THE BEAUTY

Malgré un rythme de création toujours soutenu, et ce depuis quelques années déjà (notamment avec la chaîne FX Networks, malgré de nombreuses autres productions sur Netflix), le mythique showrunner Ryan Murphy a perdu de sa superbe. La preuve en est avec le récent bide All’s Fair.

The Beauty semble toutefois conjuguer les grands thèmes de son créateur (cette fois dans un autre duo de scénariste) — le culte du corps, l’ascension sociale, les inégalités, les maladies sexuellement transmissibles, etc. — sous une enveloppe à la fois chic et parfaitement gore.

Le monde de la mode vit des moments sombres alors que des mannequins internationaux meurent dans d’horribles circonstances. Les agents du FBI Cooper Madsen et Jordan Bennett sont envoyés à Paris pour élucider ces morts mystérieuses. Au fur et à mesure de leur enquête, ils découvrent qu’un virus sexuellement transmissible transforme des gens ordinaires en une version d’eux-mêmes physiquement parfaite, mais avec de terribles conséquences…

D’après la bande dessinée horrifique de Jeremy Haun et Jason A. Hurley.

Avec un concept narratif comme marketing particulièrement explicite, mais sous couvert d’une bonne couche de mystère, cette nouvelle série navigue entre les genres et les ambitions. Ce mélange éclatant aux premiers abords tient-il ses promesses ? Ou vire-t-il à la farce ? À mes yeux, le second cas de figure. Catégoriquement.

The Beauty est la métaphore d’un monstre aux multiples mutations. D’ailleurs, la série est librement inspirée d’une bande dessinée horrifique du même nom (qui a également vaguement inspiré le remarqué The Substance, déjà largement imparfait mais plus adapté dans son format et sa vision intimiste du sujet). Ici, la série se pose comme une genèse d’un nouvel équilibre mondial, sauf que la structure de sa saison va s’éparpiller dans tous les sens, jusqu’à l’overdose kitsch.

Ugly beauty

Dans les faits, le sujet de The Beauty est aussi large que parfaitement exploitable puisqu’il recèle d’un réel regard critique sur les codes d’appartenance. Mais pas seulement. Cependant, la série va, dès son commencement, s’éparpiller sur l’ensemble des 11 épisodes qui composent cette saison. Et ce, jusqu’à une fin de saison trop déconnectée du reste et qui ne fait que souligner ses lacunes.

Bien que les durées d’épisodes soient tout aussi variables que le nombre de caméos et de personnages éphémères (et c’est bien là le problème), la série peine à trouver un réel équilibre dans son intrigue. Curieusement, seulement cinq noms composent son casting récurrent (qui, ironiquement, perd même l’un de ses membres de façon précoce).

Pour autant, The Beauty va tout aussi rapidement se perdre dans ses multiples sous-intrigues et sous-genres. À mi-chemin entre l’enquête paranoïaque, le thriller international, le drame existentiel ou même l’épouvante horrifique aux accents de body-horror, The Beauty n’en a que le nom pour faire briller sa production. Cette sensation de trop-plein jamais équilibré est particulièrement probante dans ses dialogues sans nuances et un montage tout aussi foutraque que le reste.

À l’écran, le très fidèle Evan Peters tient peut-être le lead masculin dans la peau de l’agent pragmatique, mais demeure bien trop stoïque pour convaincre.

Parallèlement, son duo d’assassins brille surtout grâce à la présence de Anthony Ramos, jusqu’à présent inédit dans les productions du créateur, à l’instar d’un Ashton Kutcher qui a au moins le mérite d’être parfaitement à l’aise dans les mocassins du milliardaire égocentrique qu’il incarne. Une échelle de comparaison qui équivaut d’ailleurs à peu près à son niveau d’acting. Peu ou prou d’autres visages se distinguent de cet ensemble malgré ses nombreuses apartés secondaires (et des visages parfois bien familiers).

Conclusion

Dans sa finalité, ni son esthétisme parfois clinquant — mais finalement creux — ni ses différents points de vue ne parviennent à convaincre sur l’ensemble de cette saison. D’ailleurs, la nouvelle série de Ryan Murphy (en co-création avec Matthew Hodgson) se termine sur une salve de derniers épisodes aussi courts qu’ils reflètent l’éparpillement de sa narration. Et de tout ce qui lui fait défaut : ses dialogues, son esthétisme, son montage, entre autres choses.

Au jour de son final, The Beauty n’a pas encore été renouvelée pour une seconde saison. Et au vu de sa conclusion qui finit en eau de boudin, on peut légitimement se demander si cette nouvelle série mérite réellement d’être sauvée de sa propre autodestruction. À force de courir après toutes les mutations possibles, The Beauty finit par devenir la plus problématique d’entre elles : une série qui se transforme constamment… sans jamais savoir en quoi.


EN DEUX MOTS : Sur le papier, The Beauty réunissait de nombreux éléments prometteurs : un concept fort, un mélange de genres audacieux et des thématiques dans la droite lignée des obsessions de son créateur. Mais à force de vouloir embrasser trop d’idées et de registres à la fois, la série finit par se perdre dans son propre labyrinthe narratif. Derrière son vernis esthétique et ses ambitions affichées, cette première saison laisse surtout l’impression d’une œuvre déséquilibrée, incapable de transformer son potentiel en véritable proposition cohérente.

MA NOTE : 1.5/5


✅ Points forts

  • Un concept de départ fort et satirique autour du culte de la beauté et des normes sociales.
  • Une ambition de mélange des genres (thriller, body-horror, enquête, drame existentiel).
  • La présence d’Anthony Ramos, qui apporte un certain relief à l’écran.
  • Quelques idées thématiques pertinentes sur les inégalités et les codes d’appartenance.

❌ Points faibles

  • Narration trop éparpillée et manque de ligne directrice claire.
  • Trop de sous-intrigues et de genres qui diluent le propos.
  • Montage et rythme irréguliers, accentués par des durées d’épisodes variables.
  • Dialogues souvent peu nuancés.
  • Casting secondaire sous-exploité malgré de nombreux caméos.
  • Personnage principal trop stoïque, ce qui limite l’implication émotionnelle.
  • Fin de saison déconnectée et insatisfaisante.
  • Esthétique parfois clinquante mais creuse.

Les crédits

CRÉATEURS : Ryan Murphy & Matthew Hodgson

AVEC : Evan Peters, Anthony Ramos, Jeremy Pope, avec Rebecca Hall, et Ashton Kutcher, special guest star : Isabella Rossellini, mais aussi : Jess Alexander (…)

ÉPISODES : 11 (Durée moyenne : 38mn) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : FX

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