LANTERNS – saison 1

L’événement HBO entre la fin de l’été et le début de la rentrée n’est pas totalement une production originale de la mythique chaîne, mais elle en possède toutes les caractéristiques. Estampillé DC Studios, sous une nouvelle direction qui fait presque mouche jusqu’alors (malgré la sortie de route de Supergirl), l’univers super-héroïque s’élargit un peu plus avec Lanterns.

Reboot en série de l’une des productions du genre les plus mal-aimées et moquées — Green Lantern (2011) —, DC démontre tout de même la grande variété de ses projets avec cette nouvelle série. Lié à l’univers du film Superman de James Gunn et de sa suite, le show adopte clairement sa propre identité à l’écran.

Deux flics intergalactiques, la nouvelle recrue John Stewart et le légendaire Hal Jordan, sont confrontés à un sombre mystère sur Terre alors qu’ils enquêtent sur un meurtre au fin fond de l’Amérique.

Voyants qui virent au vert

Chapeauté par trois scénaristes de renom et nourri d’influences ambitieuses, Lanterns navigue sur un tempo aussi casse-gueule qu’excitant. True Detective, No Country for Old Men ou encore Fargo sont autant de classiques que de références qui ressortent de cette proposition de polar, pourtant portée par un héritage super-héroïque. L’ambition de renouveau est donc bien présente et, pour lui donner vie, ce ne sont pas moins de trois créateurs qui sont aux commandes.

On retrouve d’abord Chris Mundy, qui a réalisé un travail remarquable avec Ozark, l’un des polars les plus intenses du petit écran de ces dernières années. D’autre part, le célèbre Damon Lindelof fait également profiter la série de son expertise en matière de récits profonds, qui brassent de larges questionnements sur l’humain, la condition de super-héros ou encore l’Amérique. Une approche que le créateur avait déjà transposée, avec brio, dans un registre similaire avec Watchmen, également sur HBO.

Enfin, on peut noter la présence non négligeable de l’écrivain Tom King dans le processus créatif. Au vu de son parcours — de la CIA, littéralement, à l’écriture de comics DC assez sombres —, sa participation fait sens.

Sous cette direction plus que solide, Lanterns se dévoile à travers une enveloppe de polar située au cœur de l’Amérique profonde, plus précisément dans la petite bourgade de Rushville, au Nebraska. En débutant sous des auspices denses et mystérieux, à travers une enquête criminelle ponctuée de rares touches de fantastique et de science-fiction, la série fait le pari d’un mélange des genres capable de faire des étincelles. Y parvient-elle ? Clairement.

Au centre de son histoire, la série repose sur une dynamique entre un élève et son mentor que tout oppose. Une dimension dramatique pas foncièrement originale, mais dont certaines particularités changent la donne.

Une lanterne à tous les étages

Ainsi, on découvre très vite que, sous son ambiance marquée et son rythme policier relativement avare en action, Lanterns se distingue par la qualité de son écriture. Largement consciente de la richesse de son lore — que je trouve, à la base, assez ringard —, la série l’intègre par petites touches à son intrigue policière, tout en gravitant principalement autour de ses deux personnages. Elle le fait à travers un montage assez astucieux, qui contrecarre son tempo faussement sage.

Composée de huit épisodes d’une durée comprise entre 50 minutes et une heure, la série place l’essentiel de son intrigue en 2016, mais navigue entre plusieurs temporalités pour enrichir son univers et ses mystères. On appréciera d’autant plus son approche réaliste et terre-à-terre des événements, très éloignée de la grandiloquence de l’imagerie spatiale de Green Lantern, avec son cosmos et ses extraterrestres.

Plus souvent suggérées que réellement montrées, les touches fantastiques gagnent ainsi en impact au contact de notre réalité. De même, la dimension fantastique et science-fictionnelle prend davantage de poids à travers les réactions des personnages humains qui composent cet univers. Son pilote, tempéré mais solide, impose la vision et la structure de ses créateurs. Quant au deuxième épisode, il n’hésite pas à déconstruire un duo déjà branlant pour permettre à ses membres d’avancer individuellement.

Plus resserré dans sa construction, le troisième épisode, précoce dans son récit puisqu’il repose uniquement sur des flashbacks, est une petite merveille dans sa démonstration des nuances qui composent l’histoire. Pour autant, la suite de la saison se poursuit avec une mi-saison qui dynamite encore un peu plus les principes du genre et révèle pas mal de surprises pour la suite de son aventure.

Quand l’élève dépasse le maître

Côté personnages, Aaron Pierre se révèle très vite grâce à un background d’une belle densité dramatique et à un noyau familial captivant. La série aborde ainsi des questions liées à l’Amérique et, plus particulièrement, à la condition afro-américaine au sein de celle-ci. Dans tous les cas, l’acteur démontre un charisme certain et une force imperturbable qui font écho à son rôle dans le film Rebel Ridge.

Face à lui, Kyle Chandler s’avère être un choix idéal pour incarner ce Hal Jordan, porteur vieillissant de l’anneau des Green Lantern sur Terre, régulièrement hautain et souvent antipathique. Ce rapport de maître à élève se révèle plus complexe que la dynamique naturelle qu’il impose à l’écran. D’autant que les deux têtes d’affiche évoluent constamment au contact du reste de la distribution, elle aussi très riche.

Ici, Lanterns se révèle assez peu fourni en portraits secondaires récurrents, mais dévoile quelques seconds rôles mémorables, à l’instar de Laura Linney ou de Jasmine Cephas Jones, qui incarnent des figures d’autorité. Quant aux personnages disposant de davantage de temps à l’écran, comme le mystérieux et farouche William Macon, incarné par Garret Dillahunt, ou sa femme, tout aussi mystérieuse (Poorna Jagannathan), ils sont eux aussi rondement exploités, avec davantage de matière à développer.

Néanmoins, seul le rôle de la shérif désabusée trouve réellement sa place sur la longueur, et son interprète, Kelly Macdonald, est tout simplement exquise. On peut également louer la présence du stoïque Ulrich Thomsen, dans la peau d’un Sinestro très convaincant, même s’il demeure bien trop éphémère.

Tous, ou presque, gravitent autour d’une double enquête policière empreinte de mystère, qui rappelle autant les références de la série que le travail de ses créateurs en amont. Et, sur ce point, son montage non linéaire enrichit considérablement le suspense.

Conclusion

Sur la durée, Lanterns parvient ainsi à imposer un récit dense et durable, qui ne renie jamais les principes de sa mythologie, même s’il explore bien davantage ses personnages en parallèle. Car si la série parvient réellement à se démarquer grâce à ses aspects policiers, notamment en affirmant sa propre identité au sein de l’univers Green Lantern — pourtant assez avare en visions fantastiques —, elle trouve surtout son salut dans la finesse de sa narration.

Et pour preuve, le duo Hal/John dépasse largement son simple concept de maître et d’élève, tout comme les figures antagonistes du récit, bien plus ambiguës qu’elles n’y paraissent.

L’une des forces de Lanterns réside également dans la place qu’elle pourrait prendre au sein du DCU. Évitant les caméos à tout-va sans pour autant renier sa filiation avec la farce incarnée par Nathan Fillion comme Green Lantern, la série parvient finalement à se suffire à elle-même. Assurément, un nouveau petit coup de maître pour le studio, qui alterne entre accidents industriels et petites pépites. Tout est une question de direction, qu’elle soit en plein jour ou dans la nuit noire, nul mal n’échappe à son regard.


MA NOTE : 16/20


👍 Points forts

  • Une identité de polar affirmée, portée par des influences prestigieuses.
  • L’écriture et la narration non linéaire, qui entretiennent le mystère.
  • Le duo Aaron Pierre / Kyle Chandler, complexe et nuancé.
  • Une approche réaliste et terre-à-terre de la mythologie Green Lantern.
  • Une distribution secondaire de qualité, notamment Kelly Macdonald.
  • Une série relativement autonome au sein du DCU, sans dépendance excessive aux caméos.

👎 Points faibles

  • Un rythme avare en action, qui pourra dérouter une partie du public.
  • Des personnages secondaires inégalement développés, malgré quelques interprétations marquantes.
  • Un Sinestro trop peu présent, au regard du potentiel du personnage.

Les crédits

CRÉATEURS : Chris Mundy, Damon Lindelof, et Tom King

AVEC : Aaron Pierre & Kyle Chandler, Kelly Macdonald, Garret Dillahunt, Poorna Jagannathan, Ulrich Thomsen,

mais aussi : Jason Ritter, Laura Linney, Paul Ben-Victor, Nathan Fillion, J. Alphonse Nicholson, et Jasmine Cephas Jones (…)

ÉPISODES : 8 (Durée moyenne : 52mn) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : HBO

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