
Que cela soit les cinéphiles ou les simples curieux, tout le monde en parle. Marty Supreme, c’est un petit événement cinématographique aux accents intemporels et surtout l’ultime consécration de sa tête d’affiche : Timothée Chalamet. À tout juste 30 ans, l’acteur franco-américain à l’air juvénile s’est déjà construit une carrière en béton massif, et sous la caméra de Josh Safdie (en solo), il mêle la performance d’une prestation habitée au tact du cinéma indé’. Format XXL, cela dit.
Marty Mauser, un jeune homme à l’ambition démesurée, est prêt à tout pour réaliser son rêve et prouver au monde entier que rien ne lui est impossible.

Avec ce faux biopic, Josh Safdie dresse le portrait hors norme d’un rêveur qui voit les choses en grand, et pour cela il compose une aventure à cette image. Avec 2h30 au compteur, le pari était risqué, mais ce qui fait la force de Marty Supreme (au-delà de la prestation hallucinée de Chalamet), c’est le mélange de son concept de biopic qui va se fracasser au cinéma du réalisateur — ou pour faire simple — à la grande cavalcade effrénée.
forever young
C’est bien simple : avec Marty Supreme, le réalisateur conjugue ses obsessions de cinéaste, mais grandeur nature. En faisant cela, il offre à la superstar un rôle à sa hauteur, à mi-chemin entre la caricature d’un forever young (dont le tube musical ouvre le film) qui pousse au respect, mais aussi du pathétique pro de l’esbroufe.
Pour cela, Josh Safdie use d’éléments qu’il maîtrise mieux que quiconque, sous le joug d’une enfance juive à New York. Si ce terrain de jeu inépuisable est loin d’être le seul décor du film, il en demeure le cœur battant.

Tout comme le profil de Marty, rêveur audacieux qui se brûle les ailes par ses folles ambitions et ses fausses promesses, le décor vintage et 50’s du film (ultra crédible) pullule d’énergie et d’artisans pour lui donner corps.
Dans cela, la distribution que réunit le cinéaste (et co-scénariste) est aussi surprenante qu’hétéroclite. Si tous n’ont pas la chance d’avoir un traitement égal (on pense notamment à la méconnaissable Fran Drescher, jouant la mère effacée de Marty), chacun laisse sa marque dans le parcours du rêveur.
Parmi eux, Gwyneth Paltrow et Kevin O’Leary incarnent à la perfection le couple Rockwell, d’influents New-Yorkais dans leurs cages dorés qui représentent autant une position sociale à atteindre pour Marty qu’un filon à exploiter.
Cependant, la véritable révélation du film réside dans la vision hypnotique d’Odessa A’zion (pleinement éclairée dans la récente série HBO I Love LA), au rôle central ici.

Marty l’esbrouffe
Mais c’est bien la capacité de Marty à toujours miser plus gros, et tout ce qui en découle, qui va précipiter le film dans une suite d’aventures à l’image de sa tête d’affiche : endiablées, effrénées, délirantes.
Car, de son ouverture jusqu’à sa conclusion — qui se rejoignent dans une solide logique d’un autre but à concrétiser — le rêve de Marty va se heurter à la dure réalité du verso de ce que représente le rêve américain.
Ici, le réalisateur trouve le plus bel équilibre de son aventure : lorsque l’ambition se heurte à la matérialité d’un concept à exploiter.
(Les balles de ping-pong orange, d’une logique imparable mais balayées d’un revers de la main ; la non-reconnaissance du tennis de table aux États-Unis, pourtant largement exploité au Japon d’après-guerre.)
Autant d’exemples qui nourrissent le riche portrait de Marty, à la fois héros et anti-héros de son propre destin.
Ainsi, après une première partie dressant le portrait d’un outsider audacieux, le film de Josh Safdie bascule dans une dynamique familière de son cinéma (notamment exploitée à merveille dans Uncut Gems et avant cela Good Time), laissant place à une course-poursuite sans temps mort dans le New York (et alentours) des années 50, avec les monstres qui le composent.

Conclusion
Marty Supreme aurait pu se brûler dans un montage foireux, traversé de longueurs. Chose que le film évite (parfois de justesse) grâce à ses prestations, son tempo, la caméra resserrée sur les visages de personnages ambigus et imparfaits, et une intensité bien réelle.
C’est particulièrement vrai dans la représentation des scènes d’action du film — ses matchs de tennis de table — preuve d’une belle maturité dans la mise en scène du réalisateur, qui trouve grâce entre son style documentaire et des morceaux de bravoure insoupçonnés.
Pour ma part, c’est la corrélation entre ses différentes partitions musicales (dont le synthé des années 80) qui participe le mieux à l’énergie débordante du film et finit d’asseoir la crédibilité d’un projet ambitieux porté à l’écran.
Avec son budget estimé entre 70 et 90 millions USD, le studio A24 produit habilement le parfait outsider des Oscars à venir, ou en soi, la triple consécration d’un acteur, d’un réalisateur et d’un studio aux ambitions nettes.
EN DEUX MOTS : Marty Supreme est une fresque ambitieuse portée par un Timothée Chalamet en état de grâce et un Josh Safdie qui pousse son cinéma dans ses derniers retranchements. Entre biopic détourné et cavalcade effrénée, le film embrasse la folie de son héros jusqu’à en révéler les failles les plus humaines. Malgré quelques fragilités de rythme, l’énergie, la mise en scène et la musique finissent par imposer un projet aussi démesuré que son personnage principal. Une œuvre imparfaite mais vibrante, à l’image de son rêve américain déconstruit.
MA NOTE : 16/20

✅ Points forts
- La prestation hallucinée de Timothée Chalamet
- La mise en scène énergique et mature de Josh Safdie
- Le mélange réussi entre faux biopic et cinéma frénétique
- Le rythme globalement maîtrisé malgré la durée (2h30)
- Les scènes de tennis de table comme véritables scènes d’action
- L’ambiance vintage années 50
- La bande originale, notamment le synthé années 80
- La richesse du portrait : héros et anti-héros
- Le casting secondaire marquant (Odessa A’zion, Paltrow, O’Leary)
- L’ambition du projet et sa crédibilité artistique (A24)
⚠️ Points faibles
- Le film évite les longueurs parfois de justesse
- Certains personnages sont sous-exploités (Fran Drescher en tête)
- Une structure volontairement désordonnée et effrénée pouvant fatiguer
- Un concept ambitieux qui frôle parfois l’excès
Les crédits
RÉALISATION : Josh Safdie / SCÉNARIO : Josh Safdie & Ronald Bronstein
AVEC : Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A’zion, Tyler Okonma, Abel Ferrara, Fran Drescher, et Kevin O’Leary (…)
SORTIE (France) : 18 Février 2026 / DURÉE : 2h30