
2026 sera donc véritablement l’année de l’univers Game of Thrones sur HBO Max, depuis l’achèvement de la série mère. Si on l’attendait depuis l’été précédent, ce second spin-off issu de la célèbre saga fantastique aura tout de même su ce faire attendre. Nous faisant même craindre le pire.
Pilotée par Ira Parker, scénariste déjà à l’œuvre sur House of the Dragon, A Knight of the Seven Kingdoms a donc subi plusieurs ajustements : léger report, générique mis de côté et montage raccourci, puisque cette nouvelle série adopte un format court de six épisodes à la durée drastiquement réduite d’environ trente minutes chacun (bien que légèrement supérieures dans les faits). Un format inédit pour la franchise.
Avec une nature d’emblée plus modeste, tant dans son aventure — malgré la promesse de grands destins — que dans son contenu (la série se base pour l’instant sur une saga littéraire en trois volumes peu encombrante), A Knight of the Seven Kingdoms n’a pas l’ambition de ses aînées, certes, mais se devait néanmoins de trouver son équilibre pour justifier son adaptation. D’autant qu’une deuxième saison est déjà en préparation. Cette première aventure adapte logiquement le premier tome, The Hedge Knight.

72 ans après les événements de « House of the Dragon » et 100 ans avant « Game of Thrones », à une époque où la lignée Targaryen détient toujours le trône de fer, de grands destins, de puissants ennemis et de dangereuses aventures attendent un improbable duo : le jeune chevalier naïf mais courageux « Dunk », alias Ser Duncan le Grand, dont Brienne est une descendante, et « Egg », son ami écuyer.
Deux font la paire
Avec un minimum de recul, sa promesse de simplicité — pour une intrigue moins ambitieuse et plus terre-à-terre — correspond pleinement au fond de son récit. Et notamment à son dénouement pour tous les lecteurs des trois volumes. Son point de vue se resserre ainsi sur un duo issu du petit peuple, même si leurs chemins les mèneront à côtoyer de véritables seigneurs.
Cet aspect, naturellement abordé dans la saga, a la particularité de donner une dimension nouvelle à l’univers de Game of Thrones. D’autant que sa chronologie demeure inédite pour les fans de cet univers médiéval et fantastique. Le Westeros présenté ici demeure relativement en paix : les dragons ont disparu, la dynastie Targaryen est toujours au pouvoir, et le royaume reste marqué par les conséquences des rébellions Blackfyre. Un potentiel narratif certain en découle, même s’il demeure en toile de fond.

Alors, verdict : après des premières impressions sans éclats mais solides, A Knight of the Seven Kingdoms trouve-t-elle grâce aux yeux d’un fan de la saga (et lecteur) tel que moi ? Ou ce nouveau spin-off manque-t-il trop d’ambition pour réellement convaincre et se démarquer ?
Bonne nouvelle : après un démarrage faussement lancinant et parfois scatologique, ce nouveau spin-off trouve rapidement sa place. Comment ? Parce que chaque épisode se révèle meilleur que le précédent. Mais aussi parce que A Knight of the Seven Kingdoms propose une énergie radicalement différente de celle de ses aînées, sans jamais renier la qualité de sa production.
Pour les petits et les grands
Avec son absence quasi totale d’éléments fantastiques — si l’on excepte quelques mentions de visions mystiques liées au destin des personnages — la série avait la lourde tâche de faire reposer toute sa magie sur ses personnages et sur l’intrigue qui les entoure. Aussi restreinte soit-elle. Pourtant, entre un duo prometteur et une vision plus intimiste, l’ambiguïté des profils imaginés par George R. R. Martin peut briller de manière fugace et durable, sans jamais tomber dans la caricature malgré quelques scènes d’exposition.
Dans ce premier axe — essentiel au show — le duo Dunk & Egg fonctionne à merveille. Dès le deuxième épisode, et par continuité dans les suivants, la dynamique et la sympathie entre les personnages deviennent naturellement perceptibles. Le secret des scénaristes réside dans une alchimie humoristique indéniable, une émotion sincère, mais aussi dans une direction d’acteurs très juste.

Be a hero
D’un côté, Dunk, véritable cœur des grandes thématiques du récit, se révèle rapidement attendrissant pour des raisons évidentes. Son côté grand nigaud, combiné à l’honneur d’être un chevalier fauché, esquisse une figure d’apparence simple et lisse. Le fait d’être un chevalier errant le place instantanément à un rang inférieur face à ses congénères, et pourtant il fantasme l’idéal chevaleresque. L’Irlandais Peter Claffey trouve ainsi, sans conteste, un rôle à la hauteur de son physique et de sa présence.
Face à lui, le très jeune Dexter Sol Ansell s’impose comme la véritable révélation de la série à mes yeux. D’un naturel bluffant, le contraste entre son physique frêle et sa voix candide s’accorde parfaitement avec son caractère vif, parfois provocateur et déjà cultivé. Cette jeunesse s’intègre à merveille dans un récit médiéval d’apparence âpre, mais aussi dans l’humour et le décalage évident entre les deux têtes d’affiche, notamment lorsque le rapport d’apprentissage s’inverse entre l’élève et le maître.
Un monde fait d’homme et de flatulences
A Knight of the Seven Kingdoms semble reposer, pour ainsi dire, presque uniquement sur ces fondations. (Et non ces fondements, ahah). Pourtant, malgré un montage resserré parfois frustrant, la série trouve sa grâce dans la multitude d’éléments qui composent son ensemble. Sous la direction d’un duo mixte à la réalisation et portée par des décors naturels verdoyants parfaitement adaptés à son contexte, les plus de trois heures qui constituent cette saison multiplient habilement les éléments annexes enrichissants.
La distribution secondaire, d’abord, impressionne par sa richesse tout en parvenant à faire émerger les personnages les plus influents de l’intrigue. La mise en scène apporte également une tonalité rafraîchissante à l’univers de Game of Thrones, notamment grâce à un montage vif, particulièrement visible dans l’usage des flashbacks.

On peut aussi saluer la composition musicale, souvent mélodieuse, parfois grave, mais toujours juste. Pour la première fois dans la franchise, elle est signée par le méconnu Dan Romer et non par Ramin Djawadi.
Pour autant, la série exploite des éléments bien connus de la saga médiévale, à commencer par sa critique acerbe de la noblesse, rendue plus vive encore par le regard du commun des mortels. Comme souvent chez George R. R. Martin, le récit s’appuie également sur des twists efficaces, dont l’un, rapidement suggéré, éclaire toute la trajectoire narrative : les origines d’Egg mènent Dunk vers un destin qui dépasse largement sa condition modeste.
Be a Knight. Or Not to be.
Ainsi, plusieurs figures et profils se démarquent sans peine, malgré un temps de présence fatalement limité. On pense aux alliés les plus sympathiques (Daniel Ings, Shaun Thomas…) comme aux antagonistes les plus antipathiques (Sam Spruell, Finn Bennett…), sans oublier la performance marquante de Bertie Carvel dans la peau de l’héritier Targaryen par excellence, futur monarque idéalisé dans l’univers de Game of Thrones.
Ici, la famille Targaryen bénéficie à nouveau d’un regard singulier et indispensable, incarnant à la fois la grandeur et la gangrène de la noblesse. Elle révèle aussi l’ampleur de l’injustice sociale latente envers le petit peuple, comme le démontre le parcours cabossé de Dunk dans la seconde moitié de la saison, conséquence directe de quelques caprices égocentriques.

La série se distingue également par plusieurs scènes d’action d’une rare efficacité, notamment des joutes brèves mais percutantes. C’est un véritable exploit compte tenu de l’absence d’une enveloppe épique comparable à celle de ses aînées, et c’est aussi la quasi-absence de CGI qui fait ici sa force.
Bien sûr, un affrontement majeur – dans la boue et le sang – finit par mettre tout le monde d’accord. Mais c’est surtout dans sa capacité à émouvoir à travers des actes — et des morts — violents que A Knight of the Seven Kingdoms conserve toute la fougue et la dureté propres à l’univers de George R. R. Martin.
Conclusion
Cet élément sert finalement de meilleure conclusion à ce second spin-off, puisqu’il illustre le sens de l’honneur et de la chevalerie qui gouvernent les grands thèmes du récit. Pour ainsi dire : lorsque le courroux de l’honneur devient sacrifice et, par extension, sert une cause noble sur la durée. Le sentiment d’injustice propre à cet univers agit comme la genèse de grands destins et l’espoir d’un avenir meilleur pour le royaume. Pour cela, A Knight of the Seven Kingdoms réussit pleinement son pari.
Mise bout à bout, cette apparente petite série — presque une comédie médiévale — accumule de nombreux éléments essentiels à sa réussite. L’utilisation de ses personnages, même secondaires, illustre parfaitement la décadence de la chevalerie et la notion d’honneur au sens large, tandis que les privilèges invisibles interrogent toujours davantage la nature du pouvoir dans cet univers abrupt. La violence demeure centrale, mais aussi profondément symbolique d’un monde fracturé malgré son apparente paix.
L’une des autres grandes thématiques du show reste assurément la transmission : des valeurs les plus simples à l’héritage moral. Et sur ce point, la série équilibre son duo avec succès. Une réussite que l’on doit à ses deux interprètes principaux, exemplaires, mais aussi à son tempo inédit, qui achève d’asseoir la légitimité du projet au sein de l’univers HBO.
Ainsi, si la série adopte une identité plus intimiste, une intrigue linéaire et un enjeu politique relégué à l’arrière-plan, son ton se révèle plus humaniste, notamment dans ses moments d’émotion portés par l’humour — sans échapper pour autant à la vision de chiasse, de prout et de sexe surdimensionné, cela va sans dire. Elle assume malgré tout son rythme parfois lent et contemplatif pour s’extraire d’une image trompeuse de série bouffonne, chose qu’elle est loin d’être dans sa finalité.
EN DEUX MOTS : Avec sa modestie assumée, A Knight of the Seven Kingdoms réussit à imposer une identité propre au sein de l’univers Game of Thrones. Plus humaine, plus intime et portée par un duo attachant, la série explore avec justesse l’honneur, la transmission et l’injustice sociale dans un Westeros en apparence apaisé mais toujours fracturé. Malgré un rythme parfois lent et un format frustrant par sa brièveté, cette première saison séduit par sa sincérité, son humour et sa profondeur thématique. Une réussite discrète mais solide, qui confirme qu’il est encore possible de raconter des histoires nouvelles et touchantes dans cet univers déjà mythique.
MA NOTE : 16.5/20

📌 Points forts
- Le duo Dunk & Egg : alchimie naturelle, humour, émotion et direction d’acteurs idéale
- Une identité intimiste et humaniste
- Une mise en scène sobre mais très maîtrisée
- Des thématiques fortes : honneur, transmission, classes sociales, injustice
- Une distribution secondaire efficace, même si…
- Des scènes d’action rares mais percutantes
- Une musique adaptée au ton plus modeste
- Une vraie différence par rapport à GoT et HotD
⚠️ Points faibles
- Rythme parfois lent et contemplatif
- Format court frustrant (épisodes presque trop brefs)
- Montage parfois trop resserré et qui néglige quelques personnages au potentiel riche
- Enjeux politiques en arrière-plan
Les crédits
CRÉATION : Ira Parker & George R.R. Martin
AVEC : Peter Claffey & Dexter Sol Ansell, mais aussi : Daniel Ings, Bertie Carvel, Shaun Thomas, Finn Bennett, Danny Webb,
Sam Spruell, Tanzyn Crawford, Henry Ashton, Tom Vaughan-Lawlor, Youssef Kerbour, Paul Hunter, Edward Ashley, Chloe Lea (…)
ÉPISODES : 6 (Durée moyenne : 35mn) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : HBO