
Le mondialement reconnu Park Chan-wook garde le rythme avec son nouveau long-métrage en langue coréenne, trois (bonnes) années après l’apprécié mais discret Decision to Leave — vu mais non chroniqué pour ma part. Ce retour attisait naturellement mes attentes de cinéphile et d’amateur de la nouvelle vague coréenne, d’autant plus qu’il marque la retrouvaille entre le cinéaste et la superstar Lee Byung-hun, vingt-cinq ans après le superbe J.S.A.
Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…
En adaptant le roman Le Couperet de Donald E. Westlake, Park Chan-wook navigue dans le registre du thriller qu’il maîtrise avec aisance, mais avec une subtilité particulière : celle d’un récit à hauteur d’homme, traversé par une absurdité profondément humaine. Si l’humour burlesque fait partie intégrante du cinéma coréen, Aucun autre choix en embrasse pleinement le statut afin d’en exacerber les dérives morales. La cible est claire : l’obsession du maintien du statut social, coûte que coûte.

Le cinéma de Park Chan-wook a toujours été très imagé, mais ce film marque un véritable exercice de style, vivant et fougueux, qui épouse le parcours physique et psychologique rocambolesque de son protagoniste. Lee Byung-hun s’éloigne ici de ses compositions dramatiques habituelles pour glisser insidieusement vers un registre plus pathétique, presque grotesque, révélant toute la fragilité d’un homme dépassé par le système qu’il subit.
Accompagné par la brillante Son Ye-jin dans le rôle d’une épouse pragmatique, ce duo porte le film durant près de deux heures vingt. Park orchestre alors un savant mélange des genres, entre comédie noire, thriller et drame satirique. Le résultat n’atteint pas toujours le coup de maître, mais s’impose comme une satire sociale de haut vol, explorant les germes d’un système qui gangrène l’individu dans un contexte d’hyper-compétitivité.

Le mâle du système.
Le trait est parfois volontairement grossier, à l’image de cet humour absurde omniprésent. Pour ce nouveau film, le metteur en scène renoue avec l’ironie et le grotesque, sans jamais renoncer à une violence sombre et égoïste — deux éléments qui, ici, vont parfaitement de pair. Le parcours de Man-su incarne à la fois la critique d’un système défaillant et le dilemme moral d’un homme poussé à ses limites.
Le cinéaste s’approprie pleinement le roman de Westlake pour livrer une œuvre typiquement coréenne, traversée d’humour noir et d’une satire burlesque des comportements humains. Malgré un montage parfois pesant, Aucun autre choix parvient à dépasser son simple duo central en esquissant les portraits sommaires mais significatifs des « concurrents ».

Si le casting secondaire ne brille pas autant que le couple phare, la mise en scène — et paradoxalement la durée du film — permet de faire coïncider les dilemmes moraux de Man-su avec ceux de ses victimes. Par instants, une tendresse pathétique émerge et pousse même à la compassion. Park Chan-wook fait alors foi d’une réalisation très travaillée, faite de contrastes, de sous-entendus et de cadrages expressifs. Même si parfois, toutefois, trop appuyés.
La musique classique et l’attention portée aux visages renforcent le malaise et l’ironie des différentes péripéties. Mais dans ce numéro de funambule dramatique, le film peine à instaurer une véritable tension émotionnelle durable. Sa durée devient alors son principal écueil : d’inextricables longueurs viennent affaiblir la portée du propos et émousser l’impact du film.

🎯 Conclusion (en deux mots)
Indéniablement, Aucun autre choix trouve sa force majeure dans son analyse des comportements humains et dans l’évolution psychologique de Man-su, figure tragique d’un individu broyé par un système hyper-compétitif. Park Chan-wook y déploie une satire sociale aussi cruelle qu’ironique, où l’humour noir se mêle à une violence profondément morale.
Si la virtuosité de la mise en scène et l’interprétation de Lee Byung-hun emportent l’adhésion, la durée excessive et certaines longueurs nuisent à l’impact émotionnel du récit. Une œuvre ambitieuse et stimulante, parfois inégale, mais dont l’amertume finale résonne comme un constat implacable sur notre époque.
MA NOTE : 14.5/20

✅ Points forts
- L’interprétation remarquable (et rafraichissante) de Lee Byung-hun.
- Le duo central avec Son Ye-jin, juste et complémentaire.
- La satire sociale pertinente sur le travail et le statut.
- L’humour noir et l’absurde au service du propos.
- Une mise en scène expressive (musique, visages, cadrages).
- Une appropriation culturelle réussie du roman original.
❌ Points faibles
- Une durée un brin excessive générant de longues séquences étirées.
- Un montage parfois trop lourd causant une tension dramatique inégale.
- Des personnages secondaires peu développés en seconde partie.
- Une mise en scène parfois trop démonstrative.
Les crédits
RÉALISATION : Park Chan-wook / SCÉNARIO : Park Chan-wook, Lee Ja-hye, Lee Kyoung-mi et Don McKellar
AVEC : Lee Byung-hun & Son Ye-jin, mais aussi : Park Hee-soon, Lee Sung-min, Yeom Hye-ran, Cha Seung-won (…)
SORTIE (France) : 11 Février 2026 / DURÉE : 2h20