THE MADISON – saison 1

Séance de rattrapage avec The Madison, nouveauté issue de la fructueuse collaboration entre le prolifique Taylor Sheridan et Paramount +. Pourtant en France, c’est tout de même deux mois après sa diffusion locale, et sur Canal +, que cette nouvelle production made in U.S.A se dévoile à travers une saison introductive de 6 épisodes. Déjà renouvelé pour deux saisons, The Madison marque le retour de plusieurs thèmes chers au scénariste, à savoir les paysages du Montana, ainsi qu’une dynamique de clan familial sous des auspices mélodramatique.

La famille Clyburn quitte New York pour s’installer dans la vallée de la rivière Madison, dans le Montana. Confrontés au deuil et la résilience, les membres du clan tentent de se reconstruire après une tragédie, tout en s’adaptant à leur nouvel environnement.

Si son tempo s’éloigne d’un western moderne à la Yellowstone, la série dramatique demeure une production très familière pour son créateur, qui signe ici l’écriture de tous les épisodes. Et c’est même l’une de ses collaboratrices régulières, Christina Alexandra Voros, qui assure la réalisation intégrale de la série ainsi que sa direction photographique. Si cette familiarité s’avère tout de même à double tranchant, notamment par son manque d’originalité, elle conjugue une qualité de production indéniable. (Même qualité qui a récemment fait défaut au spin-off raté – Marshals : A Yellowstone Story – non supervisé par Sheridan.)

En plus de son esthétisme naturelle reconnaissable et d’une qualité d’écriture relative, The Madison jouit sans surprise d’une distribution de renom. C’est cette fois Michelle Pfeiffer et Kurt Russell qui se donnent la réplique (38 ans après Tequila Sunrise), aux côtés d’un casting plus méconnu.

Deux têtes d’affiche colossales qui confirment l’ambition de la chaîne pour ce genre de soap moderne largement suivi par le public. De quoi imposer cette nouvelle production comme un classique instantané ? Peut-être pas, et notamment vu sa familiarité – comme je le soulignais – mais aussi via un univers étendu qui pourrait lasser son auditoire à terme. (La série Dutton Ranch étant elle-même en cours de diffusion.)

Et au milieu coule une rivière (mièvre)

Alors certes, The Madison ne s’inscrit pas officiellement dans l’univers familier de Yellowstone, mais elle le pourrait aisément. Et c’est toute sa limite. Avec ses cadrages larges, prompt à la contemplation, ses paysages sauvages indomptables et ses individus happés par cette beauté, ce drame est une ode à la nature signée Taylor Sheridan.

Le créateur déploie cette marque de fabrique avec une efficacité relative, même s’il s’amuse à confronter une partie de son casting à un environnement qui ne lui est pas familier. A ce titre, la série arrive peut-être trop tard, puisque depuis bientôt 10 ans l’américain a su convaincre son large auditoire des bienfaits de cet environnement naturel. Pour autant, il se dégage de ce soap — sans doute le plus pompeux de ses dernières productions — une fluidité indéniable qui lui évite le naufrage en eaux peu profondes.

Avec une bonne dizaine de récurrents crédités au générique, The Madison dévoile dans le lot un bel échantillon d’individus confrontés à un environnement étranger. Et qu’il soit naturel, comme familial. Après le choc des cultures entre deux Amériques — urbaine et rurale, progressiste et traditionnelle — Sheridan traite du deuil avec une certaine mièvrerie, mais non dénuée d’émotion. C’est d’ailleurs l’une des plus belles réussites de la série, qui parvient, malgré des codes bien connus du genre, à déployer un naturel qui fait souvent la différence.

On appréciera quelques prestations plutôt convaincante (nos têtes d’affiche largement en tête) et une direction d’acteurs indéniable, malgré quelques failles béantes. (La mère divorcée déconstruite (Beau Garrett), dans un amour impossible avec le shérif local affreusement sexy en plus d’être veuf… (Ben Schnetzer)). Et on pourra citer, pour clôturer la distribution, la présence du célèbre acteur de LOST – Matthew Fox – dans un rôle intriguant mais malheureusement sous-exploité.

Conclusion

Avec sa première saison, The Madison s’inscrit ainsi dans une veine plus intimiste, bien que familière pour son créateur. Son exploration profonde du deuil trouve tout son sens avec les conflits intérieurs qui animent le personnage joué par Michelle Pfeiffer, impériale et pleine de contradiction. Tout comme son rapport à la nature et à la terre continue de faire mouche à l’écran, malgré son impression de déjà-vu.

De plus, si certains profils agacent et notamment lorsque le genre du mélodrame surligne leurs défauts de comportements, le créateur parvient tout de même à décortiquer un noyau familial assez riche.

The Madison dispose ainsi d’une base relativement solide pour sa continuité (déjà bien avancée dans sa production), mais devra trouver un rythme plus soutenu pour perdurer convenablement. Ses quelques errances sont aujourd’hui absorbées par ses qualités ainsi que par un format peu gourmand, même s’il risquerait de s’alourdir par la suite. L’émotion et l’ambiance mélancolique maintiennent alors la série sur une ligne tendue entre le soap mielleux et un drame plus mature ; mais cette saison introductive penche heureusement du bon côté. Pour l’instant.

EN DEUX MOTS : Sans jamais révolutionner la formule que Taylor Sheridan exploite depuis plusieurs années, The Madison réussit néanmoins à trouver sa place grâce à son approche plus intimiste et son traitement sensible du deuil. Portée par une distribution convaincante, une photographie soignée et une ambiance mélancolique particulièrement réussie, la série compense en grande partie son manque d’originalité. Si son rythme parfois languissant et certaines intrigues secondaires plus convenues l’empêchent d’atteindre les sommets de l’univers sheridanien, cette première saison demeure une proposition solide et prometteuse, dont les fondations méritent d’être développées.

MA NOTE : 14/20


👍 Points forts

  • Michelle Pfeiffer, remarquable de justesse et de nuances.
  • Une photographie superbe mettant en valeur les paysages du Montana.
  • Un traitement du deuil sincère et souvent émouvant.
  • Une atmosphère mélancolique qui donne son identité à la série.
  • Une réalisation élégante et contemplative de Christina Alexandra Voros.
  • Une distribution prestigieuse qui apporte beaucoup de crédibilité aux personnages.
  • Un format court de six épisodes qui limite les longueurs.

👎 Points faibles

  • Une impression persistante de déjà-vu pour les habitués de Taylor Sheridan.
  • Un rythme parfois trop lent, notamment dans sa partie centrale.
  • Certaines intrigues secondaires assez convenues.
  • Quelques personnages moins développés que d’autres.
  • Un mélodrame qui verse occasionnellement dans la mièvrerie.
  • Un manque d’enjeux réellement marquants ou surprenants.
  • Plusieurs pistes narratives laissées en suspens au profit des futures saisons.

Les crédits

CRÉATEUR : Taylor Sheridan

AVEC : Michelle Pfeiffer & Kurt Russell, Beau Garrett, Patrick J. Adams, Elle Chapman, Amiah Miller, Alaina Pollack,

Ben Schnetzer, Kevin Zegers, Rebecca Spence, avec Matthew Fox, mais aussi : Will Arnett (…)

ÉPISODES : 6 (Durée moyenne : 52mn) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : Paramount +

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