DARK MATTER (2024) – saison 2

Deux ans et deux mois après la découverte d’une première saison très convaincante, Apple TV donne suite à l’une de ses productions de science-fiction les plus abouties. En adaptant le roman de Blake Crouch en neuf épisodes, Dark Matter (à ne pas confondre avec une autre production de science-fiction du même nom) semblait pourtant avoir exploré son sujet et bouclé son histoire de façon quasi définitive.

Subsistaient quelques pistes ouvertes, mais celles-ci apportaient un imaginaire appréciable dans le contexte de son univers S.F. Forte d’un succès que l’on imagine suffisant et de bons retours critiques, la plateforme déclenche une suite légèrement tardive qui attise néanmoins la curiosité.

Cette nouvelle étape pour la série demeure tout de même de bon augure puisque l’auteur reste le créateur du show et supervise cette nouvelle intrigue, qui dépasse ainsi son roman. Pour cela, le scénariste imagine une nouvelle saison dense, en dix épisodes, chacun avoisinant l’heure. Dix épisodes qu’il coécrit d’ailleurs intégralement aux côtés de Jacquelyn Ben-Zekry (déjà présente à la production de la première saison).

Les Dessen reprennent une vie sereine dans un monde qui leur semble enfin sûr, avant de devoir fuir à nouveau face à l’impensable. Alors que Jason est de plus en plus obsédé par la Boîte, Daniela sombre dans la paranoïa, menaçant de faire vaciller leur équilibre déjà fragile. De leur côté, Amanda et Ryan unissent leurs forces dans une tentative désespérée de rentrer chez eux. Blair est déterminée à les arrêter, alors que Leighton poursuit sans relâche sa vision ambitieuse d’un monde parfait.

Après avoir exploré plusieurs réalités alternatives et les conséquences des choix de son héros (Joel Edgerton), perdu entre les mondes, Dark Matter pousse la réflexion vers un univers étendu toujours aussi dense. Reste à savoir si cette extension renouvelle véritablement son concept de science-fiction ou si elle ne fait que répéter les mécanismes de sa première saison.

Bonne nouvelle : après un début d’aventure plus lancinant et qui semblait moins inspiré, l’auteur parvient à tirer une fascinante dramaturgie de l’exploration de son multivers.

Les contours de la Boîte

Si son introduction est assez prometteuse et apporte de la cohérence aux conséquences de la multiplicité d’un même individu dans un monde dénué de compréhension des phénomènes liés au multivers, Dark Matter prend ensuite un tant soit peu de recul sur sa nouvelle aventure. Ainsi, les deux années qui séparent à la fois les saisons et les événements du récit vont avoir une importance latente dans l’exploration de ses différentes intrigues.

L’un des points forts de cette suite réside justement dans une autre forme de multiplicité de cet univers : celle de ses histoires. D’autant que celles-ci exploitent cette fois parfaitement le casting secondaire, et non plus uniquement le duo en tête d’affiche. Pour autant, la fuite de la famille Dessen demeure, dans un premier temps, au cœur des événements. Notamment avec de nouvelles problématiques pour agrémenter son histoire, dont une paranoïa légitime chez le personnage de Daniela (Jennifer Connelly) toujours très convaincante.

Mais justement, dans un premier temps, cette deuxième saison peine à trouver son nouvel équilibre. Ce fut du moins mon impression, tandis que cette nouvelle dynamique réduit naturellement son exploration de nouveaux mondes et disperse davantage l’attention entre ses personnages. Techniquement, d’ailleurs, si ses effets visuels sont assez largement convaincants, la série ne se démarque pas par son sens de la mise en scène, ni par un esthétisme rarement éblouissant.

Toutefois, une fois ses nouvelles bases bien posées, c’est justement ce renouvellement qui finit par porter ses fruits. Avec davantage de matière à notre disposition, le fonctionnement de la Boîte gagne en compréhension, mais aussi en dimension humaine. La preuve avec sa mi-saison, désaxée du reste de ses intrigues et qui va pourtant livrer un portrait intime d’une rare maîtrise.

L’humain avant la Science

En explorant, sur plusieurs années, la vie d’un Jason endeuillé (dont l’acteur australien saisit toute la gravité), Blake Crouch trouve la parfaite intensité dramatique pour son histoire de science-fiction. Une parenthèse qui prend également vie grâce au recul apporté par son récit et aux réelles conséquences des choix sur ses personnages.

Ce petit coup de maître ne sera pas le seul de la saison puisque, peu avant son final, son huitième épisode saura explorer de nouveaux pans parallèles de son histoire à travers le portrait inédit de Laurel (Margo Martindale). Ces détours nourrissent alors de belles réflexions sur la densité de son univers de science-fiction, qui explore habilement quelques sous-thèmes dramatiques tels que le deuil, les regrets et les obsessions humaines. Le tout à travers des portraits idéalement narrés.

Séparée par une astuce sonore récurrente, l’étendue de son multivers rend ainsi enfin hommage à l’intégralité de sa distribution créditée. Composée de sept membres, celle-ci bénéficie notamment d’un éclairage bien plus important sur le personnage de Blair (Amanda Brugel). Dans ce contexte, et malgré un montage assez dense (non sans quelques petites longueurs), les scénaristes explorent habilement les nuances, les peurs et les obsessions humaines à travers des schémas qui se répètent tout en différant.

Par le biais d’un montage moins lancinant dans sa deuxième partie de saison, la fin de cette nouvelle aventure parvient alors à nous entraîner vers une intrigue plus condensée et chorale, qui réserve de belles surprises. Rare chapitre au format plus court, son dixième épisode s’impose comme une conclusion aux airs de blockbuster, avec même une démonstration de grand spectacle aussi inattendue que convaincante. Sauf qu’elle s’achève sur un cliffhanger de taille, contrairement à son aînée.

Conclusion

Dans sa finalité pure et dure, cette deuxième saison suffisamment mûrie s’avère parfaitement complémentaire de son adaptation originale. Si son ambiance sombre et mélancolique aurait mérité encore davantage d’attention, la richesse de son écriture contrebalance ses faiblesses. Le rythme en tête.

Sans réellement dépasser sa première saison, cette suite renouvelle intelligemment ses grands thèmes et ses problématiques, sans renier ses personnages ni leur dimension dramatique, bien au contraire. Maintenant, il serait dommage de ne pas découvrir une troisième (et dernière ?) saison pour conclure cette saga de science-fiction qui aura su se démarquer.

EN DEUX MOTS : Cette deuxième saison de Dark Matter confirme toute la richesse de son univers de science-fiction en privilégiant davantage sa dimension humaine et émotionnelle. Si son démarrage manque parfois de rythme et que sa mise en scène demeure assez conventionnelle, Blake Crouch parvient progressivement à renouveler son récit grâce à des intrigues secondaires mieux exploitées et des portraits intimistes particulièrement réussis. Sans surpasser sa première saison, cette suite gagne en profondeur, explore intelligemment les conséquences de ses thématiques et réserve une seconde partie plus dense et spectaculaire. Une belle continuité, qui donne, cette fois, envie de découvrir une suite de cette aventure.

MA NOTE : 15/20


👍 Points forts

  • Une extension intelligente du multivers et de ses possibilités narratives.
  • Une écriture encore plus humaine et émotionnelle, notamment autour du deuil et des regrets.
  • Des épisodes intimistes particulièrement maîtrisés, avec de beaux portraits de personnages.
  • Une meilleure exploitation du casting secondaire, anciens comme nouveaux personnages.
  • Une seconde partie plus rythmée et chorale, jusqu’à un final spectaculaire.

👎 Points faibles

  • Un début de saison assez lancinant, qui peine à trouver son nouvel équilibre.
  • Une mise en scène fonctionnelle, mais rarement impressionnante visuellement.
  • Quelques longueurs dans le montage et la progression de certaines intrigues.
  • Une exploration des nouveaux mondes moins présente, au profit des trajectoires individuelles.

Les crédits

CRÉATEUR : Blake Crouch

AVEC : Joel Edgerton, Jennifer Connelly, Alice Braga, Jimmi Simpson, Dayo Okeniyi, Oakes Fegley, Amanda Brugel,

mais aussi : Chris Diamantopoulos, avec Margo Martindale, et Gil Birmingham (…)

ÉPISODES : 10 – Durée moyenne : 58mn / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : Apple TV

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