
Entre 2019 et 2022, le cinéaste Sam Levinson aura su créer l’engouement en secouant la formule du teen drama sous la houlette de HBO. Avec deux saisons de huit épisodes chacune, aussi denses qu’hallucinées, le réalisateur et scénariste est parvenu à manier son suspense dans un genre en apparence balisé. Et ce, grâce à quelques états de grâce poétiques et à un sens du cinéma plus vrai que nature. Ou, en somme, à la brutalité nuancée d’un sentiment d’euphorie porté par une bande d’adolescents en ébullition.
Quatre ans plus tard, et après tout autant de polémiques, EUPHORIA revient avec une troisième saison très attendue. Un euphémisme, bien sûr, qui s’explique notamment par le retour d’un casting ayant gagné en renommée depuis.
Même si le projet n’a pas été épargné par de nombreux remous — entre quelques absences notables (dont Barbie Ferreira, définitivement écartée) et les disparitions d’Angus Cloud en 2023 puis, plus récemment, d’Eric Dane, tout de même partiellement présent ici — la série événement était de retour avec la promesse d’un certain renouvellement. En premier lieu : une ellipse temporelle conséquente, et cohérente.
Un groupe d’amis d’enfance est amené à faire face aux questions fondamentales de la foi, de la rédemption et du mal.
Ce passage à l’âge adulte s’accompagne d’une mise en scène remaniée de la part de Levinson, qui s’approprie ici les codes du western et apporte une aura bien différente au show. Dès lors, les mésaventures de Rue (Zendaya) et consorts suscitent autant l’excitation qu’elles font grincer des dents.

Et au milieu coule une rivière (de sable)
Avec huit nouveaux chapitres conséquents pour composer cette saison, Euphoria 3 renouvelle une formule certes efficace, mais légèrement dépossédée de ses atouts mystiques. Peut-être que l’absence de Labrinth à la composition — à la suite d’un important différend artistique — y est pour quelque chose. Malgré un retour tiède aux premiers abords, cette troisième aventure débute sous une auréole particulière, indéniablement plus mature. Et c’est donc l’immense Hans Zimmer qui demeure l’unique compositeur crédité de cette bande originale.
Sam Levinson quitte la banlieue pour prendre possession de l’immensité désertique californienne — et parallèlement d’Hollywood — et, par la même occasion, insuffle une atmosphère de western moderne à sa série. Il y parvient en partie, notamment à travers les folles aventures de son héroïne toxicomane de passage au Mexique. Avec sa clique d’individus aussi peu fréquentables qu’atypiques, le créateur instaure un soupçon de tension dans son intrigue, qui s’estompe malheureusement trop vite.
Si l’on peut apprécier le retour de quelques visages secondaires pour apporter davantage d’éclairage — à l’instar de la baronne frigide incarnée par Martha Kelly ou de la sympathique Faye (Chloe Cherry) — les nouveaux récurrents peinent à décupler cette étrangeté si appréciable. C’est notamment le cas de l’imposant Alamo Brown (Adewale Akinnuoye-Agbaje) ou, plus anecdotiquement, de l’influente Patricia Lance interprétée par Sharon Stone.
Pourtant, ce célèbre visage permet de présenter avec un certain cynisme le Hollywood d’aujourd’hui, mais dans une intrigue bien trop secondaire pour pleinement convaincre. C’est également ce qui justifie les retours des personnages incarnés par Maude Apatow et, par extension, Alexa Demie (qui sera trouvée grâce par chance). Pour un résultat en demi-teinte tout de même, car jamais vraiment électrique.
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On pouvait toutefois se raccrocher au retour d’autres personnages phares pour secouer ce cocotier et aborder des thématiques plus percutantes. L’institution du mariage bénéficie ainsi d’un éclairage particulier à travers le couple star formé par Nate (Jacob Elordi) et Cassie (Sydney Sweeney). Et si le contrôle de l’image conserve une certaine résonance, tout comme la masculinité toxique, la fougue sombre mais poétique de son créateur semble avoir laissé place à un sens du spectacle et de la plastique plus clinquant. Mais aussi plus creux.
L’exploitation du corps féminin demeure en tout cas un sujet central de cette nouvelle saison. Une vision tentaculaire puisqu’elle ne se limite pas au statut quasi pornographique de Cassie, mais s’étend également au club de strip-tease Silver Slipper et à ses danseuses, jusqu’au retour de Jules (Hunter Schafer) dans l’intrigue. Sauf qu’ici aussi, Euphoria ne remplit que partiellement son contrat. Dépossédée de son aura mystique — alors même que le rapport à Dieu occupe une place importante cette saison, mais j’y reviendrai — la série de Sam Levinson enchaîne les péripéties peu surprenantes et souvent téléguidées. De plus, le cinéaste a rarement usé d’une vision aussi misogyne.
En nous ramenant sur un terrain connu à travers des codes de western efficaces mais éculés, Euphoria souffre d’un renouvellement qui ne convaincra pas tout le monde. Son créateur, toujours profondément aux manettes, ne lésine pourtant pas sur le montage, généreux dans sa durée — une heure par épisode, puis deux derniers chapitres de 1h18 et 1h32 — pour nourrir son intrigue. Sauf que les fans de la première heure pourraient regretter le traitement déséquilibré réservé à plusieurs têtes d’affiche.
C’est particulièrement vrai pour Jules, bien trop secondaire, pour Lexi, toujours sous-exploitée, ou encore pour Nate, dont la caractérisation excessivement pathétique fait perdre l’ambiguïté latente qui nourrissait autrefois son profil de mâle toxique. Des évolutions globalement peu percutantes qui se mêlent à un large spectre de personnages secondaires, lesquels se révèlent trop souvent vains malgré quelques gueules de cinéma à la clé. Darrell Britt-Gibson surclasse d’ailleurs ses camarades dans son rôle d’homme de main insondable.
In God We Trust (not Sam)
La place de la foi, des présages divins ou d’une forme de rédemption trouve également sa place au sein du récit. Via les parcours cabossés de Rue et consorts, naturellement, même si le montage et la réalisation de Sam Levinson ne leur sont pas toujours favorables cette saison. Le créateur renoue pourtant avec ses éclairages individuels en ouverture d’épisode, avec quelques réussites à la clé. Le retour — bien trop tardif, hélas — d’Ali (Colman Domingo) en est un exemple probant.
C’est finalement assez peu, notamment pour une intrigue dense et tentaculaire comme celle-ci. À l’image de la bande originale de son célèbre compositeur, Euphoria 3 souffre d’une enveloppe solide mais finalement assez creuse. Son final gargantuesque en durée en est l’exemple parfait. Sans constituer la conclusion idéale de la saga, sa première partie est traversée par une grâce qui semblait s’être évaporée depuis le retour de la série.
Une émanation divine somme toute sommaire, mais qui a au moins le mérite d’exister grâce à son twist. Son créateur passe alors d’un thriller plus tendu à un drame intime et embrasse ses thématiques sacrées à pleines dents. Pour un résultat néanmoins en demi-teinte, comme le prouve son ultime plan.
Car la seconde moitié de l’épisode perd rapidement son aura céleste pour accumuler de nouvelles longueurs et un déroulement plus convenu. Mais finalement, là où Sam Levinson se montre le plus inégal, c’est dans le traitement de ses personnages, dont beaucoup restent sur le bord de la route. Après un si long chemin parcouru, difficile de trouver grâce dans cette finalité.
Pour les critiques des deux précédentes saisons c'est ICI :
- SAISON 1 + épisodes spéciaux
- SAISON 2
Conclusion
L’accueil critique s’est révélé largement plus mitigé que pour les précédentes saisons, et cette troisième salve apparaît comme une déception au regard de sa longue absence et de la qualité de ses prédécesseures. Si l’on peut applaudir son envie de changement — notamment à travers une composante thriller cynique appréciable en fin de parcours et quelques trépas audacieux — Sam Levinson semble ici engagé dans un processus créatif plus impersonnel qui ne met que rarement en valeur ses envolées de mise en scène.
Moins crue, moins poétique, moins habitée et moins intense que par le passé, la série a surtout perdu ce style visuel et cette aura qui la distinguaient nettement des autres productions. Si le constat paraît aussi sévère, c’est parce que les attentes étaient colossales. On en viendrait presque à regretter son retour malgré quelques prestations réussies — Zendaya demeure formidable dans le pétrin, même amputée de ses tiraillements émotionnels les plus profonds — et quelques éclairs de cinéma indéniables.
C’est hélas trop peu pour convaincre, surtout pour ce qui sonne comme la conclusion d’une série d’exception.
EN DEUX MOTS : Euphoria saison 3 demeure une œuvre ambitieuse et parfois captivante, mais dont la volonté de se réinventer s’accompagne d’une perte d’identité qui l’empêche d’atteindre les sommets émotionnels et esthétiques des deux premières saisons.
MA NOTE : 2.5/5

👍 Points forts
- La volonté de renouveler une formule atypique.
- L’ambiance western moderne et le changement de décor.
- Une saison plus mature dans ses thématiques.
- Quelques passages thriller particulièrement efficaces.
- Certaines idées captivantes autour de la Foi, de la rédemption et du destin.
- Le retour des introductions centrées sur des personnages.
- Plusieurs séquences de mise en scène toujours inspirées.
- Quelques rebondissements audacieux.
- Le premier acte du final, plus tendu et émotionnel.
- La performance de Zendaya, toujours très investie.
- La présence marquante de quelques seconds rôles (à l’instar de Darrell Britt-Gibson).
👎 Points faibles
- Une perte sensible de la poésie et de l’aura mystique des saisons précédentes.
- Une identité visuelle moins forte et moins singulière.
- Un changement de ton qui paraît parfois plus artificiel.
- Une intrigue souvent trop prévisible et téléguidée.
- Des codes de western parfois efficaces mais usés.
- Une galerie de nouveaux personnages trop peu mémorables.
- Un traitement déséquilibré du casting principal.
- Jules largement sous-exploitée ; Lexi encore reléguée au second plan ; Nate privé d’une partie de son ambiguïté.
- Des thématiques intéressantes mais rarement poussées jusqu’au bout.
- Une durée un brin excessive et qui accentue quelques légères longueurs.
- Une seconde moitié de final trop conventionnelle.
- Une bande originale qui ne retrouve pas l’impact émotionnel des précédentes saisons.
- Un sentiment général de série plus impersonnelle.
- Une conclusion qui laisse plusieurs personnages sur le bord de la route.
Les crédits
CRÉATEUR : Sam Levinson
AVEC : Zendaya, Hunter Schafer, Jacob Elordi, Sydney Sweeney, Maude Apatow, Alexa Demie, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Martha Kelly, Chloe Cherry, Toby Wallace,
avec Eric Dane, et Colman Domingo, mais aussi : Darrell Britt-Gibson, Marshawn Lynch, James Landry Hébert, Kadeem Hardison, Sharon Stone, Rosalia (…)
ÉPISODES : 8 (Durée moyenne : 1h) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : HBO