
Parmi les nombreuses productions du Sheridan Universe, et notamment celles reliées à Yellowstone, on en oublierait presque que l’une des plus prestigieuses demeure une série d’action mettant en vedette quelques belles gueules du cinéma.
Réseaux secrets, agents étrangers et trahisons personnelles s’entrechoquent. Joe jongle entre son devoir et sa vie privée alors que des forces invisibles encerclent son univers. Des schémas apparaissent là où ils ne devraient pas, des noms disparaissent et les chemins se réorganisent. Guidée par Kaitlyn et Westfield, Joe affronte des ennemis opérant dans l’ombre, ce qui la confronte à une guerre qui envahit désormais chaque aspect de sa vie.
Pour sa troisième saison, LIONESS réunit encore sa large et prestigieuse distribution pour une nouvelle mission aussi périlleuse qu’ambitieuse. En plus de mettre en difficulté sa belle et hargneuse tête d’affiche, Zoe Saldaña, cette aventure débute sous des auspices guerriers, avec un réalisme intense. Une démonstration de force musclée et convaincante, qui implique de nouveaux enjeux à l’écran.

Et pour cause, Taylor Sheridan, aussi bien présent devant la caméra (le temps d’un épisode) que derrière l’intégralité des scripts, décortique avec ardeur et authenticité un conflit moderne qui s’éloigne cette fois pleinement du Moyen-Orient pour s’orienter vers celui qui fait rage en Ukraine.
À travers un montage inédit qui convoque deux temporalités et s’ouvre sur un twist salvateur, nul doute que le scénariste tente de sortir de son terrain de jeu habituel, tout en bousculant sa formule. Ce renouvellement, qui quitte à minima le jeu d’infiltration pour un résultat d’autant plus personnel et impitoyable envers notre héroïne, offre assurément de nouvelles facettes à ses opérations clandestines.
Conserve-t-elle sa pertinence au même titre qu’elle glisse vers un dénouement plus explosif ? Assurément, puisque, à mes yeux, il s’agit de sa saison la plus aboutie jusqu’alors.
Joe au cœur du triangle
Sheridan n’a jamais caché sa hargne ni son souci d’authenticité dans la représentation de ses conflits. Malgré son patriotisme assumé (qui contribue aussi à son succès), le créateur parvient à explorer quelques zones grises pertinentes dans ses différentes intrigues. La saison 3 de Lioness n’échappe pas à ces caractéristiques, bien au contraire, même si elle laisse de côté son concept de femmes transformées en armes clandestines.
Pour autant, cette aventure n’abandonne pas ses protagonistes découverts tout au long de la saga, comme le démontre son très large casting aujourd’hui. Ses Lionnes maintiennent leur intérêt à l’écran, notamment à travers leurs interactions personnelles, mais c’est surtout Laysla De Oliveira qui conserve une place de choix dans l’intrigue, même si on aurait pu s’attendre à davantage. Surtout quand celle-ci seconde la chevronnée et incontournable leader d’équipe, Joe.

Si le show se révèle inspiré dans sa direction d’acteurs (qui restent fidèles au créateur), il peine encore à éclairer certains de ses profils secondaires. Et ils demeurent assez nombreux. L’arrivée clandestine d’Ian Bohen, partisan de longue date du showrunner, au sein de la bande des récurrents, témoigne de son intérêt restreint. Néanmoins, cette largeur de casting permet toujours d’appréhender avec méthode toutes les facettes de ses opérations spéciales.
Parmi eux, Zoe Saldaña maintient sa position de tête d’affiche avec ampleur, puisque ses deux univers finissent par s’entrechoquer non sans véhémence. De quoi étoffer les nuances qui composent si bien son personnage, à la fois leader, épouse et mère. De plus, son statut lui permet d’échanger avec l’ensemble de ses intervenants : profils de terrain, agents clandestins ou donneurs d’ordres, tous collaborateurs de la CIA.

Pluie de drones en pilotage automatique ? Pas vraiment.
Cette position triangulaire se compose de préparations ou de briefings méthodiques, de moments guerriers aussi réalistes que parfois spectaculaires, ou encore d’échanges d’informations cruciales. Dans tous les cas, le scénariste parvient à crédibiliser cette ambition nouvelle dans l’élargissement de son conflit géopolitique. Ce faisant, il rend ses menaces moins identifiables, malgré la présence de l’éternel monstre russe, puisqu’il use de méthodes propres à notre ère, qui l’éloignent des standards du genre.
À la fois brutale mais aussi verbeuse, Lioness épaissit sa frontière entre danger extérieur et intérieur en délocalisant la plus grosse partie de son action sur le territoire américain. C’était déjà le cas lors de la saison précédente, mais ce constat s’applique ici dans un environnement rural bien plus affirmé. Sans en dévoiler les tenants et aboutissants, ce choix a pour résultat d’apporter une notion de danger plus immédiat. Avec toujours Joe au centre de l’action.

Cette menace grandissante a également pour intérêt d’étoffer les profils de bureaucrates qui interagissent avec Joe. Avec un intérêt tout particulier pour les intransigeants Kaitlyn (Nicole Kidman) et Byron Westfield (Michael Kelly), le personnage de Morgan Freeman demeurant plus secondaire, même s’il est davantage étoffé que par le passé. Cette dimension plus politique et stratégique se mêle toujours efficacement à la dynamique d’action qui gouverne Lioness, d’autant qu’elle apporte du contexte aux différentes problématiques qui dictent le rythme de cette saison.
Dans son ensemble, cette troisième mission sous tension est une franche réussite, puisqu’elle parvient à véritablement bousculer sa formule. Tout comme elle s’inscrit sans conteste parmi les meilleures productions du genre, grâce à son réalisme et à sa distribution de haute volée.
Conclusion
La saison compte huit épisodes, comme les deux précédentes, et cette aventure dispose d’un goût particulier lorsqu’on la consomme méthodiquement, malgré son sentiment d’urgence. Cela prouve que Taylor Sheridan est parvenu à trouver l’équilibre parfait dans son show entre action et tactique, encore une fois grâce à une intrigue politique très juste.
L’une des plus belles réussites de cette saison demeure donc l’exploration de la plus grande zone grise de son univers, qui reflète l’intransigeance des différentes forces en place, lesquelles se livrent une guerre sans vergogne. Cet aspect est merveilleusement ambigu grâce à ses multiples menaces, et ce jusqu’à son dénouement, qui révèle un twist assez surprenant puisqu’il ouvre la voie vers une suite fatalement prometteuse. Encore faut-il que ses artisans restent à la barre pour perpétuer ce succès.
MA NOTE : 15.5/20

👍 Points forts
- Un renouvellement convaincant de la formule, avec un conflit géopolitique élargi.
- Un réalisme militaire intense, associé à une action spectaculaire.
- Zoe Saldaña au centre d’une intrigue plus personnelle, qui exploite les différentes facettes de Joe.
- Une distribution prestigieuse, portée par des personnages aux fonctions complémentaires.
- Un équilibre efficace entre action, tactique et enjeux politiques.
👎 Points faible
- Des personnages secondaires encore trop peu développés, malgré un casting très fourni.
- Un concept d’infiltration féminine davantage mis en retrait, au profit d’une intrigue plus large.
Les crédits
CRÉATEUR : Taylor Sheridan
AVEC : Zoe Saldaña…, Layla De Oliveira, Dave Annable, James Jordan, Jill Wagner, LaMonica Garrett, Austin Hébert, Jonah Wharton,
Genesis Rodriguez, Hannah Love Lanier, Thad Luckinbill, Ian Bohen, avec Michael Kelly, Morgan Freeman, et Nicole Kidman,
mais aussi : Martin Donovan, Jennifer Ehle, Bruce McGill, Elizaveta Neretin, Matt Gerald, Dawn Olivieri, Lev Gorn (…)