HOUSE OF THE DRAGON : S.1 – épisodes 4 & 5

La genèse intime d’une future guerre de succession se poursuit dans cette saison 1 de HOUSE OF THE DRAGON avec les épisodes 4 et 5, fondamentalement féministes. C’est d’ailleurs la réalisatrice Clare Kilner qui se charge de mettre en scène les deux épisodes en question. Les deux derniers épisodes pour les jeunes talentueuses révélations : Milly Alcock et Emily Carey.

Quoi qu’il en soit, HOUSE OF THE DRAGON poursuit sa route du succès avec des audiences fracassantes. Elle arrive au point culminant du mid-season avec toujours des imperfections, mais aussi une grande maitrise de la dramaturgie.

Voir la critique des épisodes précédents : ICI

ÉPISODE 4 : KING OF THE NARROW SEA

EN DEUX MOTS : Pour le premier épisode de la saison non scénarisé par son showrunner, un duo féminin se met à l’œuvre d’un épisode intensément axé sur la femme. Et toujours intensément intime dans ses arcanes de tours d’ivoire. 

L’épisode 4 s’ouvre sur une petite récréation et bouffonnerie politique dans un bal de prétendant. Hors de la capitale. On y retournera très vite et intégralement durant l’heure à suivre, mais avant, il s’agit de découvrir l’état d’esprit de notre princesse (Milly Alcock). Aventureuse, fougueuse et non prête à s’enfermer dans un mariage pour devenir une vulgaire pondeuse. 

DANS LA COUR DES GRANDS 

Son arrivée à Port-Réal coïncide avec celle en grande pompe de Daemon Targaryen (Matt Smith). Toujours irascible, irrévérencieux et qu’on a surnommé le Roi du Détroit (un nouveau sobriquet qui donnera son titre à l’épisode). C’est surtout l’occasion d’assister à une belle (mais sincère ?) scène de fraternité à la cour.

Position de force

Premier, mais pas dernier, parallèle de l’épisode avec la surprenante et bienvenue réconciliation entre Rhaenyra et Alicent (Emily Carey) dans leur touchante sororité.

-Comme c’est romantique d’être cloîtrée dans un château pour pondre des héritiers…

– …

– Pardon

Rhaenyra à Alicent
Sororité pleine de charme

Un élément qui fonctionne à merveille à mon sens. D’autant que ça sera fatalement de courte durée dans les deux cas. C’est d’ailleurs un beau tempo de cet épisode au rythme lent, mais à la mise en abyme passionnante. Et qui révèle de belles failles de caractères envers les principaux personnages. 

Le point névralgique de l’épisode demeure la complicité entre la princesse et son oncle. Et la relation embryonnaire qui en découle. Celle-ci fera des ravages. Des ravages dérangeants chez certains téléspectateurs, et tant mieux ! Mais aussi à l’écran dans la compréhension d’une lignée grandiose et incestueuse.

Érotisme et inceste

On ne peut leur imputer une certaine alchimie entre les acteurs. Ou tout simplement par les détails anodins de certains échanges en haut valyrien entre ces deux profils atypiques et magnétiques. 

ENCAPUCHONNÉS CHEZ LES GUEUX 

Dans une longue scène de nuit parmi le bas peuple, les deux individus folâtrent incognito dans les rues de Culpucier. Une belle démonstration de l’art cradingue de la rue à l’opinion politique tranché et misogyne. Certains effets de mise en scène prêchent ici, avant un nouveau parallèle (cette fois au montage) malaisant. C’est, dans tous les cas, appréciable de voir comme Daemon flirte à chaque instant sur la nuance. Notamment par son amusement d’une scène théâtrale en pleine rue qui révulse sa nièce.

En mode incognito

Deux scènes de sexe drastiquement opposées et qui concernent les deux figures féminines principales. Incestueuse d’abord entre un oncle et sa nièce dans l’apprentissage des arts de l’amour. Interrompus par l’impuissance de Daemon ou un mélange d’autres choses, mais qui ouvre l’appétit de Rhaenyra. Puis le devoir Royal qui met bien en avant la décrépitude physique de Viserys (Paddy Considine) et la prison en cage dorée de la douce Alicent.

Ici, l’implication d’un duo féminin aux manettes de l’épisode a plus de sens vu le caractère féminin dévoilé. La réalisatrice s’entoure quoi qu’il en soit d’une équipe technique qui maîtrise le décor, enclin aux couleurs naturelles. Et à la prédominance pour la pyrotechnie. Il faut dire que dans sa mise en images, avec des décors dorénavant récurrents, HOUSE OF THE DRAGON convainc aisément. 

Une scène de sexe poétique entre le Garde Royal Criston Cole (Fabien Frankel) et Rhaenyra clôture la nuit torride à la capitale. En plus de mettre en valeur les deux beaux et jeunes corps à l’unisson, cela nous conforte dans une théorie non établie des romans. Une théorie pleine de potentiels. 

GOSSIP TARGARYEN

La dernière partie de l’épisode s’éclaire par l’apparition succincte de Mysaria (Sonoya Mizuno) dans un futur rôle plein de mystères. Je regrette quoi qu’il en soit, jusqu’à présent, sa faible implication malgré le talent de l’actrice.

Le Ver (blanc) est dans le fruit

Vont s’enchaîner rumeurs et mensonges dans les coulisses du Donjon Rouge.

Viserys, plus répugnant qu’autre chose durant l’épisode, brille dans les dernières scènes par quelques décisions lourdes. Face à son frère qu’il répudie (encore) et à sa Main, Otto (Rhys Ifans, exquis et sincère) qu’il évince sans mesures, bien conscient de sa manipulation politique précédente.

Stratagèmes à bon entendeur

Cela ajoute une belle profondeur à ce personnage central, d’autant qu’il confronte de nouveau sa fille. Premièrement en imposant son futur mariage (auquel elle consent), puis en lui rappelant l’importance d’une certaine prophétie. 

De mon sang viendra le prince qui fut promis. Et sienne sera la chanson de la glace et du feu.

Viserys qui montre la prophétie caché dans la dague à sa fille

Et enfin en lui faisant concocter un certain breuvage pour être sûre qu’elle ne tombe pas enceinte hors mariage.  »Les apparences sont plus importantes » comme lui exhorte le Roi. Un bien triste constat. De manque de confiance, de croyance, qui rendent cette fable shakespearienne follement tragique. Et addictive. 


CONCLUSION

Les + : 

  • L’alchimie idéal et ambiguë entre Rhaenyra et Daemon, tous deux passionnant
  • Malgré des décors statiques, le développement succinct des bas-fonds
  • Le mariage royal, sans glamour. Avec un Viserys qui pourri, littéralement
  • L’intensité tragique 

Les – : 

  • Quelques effets de mise en scène, trop succinct et brouillon pour appuyer pleinement des scènes fortes
  • Un rythme rectiligne malgré toute la richesse de l’intrigue 

MA NOTE :

RÉALISATION : Clare Kilner / SCÉNARIO : Ira Parker

DIFFUSION : 11 SEPT. 2022 / DURÉE : 1h02


ÉPISODE 5 : WE LIGHT THE WAY

EN DEUX MOTS : Le roman adapté dans ce préquel avait la particularité (et le défaut) de s’avérer historique dans le déroulement de ses événements. La série répond ici à de nombreuses rumeurs par les images, comme va le prouver son introduction, dans le Val. Toutefois, à l’image de ses personnages, certains actes gardent une part de mystère et de nuance à l’écran.

Dans son mélange de charme et de cruauté, Daemon se rend auprès de son épouse (qu’on découvre enfin) comme l’a exhorté son frère. Sa garce de bronze, une femme de caractère qui finit la nuque en bouilli lorsque celui-ci provoque la chute de son cheval. Notre anti-héros préféré (mutique avec plaisir encore) finit ainsi veuf.

Caractère de courte durée

DYNASTIE D’ANTAN

Avec son cinquième épisode littéralement traduit par « nous éclairons la voie » la série s’adresse quasiment aux téléspectateurs dans son déroulement. Il s’agit aussi, et surtout, de la devise de la famille Hightower. À bien des égards, et bien que le rythme manque de prouesses, ce mid-season s’étoffe et marque la première grande division du royaume. Il se situe dans la pure continuité du précédent épisode et exploite (enfin !) un tant soit peu son casting secondaire.

Présent seulement sur une scène en début d’épisode, le britannique Rhys Ifans fait à nouveau preuve de tout son talent. Et de la logique de son personnage. Congédié, il nous éclaire sur l’inexorable guerre à venir. « Pas dans un avenir proche, mais il ne vivra pas vieux » dit-il en faisant référence à la future mort du Roi, en décrépitude totale. Et laissant sa fille seule à la Capitale, à se ronger. 

Hightower de haut niveau

La première bonne moitié de l’épisode se déroule ensuite, et en partie, à Lamarck. Le fief des Velaryon. L’occasion d’y découvrir un lieu inédit et une facette sommaire de la famille la plus riche du royaume. Corlys (Steve Toussaint) & Rhaenys (Eve Best) brillent dans leurs brèves intimités, et le lieu (fourmillant de détails naturellement) représente parfaitement leurs caractères aventureux, fiers, et quasiment indomptable. Typique de l’ancienne Valyria et des Targaryen évidemment.

Un serpent des Mers apaisés (pour le moment)

« Le devoir est la mort de l’amour » demeure une phrase fondamentale dans l’univers de Game of Thrones. Aujourd’hui, le mariage royal présente certaines failles et durcit de futures alliances. Un mariage de connivence compte tenu des penchants sexuels et amoureux des deux mariés. Dont Rhaenyra a parfaitement saisi la nuance. Le pouvoir du Trône s’avère inexorablement vampirique et son rejet vis-à-vis d’une fuite au côté de son chevalier lige sera lourd de conséquences.

PIONS & POSITIONS

Quoi qu’il en soit, dans ce tourbillon menant au mariage royal, HOUSE OF DRAGON laisse respirer son casting principal pour faire intervenir quelques figures secondaires. La famille Strong a particulièrement retenu mon intention. Agréablement. Du patriarche, Lyonnel (Gavin Spokes, impeccable) en nouvelle Main du Roi sage et avisé jusqu’à ses deux fils caractérisés. Notamment Larys (Matthew Needham) face à la jeune Reine, dans une petite manipulation digne du maître chanteur, Littlefinger.

Les Strong, en positions fortes

Et quand viennent les vingt dernières minutes de l’épisode, on assiste à une petite montée en puissance sous tension. Le point culminant et sous nuance (toujours) de la genèse profonde de la Danse des Dragons. Une opposition féminine qui fait d’Alicent la véritable héroïne de cet épisode lorsqu’elle embrasse pleinement sa position face à Rhaenyra et ses mensonges.

La mise en image parfaite de la genèse du clan des Verts

UNE PREMIÈRE DANSE MACABRE

Après l’arrivée en grande pompe du cortège Velaryon à Port-Réal, les festivités dans la salle du Trône battent leurs pleins. Pour sa deuxième apparition succincte, j’aurais aimé découvrir pleinement Rhaenys sur son dragon cuivré, au côté de son fils Laenor (Theo Nate). En revanche, l’arrivée de cette famille antique venue unir leur famille procure son lot d’imageries fortes.

Le banquet royal en est la preuve dans sa démonstration physique, qui accorde du détail aux éclairages naturels et aux mets délicieux. La série mise bien évidemment sur un rendu réaliste pour s’affirmer dans son identité de drame mature et implacable.

Unis mais divisés

Implacable, la série le devient par ses fulgurances d’hémoglobines, souvent agrémentées par un aspect dramatique cru. Et alors qu’elle convoque une danse généralisée qui met face à face quelques associations malignes entre les personnages, (Daemon fait des ravages sans surprises) le désordre fuse. Dans une tension et un cadrage plus maîtrisé que précédemment, la réalisatrice Clare Kilner filme parfaitement le sentiment de confusion.

Le seul reproche qu’on pourrait lui faire réside ainsi dans l’élément déclencheur de la furie de Criston Cole. Et surtout la cohérence de son déroulement. Le résultat, lui, s’avère estomaquant, et illustre la solitude de chacun dans les arcanes du devoir.

Cela conclut de façon abrupte les destins des deux (jeunes) femmes au centre du récit, mais s’avère fondateur pour la suite.

Une révélation qui va nous manquer

CONCLUSION

Les + :

  • Des destins qui s’affirment définitivement
  • Des seconds rôles mieux exploités
  • Une mise en images grandiose
  • Une fulgurance de violence qui laisse sans voix

Les – :

  • Quelques nuances et incohérences brumeuses
  • Un rythme encore sage

MA NOTE :

RÉALISATION : Clare Kilner / SCÉNARIO : Charmaine De Grate

DIFFUSION : 18 SEPT. 2022 / DURÉE : 59mn

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