
Le remake US, à l’ambiance UK du Bureau des Légendes, se poursuit avec véhémence sur Paramount+, et ce dans un délai relativement court. Chez nous, il aura fallu attendre une petite année pour découvrir cette suite directe, mise en chantier dans la foulée de sa précédente aventure. The Agency saison 2 prolonge tout d’abord ses enjeux dramatiques dans un jeu de suspense continu, puisqu’elle place sa tête d’affiche, Michael Fassbender, dans un double (triple) jeu encore plus probant.
Trahisons, mensonges, décisions radicales… Martian, devenu agent double, est prêt à tout pour sauver Samia, la femme qu’il aime, prisonnière politique au Soudan.
Ce faisant, ce remake maintient sa ligne de ressemblance avec son matériau d’origine, malgré son esthétisme et son ambiance toujours aussi épurée. Ni plus ambitieuse, ni plus alambiquée, la série navigue toutefois dans un esprit très similaire et parfois exigeant lorsqu’elle explore les limbes du monde de l’espionnage. Un monde qui n’est pas dénué d’action pour autant.
The Agency privilégie quoi qu’il en soit le réalisme au sensationnalisme, et cela passe par un jeu de mensonges, de manipulations ou encore de faux-semblants qui demeure central dans l’intrigue. Un jeu millimétré, parfaitement exécuté encore une fois, et qui doit beaucoup à sa distribution.
Si l’on peut d’ailleurs regretter que cette suite manque de nouveaux visages marquants pour étoffer sa saison, ceux déjà bien établis évoluent à merveille dans cet environnement familier. Et pour preuve, cette nouvelle mission place cette fois la menace interne bien au-dessus de la menace externe, via différentes facettes. Sous un masque d’ambiguïté indéniable, Martian demeure le caméléon le plus fascinant de son univers.
Pull… Mole
Fragilisé par des choix moraux inéluctables, car tiraillé entre son devoir professionnel et ses sentiments personnels, notre antihéros des temps modernes impressionne par sa retenue émotionnelle. Face à lui, Jeffrey Wright est particulièrement délectable dans sa position d’autorité, bien plus intense que son comparse de légende, Richard Gere.
Néanmoins, c’est également via quelques profils secondaires appréciables que The Agency étend efficacement son monde d’espionnage, tout en permettant l’ouverture de nouveaux enjeux géopolitiques. Outre ses tensions à Londres, cette seconde saison explore plus concrètement le continent africain, notamment avec la captivité de Samia (Jodie Turner-Smith), et évidemment l’Iran via l’intrigue de Grimlin (Saura Lightfoot-Leon).
Ces différents terrains de jeu permettent de dynamiser un récit naturellement lent, mais à la montée en tension progressive. Son rythme demeurant l’un des points les plus discutables de cette production, il convoque néanmoins une certaine cohérence dans sa progression. D’autant que cette nouvelle aventure se compose tout de même de dix épisodes aux durées relativement variables, allant de 44 minutes à presque une heure à mi-saison.
Toutefois, la construction de cette saison use intelligemment de cette progression pour dynamiser ces différentes révélations. Dans un monde où l’on ne sait pas toujours, en tant que spectateur, quand un personnage ment, quand une information peut tout changer ou encore qui manipule qui, l’intérêt du « twist » prend davantage de dimension dans l’intrigue.

Position tactique
À ce titre, The Agency 2 conserve ses atouts de charme grâce à son exécution crédible. Mais aussi grâce à quelques personnages discrets mais intenses, à l’instar de la bureaucrate Naomi (Katherine Waterston) ou du Dr. Blake (Harriet Sansom Harris), même si cette dernière aurait mérité davantage d’interactions. Si ce remake reste dans l’ombre de son aînée française, orfèvre en la matière, sa réalisation élégante, son ambiance froide et ses scènes d’action rares mais brutales confèrent à la série une identité propre.
Dans son suivi d’opérations, dont une traque très réussie en Centre-Afrique, et son déroulement progressif entouré de tensions internes, cette suite place donc l’humain avant le spectaculaire. Pour un résultat toujours aussi convaincant. Sans être renversantes, ni à proprement parler bouleversantes, les mésaventures de Martian apportent toujours autant d’ambiguïté à son profil et, sans surprise, Michael Fassbender semble être la figure idéale pour incarner le personnage.
En se plaçant dans la continuité pure de sa première saison, dont elle poursuit les enjeux tout en en dévoilant de nouveaux via sa nouvelle mission, la série manipule avec une certaine lisibilité le téléspectateur, puisqu’elle intensifie avec parcimonie son aventure en cours de route.
Sa fin de saison, bien plus explosive, marque alors un point de non-retour pour son histoire et laisse la porte grande ouverte pour une suite. Reste à savoir si The Agency suivra son modèle, composé de cinq saisons, alors qu’elle n’a pas encore été renouvelée.
Conclusion
Dans la continuité directe de sa première saison, The Agency confirme donc ses qualités sans réellement chercher à bouleverser sa formule. Son approche réaliste de l’espionnage, son jeu de manipulations et l’interprétation toujours aussi convaincante de Michael Fassbender permettent à cette deuxième saison de rester captivante malgré un rythme parfois inégal.
Si son manque de nouveaux visages marquants et quelques longueurs peuvent freiner son efficacité, la montée en puissance progressive ainsi que son final plus explosif lui permettent de conclure sur une note particulièrement prometteuse. Une saison 2 finalement solide, maîtrisée et toujours aussi élégante, qui ne dépasse pas son modèle mais continue de construire avec intelligence sa propre identité.
MA NOTE : 14.5/20

👍 Points forts
- Michael Fassbender, toujours aussi convaincant dans le rôle de Martian, notamment grâce à sa retenue et à l’ambiguïté permanente de son personnage.
- Un jeu de manipulations, de mensonges et de faux-semblants particulièrement efficace, au cœur d’une intrigue qui sait entretenir le doute.
- Une approche réaliste et crédible du monde de l’espionnage, privilégiant l’humain et la tension au spectaculaire.
- Une réalisation élégante, une ambiance froide et une identité visuelle maîtrisée.
- Des enjeux géopolitiques plus variés, avec l’exploration de l’Afrique et de l’Iran.
- Une montée en tension progressive et cohérente, qui permet aux différentes révélations de gagner en impact.
- Un final plus explosif et un véritable point de non-retour pour l’avenir de la série.
- Quelques personnages secondaires très réussi, notamment Naomi, le Dr. Blake ou Henry.
👎 Points faibles
- Un ventre mou dans sa progression, malgré une construction globalement maîtrisée.
- Un manque de nouveaux visages véritablement marquants pour étoffer l’univers.
- Certains personnages secondaires, comme le Dr. Blake, auraient mérité davantage d’interactions et de développement.
- Une saison qui reste dans l’ombre de son modèle français, Le Bureau des Légendes, malgré ses qualités propres.
- Quelques longueurs liées à des épisodes aux durées variables, parfois proches de l’heure.
- Une deuxième saison davantage dans la continuité que dans le renouvellement, avec une formule qui reste finalement assez proche de la première.
Les crédits
CRÉATEURS : Jez Butterworth & John-Henry Butterworth
AVEC : Michael Fassbender, Jeffrey Wright, Jodie Turner-Smith, Katherine Waterston, Harriet Sansom Harris, John Magaro,
Saura Lightfoot Leon, Andrew Brooke, India Fowler, Christian Ochoa Lavernia, Ambreen Razia, Reza Brojerdi, et Richard Gere,
mais aussi : Bilal Hasna, Clayne Crawford, Keanush Tafreshi, Tessa Ferrer, Medalion Rahimi, Kurt Egyiawan, Elena Saurel, avec Hugh Bonneville, et Dominic West (…)
ÉPISODES : 10 / Durée moyenne : 48mn / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : Paramount +