
Pour sa 6e aventure, l’indécrottable série britannique Slow Horses change peut-être de scénariste, mais pas d’engouement. En adaptant cette fois deux romans du vaste catalogue de son auteur, la comédie policière d’espionnage la plus cool de la décennie (sur petit écran) ne cache pas son ambition dans une nouvelle cavalcade urbaine, d’autant plus exaltante.
De plus, si cette 6e saison voit plusieurs scénaristes se succéder pour sa nouvelle fournée de six épisodes, la saga marque le retour d’Adam Randall à la réalisation, le metteur en scène ayant déjà signé l’ensemble de la 4e saison. Ce retour n’est pas si anodin puisqu’il s’accompagne de celui d’Hugo Weaving dans la peau de l’antagoniste Frank Harkness (alias le vilain papounet de River (Jack Lowden), mais aussi d’une ambiance grisante et pluvieuse qui accompagne à merveille ces nouvelles péripéties.
L’équipe des « Slow Horses » est en cavale, après que Diana Taverner les a impliqués dans un jeu dangereux de représailles et de vengeance.
Si l’on pouvait regretter un début de saison un peu sage lors de sa dernière aventure pilotée par le créateur Will Smith (II), ce changement de direction a bien l’intention de mettre les bouchées doubles pour accrocher ses fans.
Y parvient-elle ? Absolument. Slow Horses n’avait encore jamais atteint ce niveau d’efficacité sur la longueur. Elle le prouve à travers une intrigue resserrée, prenante, dramatiquement plus ambitieuse et sans réel temps mort. Seule toute petite ombre au tableau : elle semble avoir légèrement perdu de son mordant sarcastique en cours de route. Pas de quoi gâcher le plaisir pour ce retour stimulant, mais quand même.

4 assassinats et 1 enterrement
Difficile de passionner sur la longueur, même pour une série aussi démonstrative, sans quelques remous scénaristiques. Si son concept, entre série d’espionnage et roman policier, permet de brasser large sur le plan géopolitique et de dynamiser son tempo moderne et décalé, Slow Horses a souvent trouvé grâce dans ses dénouements funestes et son univers parfois impitoyable (si l’on exclut son humour noir salvateur).
Bonne nouvelle, l’adaptation des romans Joe Country et Slough House participe à cette énergie toute particulière puisqu’elle s’ouvre sur un enterrement inévitable, avec la disparition du grand-père de River, mais aussi sur quelques assassinats en chemin. L’intérêt est double ici puisque la série parvient à offrir à Jonathan Pryce une très belle dernière scène, tout en apportant une aura funeste continue à sa nouvelle aventure grâce à son duo d’assassins, incarné par les stoïques Kyle Soller et MyAnna Buring.
Son synopsis est d’ailleurs on ne peut plus clair à ce sujet, puisque c’est l’intégralité de Slough House qui est prise pour cible, anciens comme nouveaux membres. Ce faisant, cette 6e saison se révèle assez meurtrière (RIP le mutique et iconique Coe (Tom Brooke)) et marque le retour de visages familiers et sympathiques, tels que Rosalind Eleazar et Joanna Scanlan, dans une dynamique chorale qui fait des merveilles à l’écran. D’autant que cette saison a la particularité de se dérouler sur un créneau restreint de deux jours et une nuit.
Boucler la boucle, mais non sans un point de fuite
Cet aspect « course-poursuite » fonctionne à merveille, avec son lot de confrontations et d’associations astucieuses entre les personnages. D’autant qu’en parallèle, cette saison dévoile de nouveaux visages idéalement choisis (Lucian Msamati, Harry Lloyd ou encore Lenny Rush) pour étoffer son intrigue.
Néanmoins, l’un de ses plus grands intérêts réside dans le retour de la géniale Sidonie Baker (Olivia Cooke), laissée pour morte depuis la première saison. Ce qui va permettre de boucler la boucle sur de nombreux aspects de son univers. Parmi eux, le rôle glacial et central de Diana Taverner (Kristin Scott Thomas) trouve ici son plus bel éclairage, tout en révélant de nouvelles nuances.
Difficile, aussi (et évidemment), de ne pas faire mention de la présence indispensable de Jackson Lamb (Gary Oldman), véritable ciment de la saga, qui parvient encore à ne pas lasser malgré son comportement détestable et pragmatique. Toutefois, sur le plan dramatique, le profil de River demeure au cœur de cette saison. Et dans ce registre, le futur James Bond (selon les rumeurs à l’heure actuelle) s’avère aussi malmené que brillamment exploité.
Conclusion
D’ailleurs, après de nombreuses péripéties et pas mal d’action, son final plutôt dense (une heure !), vaillamment exécuté, s’achève sur un suspense déstabilisant avec la chute de ce simili héros. À contrario, et sans grande surprise, Slow Horses est d’ores et déjà renouvelée pour deux saisons supplémentaires.
La bande-annonce présentée lors de ces derniers instants laisse d’ailleurs planer le doute sur la présence, ou non, de River dans la suite, même si l’on voit mal la série perdurer sans ce formidable personnage. Malgré ce baroud d’honneur d’une belle densité – entre deuil, daddy issues et amour impossible.
Dans tous les cas, si cette nouvelle fournée perd très légèrement en sarcasme, elle gagne largement en densité. Ce faisant, à mes yeux, il s’agit de la meilleure saison jusqu’alors. De quoi maintenir (largement) l’attention jusqu’à sa prochaine aventure.
EN DEUX MOTS : Un sommet pour la saga. Avec cette sixième saison, Slow Horses confirme une nouvelle fois sa place parmi les séries d’espionnage les plus réjouissantes du petit écran. Plus dense, plus meurtrière et portée par une intrigue resserrée qui ne laisse que peu de répit, cette nouvelle aventure compense largement son léger recul sur le plan du sarcasme par une efficacité dramatique redoutable. Entre retours marquants, personnages toujours aussi savoureux et final déstabilisant, la série atteint ici un nouveau sommet, au point de s’imposer comme sa meilleure saison à mes yeux. Un baroud d’honneur particulièrement stimulant, qui rend l’attente des prochaines aventures d’autant plus difficile.
MA NOTE : 16/20

👍 Points forts
- Une intrigue dense, resserrée et sans réel temps mort, portée par un rythme particulièrement efficace.
- Une dimension dramatique plus ambitieuse et meurtrière, qui renforce les enjeux de cette saison.
- Le retour d’Adam Randall à la réalisation et une ambiance urbaine, pluvieuse et grisante.
- Le retour d’Olivia Cooke dans la peau de Sidonie Baker, qui permet de renouer avec les origines de la saga.
- Des personnages toujours aussi savoureux, notamment Jackson Lamb et Diana Taverner, dont le rôle central gagne en nuances.
- Une dynamique chorale efficace, enrichie par de nouveaux visages et des associations de personnages bien exploitées.
- Un final d’une heure, dense et vaillamment exécuté, qui se conclut sur un suspense déstabilisant autour de River.
- La meilleure saison de la série jusqu’à présent, (à mes yeux).
👎 Points faibles
- Un léger recul du mordant sarcastique, pourtant l’une des marques de fabrique de la série.
- Une dimension comique un peu moins incisive face à une intrigue davantage axée sur le drame et l’action.
- Un suspense final qui laisse planer une incertitude importante sur l’avenir de River, et donc sur la suite de la saga.
Les crédits
CRÉATEUR : Will Smith (II)
AVEC : Gary Oldman & Jack Lowden, et Kristin Scott Thomas,
Olivia Cooke, Saskia Reeves, Aimee-Ffion Edwards, Christopher Chung, Rosalind Eleazar, Joanna Scanlan, Tom Brooke,
Lucian Msamati, Ruth Bradley, Kyle Soller, MyAnna Buring, Lenny Rush, Harry Llyod, et Hugo Weaving,
mais aussi : Zrinka Cvitešić, Ben Tavassoli, Niall Wright, Samuel West, special guest star : Jonathan Pryce (…)
ÉPISODES : 6 – Durée moyenne : 48mn / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : Apple TV