséquente, dispose d’un sujet personnel en or massif et impose une rigueur indéniable dans son portrait féminin hors norme. Et pourtant, subsistent quelques zones d’ombre qui l’empêchent d’atteindre un niveau de dramaturgie supplémentaire. Dommage.
MA NOTE : 3.5/5
Company
de Casey Affleck
Par une nuit d’hiver, une mystérieuse voyageuse conte une histoire qui traverse les générations et unit les destins de trois âmes meurtries, déchirées entre le désir de vengeance et le pardon.

EN DEUX MOTS : Imparfait dans sa globalité et sur bien des aspects — comme son tempo, malgré sa courte durée —, le 3e film de Casey Affleck m’a tout de même séduit dans sa faculté à raconter des histoires dans les histoires. À la fois poétique et réaliste dans ses illusions perdues, et grâce à une distribution absolument délectable et variée — mention à ses trois portraits féminins mystérieux —, Company se révèle comme mon petit plaisir coupable indépendant de la sélection.
MA NOTE : 3.5/5
Party U.S.A
de Jared Sprouse
Après la mort de son père, Taylor, employée dans une boutique d’articles de fêtes, n’arrive pas à trouver quelqu’un pour la remplacer à son poste. Elle commet alors une erreur fatale qui enclenche une spirale infernale et sème le chaos au sein de ce petit monde du travail aux couleurs du drapeau américain.

EN DEUX MOTS : Comédie satirique non dénuée d’un sens du drame via son portrait d’une Amérique défaillante, ce 1er film souffre tout de même de ses moyens restreints et d’un tempo comique qui s’estompe inexorablement en cours de route. D’autant qu’il n’embrasse pas totalement la bouffonnerie, malgré quelques moments très drôles. Demeure une véritable révélation en son centre, derrière le visage angélique d’Ainsley Seiger, ainsi que différentes influences très prometteuses pour son jeune réalisateur, qui rappelle la fougue d’Edgar Wright à ses débuts.
MA NOTE : 3/5
Club Kid
de Jordan Firstman
(Grand Prix & Prix du public)
Peter, un organisateur de soirées branchées à New York au mode de vie aussi effréné qu’insouciant, voit son existence bouleversée lorsqu’Arlo, le fils de 10 ans dont il ignorait l’existence, frappe un jour à sa porte. Dépassé par ce rôle de père qu’il n’avait jamais envisagé, mais rapidement conquis par le charme et la spontanéité du garçon, Peter tisse peu à peu avec lui un lien aussi inattendu que profond. À son contact, il découvre qu’il pourrait enfin exister une vie au-delà de la prochaine fête.

EN DEUX MOTS : Pour son premier film, le prodige de la nouvelle génération queer dévoile une maturité saisissante dans son cinéma, via son portrait d’un homosexuel fêtard pris dans une forme de responsabilité soudaine. Sur tous les fronts, son réalisateur parvient à capter aussi bien son environnement urbain que les profils qui le composent, non sans pragmatisme et avec un humour naturel ravageur. Si sa finalité n’est pas totalement poignante, car attendue, Club Kid demeure une vraie réussite. Dommage que son interprète principal, metteur en scène et scénariste — Jordan Firstman — n’ait pas fait le déplacement jusqu’à Deauville.
MA NOTE : 4.5/5
Méli-Mélo (Tangles)
(Prix du jury – ex-aequo & Prix de la critique)
de Leah Nelson
San Francisco, années 90. Sarah a une vie bien à elle. Mais quand sa mère commence à perdre la mémoire, elle revient dans la maison de son enfance.

EN DEUX MOTS : Malgré son format d’animation un peu à part du reste de la programmation, Tangles (de son titre original) s’inscrit comme un petit miracle en son genre. Son animation lui permet justement une liberté d’expression très fluide, imagée et nostalgique à la fois, tandis que ce drame rempli d’humour aborde avec légèreté et mélancolie la question de la maladie mentale. Et non sans un autre portrait queer d’une belle maturité. Une autre belle surprise de cette compétition.
MA NOTE : 4/5
Mouse
de Kelly O’Sullivan & Alex Thompson
(Prix de la révélation)
Inséparables depuis l’enfance, Callie et Minnie profitent de l’été avant d’entamer leur dernière année de lycée. Mais un drame inattendu vient bouleverser leur destin et pousse Minnie à se rapprocher de la mère de Callie.

EN DEUX MOTS : Décidément très inscrit dans le début des années 2000 — ce fut mon dernier film de la compétition découvert —, ce film trouve une place de choix dans la sélection. Malgré sa forme stoïque de drame de 2 heures, Mouse aborde astucieusement la question du deuil via différentes facettes et des personnages féminins complémentaires. Son duo à la réalisation apporte également une authenticité appréciable dans sa mise en œuvre, largement appuyée par son grain d’image naturel.
MA NOTE : 3.5/5