SILO – saison 3

Si Apple TV s‘est établie comme une plateforme discrète mais qualitative, c’est parce que certaines de ses séries font la différence. En seulement deux saisons, SILO s’est imposée comme un show essentiel de son catalogue, notamment dans son large registre de science-fiction. Sans être couverte d’éloges — et pour cause, la construction de sa deuxième saison a largement divisé —, cette adaptation d’une saga littéraire en trois tomes dispose d’un postulat particulièrement dense.

SILO maintient son suspense en se basant sur un équilibre de mystère continu, quitte à jouer avec nos nerfs. Ainsi, après deux saisons aussi excitantes que parfois frustrantes, cette troisième aventure annonçait un certain bouleversement dans l’équilibre de la saga. La fin de la saison précédente teasait alors l’arrivée de deux personnages inédits, évoluant dans une autre temporalité, pré-apocalyptique.

Juliette Nichols survit au nettoyage mais souffre d’une perte de mémoire. À peine remis de la rébellion, le silo doit faire face à une nouvelle menace. Pendant ce temps, la journaliste du « Before Times » Helen Drew et le membre du Congrès Daniel Keene découvrent un complot qui les entraîne dans un engrenage aux conséquences dévastatrices et irréversibles.

Cette nouvelle intrigue allait permettre de répondre à de nombreuses questions que les téléspectateurs pouvaient se poser sur la création des silos. Pour autant, dans un choix de continuité visant à étendre son suspense sur la longueur, la production fait le choix d’une double intrigue basée sur les prémices des deux tomes restants. Si cela lève progressivement le voile sur le destin malmené de Juliette, son héroïne toujours incarnée avec magnétisme par Rebecca Ferguson, cette promesse de densité a un certain coût.

Pour preuve, dans ce nouvel équilibre, la série dystopique peine à trouver la proportion qui fait sens. Passé et présent ne faisant que trop tardivement écho l’un avec l’autre. Mais malgré tout, SILO passionne au bon moment. Explications.

Les ombres du passé

Pour son retour, SILO 3 navigue sur un montage très linéaire, tout en posant encore bon nombre de questions pour la suite. L’amnésie qui englobe son héroïne se répercute également sur son téléspectateur, qui évolue dans une brume narrative déstabilisante. Un état de fait qui se poursuit durant une bonne moitié de saison, tandis qu’en parallèle, la série nous plonge régulièrement dans le passé.

Hélas, là où SILO aurait pu se distinguer par sa nouveauté et ses éclaircissements, elle s’enlise dans une dynamique assez similaire, sous couvert d’une fumée persistante. En posant les fondations d’une enquête à la teneur secrète, sa nouvelle intrigue multiplie les intervenants, mais peine à nous donner de la matière. Et encore moins de réponses sur la genèse entourant la création des derniers refuges de l’humanité.

Néanmoins, au-delà de sa tempérance, ce thriller SF continue d’enrichir une partie de sa distribution avec réussite. Si ce n’est pas le cas de l’entièreté de son casting, lourdement rallongé durant cette saison, quelques profils se démarquent. C’est notamment le cas de son duo d’enquêteurs formé par Ashley Zukerman et Jessica Henwick, notamment dans un petit jeu du chat et de la souris romantique qui retient gentiment l’attention à mesure que le complot s’enrichit.

Toutefois, c’est bel et bien dans son silo, à l’équilibre toujours plus vacillant, que le show se distingue par sa richesse narrative. Pour preuve, dans sa plus simple illustration d’un système totalitaire, ses résidents dissidents tirent leur épingle du jeu en quelques éclairages, tandis que son montage s’attarde sur une intrigue parallèle plus commune dans la forme.

Trou de mémoire et faille narrative, et pourtant…

Cette saison de SILO, peut-être bien consciente de son manque d’éléments bouleversants dans un premier temps, use alors avec parcimonie de ses réponses concrètes. Sa mi-saison, intitulée de façon explicite « Memory », est dans ce cas de figure d’une efficacité redoutable. Seulement, l’aventure semble retourner très rapidement dans un rythme plus sage et prévisible, visant à préparer le terrain à ses nouveaux bouleversements. Et, par extension, à sa prochaine et dernière saison.

Et pourtant, elle nous éblouit par une fin de saison exaltante.

On pourrait alors s’interroger sur le format de cette aventure et, encore une fois, sur son montage, qui manquent tous deux de corrélation pour pleinement convaincre. Sans renier son fil rouge, la production a donc privilégié la tempérance à la cassure scénaristique afin de maintenir le téléspectateur. Seulement, en faisant cela, elle perd en gamme sur l’ensemble de ses épisodes.

Néanmoins, après son début de saison laborieux, la série SF dispose d’une seconde moitié tellement plus aboutie qu’on en viendrait presque à tout lui pardonner. SILO nous rappelle ici que son sens du suspense fait régulièrement mouche, à l’instar de sa galerie de personnages, avec Common, Alexandria Riley ou Tim Robbins largement en tête. Si cela ne gomme pas totalement ses imperfections, le show se distingue par l’approfondissement de son lore et de sa mythologie.

Son intrigue dans le passé, intrigante dans sa forme mais mesurée, demeure toutefois une petite déception par sa tempérance et la banalité de son tempo. Il faut attendre la fin de saison pour obtenir davantage d’éclaircissements, et surtout des éléments concrets dans un montage bien plus adapté pour nous bousculer. Son avant-dernier épisode le prouve parfaitement. Il existe réellement deux saisons en une dans cette troisième aventure, tant leurs tempos divergent.

Conclusion

Quant à son final, il apporte activement son lot de réponses, mais aussi une vision de la science-fiction passionnante et qui fait réellement sens avec bon nombre de mystères. Ses vingt premières minutes sont, à ce titre, aussi glaciales que captivantes.

Avec sa troisième saison, la saga SILO livre à la fois sa saison la plus riche jusqu’alors et la plus bancale. Si certains choix narratifs, à l’instar de l’amnésie de Juliette, comme son montage, sont largement discutables, cette aventure enrichit tout de même considérablement son lore. Et les fans le savent : quand la série SF navigue sur son aspect mythologique ou sa dimension politique, elle passionne.

Dans cette veine, on peut également louer la richesse de ses personnages, dont quelques seconds rôles particulièrement passionnants cette saison. Dommage, donc, que cet aspect ne s’applique pas à sa nouvelle intrigue, passionnante sur le papier, tout comme à la distribution qui l’accompagne, si l’on fait exception du duo formé par Daniel et Helen.

Ainsi, malgré une atmosphère toujours aussi captivante, la notion de transition subsiste, notamment après un début de saison trop étiré. Enfin, ses révélations, toujours tardives et amenant de nouvelles questions, semblent parfois avoir moins d’impact que la part de mystère qui subsiste au sein de son univers.

Une fascination à double tranchant, selon la finalité de ces dernières révélations, et qui augmente les attentes autour de sa dernière saison, déjà en post-production. La bonne nouvelle, c’est qu’il faudra être moins patient pour la découvrir puisque son tournage est déjà bouclé. Espérons qu’elle soit à la hauteur de l’épaisseur du mystère qui englobe avec brio la saga depuis ses débuts.

EN DEUX MOTS : SILO reste donc une fascinante machine à mystères, mais une machine qui fonctionne ici par à-coups. Plus ambitieuse, plus riche et surtout plus généreuse envers sa mythologie, cette troisième saison paie toutefois le prix de ses ambitions en s’éparpillant entre deux temporalités qui tardent à véritablement se rejoindre. Une aventure imparfaite, parfois frustrante, mais dont les fulgurances rappellent pourquoi cet univers demeure aussi passionnant. Et si cette saison 3 ressemble parfois davantage à une passerelle qu’à un aboutissement, elle n’en reste pas moins une pièce essentielle avant le grand dénouement.

MA NOTE : 15.5/20


🟢 Les points forts

  • L’enrichissement considérable du lore et de la mythologie
  • Le suspense, particulièrement efficace dans la seconde moitié
  • Une galerie de personnages toujours aussi riche, avec Common, Alexandria Riley et Tim Robbins en tête
  • L’intrigue politique et totalitaire au sein du silo, particulièrement pertinente
  • Le duo Daniel / Helen, qui apporte une vraie valeur ajoutée à la nouvelle temporalité
  • Une atmosphère toujours aussi captivante et maîtrisée
  • Le final et ses révélations, qui donnent enfin une véritable ampleur à la mythologie
  • L’avant-dernier épisode, véritable démonstration du potentiel de la saison

🔴 Les points faibles

  • Un début de saison trop étiré et laborieux
  • Un montage déséquilibré entre passé et présent, dont les deux temporalités tardent à faire véritablement écho
  • L’amnésie de Juliette, ressort narratif discutable qui entretient artificiellement une partie du suspense
  • Une nouvelle intrigue trop avare en réponses pendant une grande partie de la saison
  • Un casting élargi mais inégalement exploité
  • Une intrigue pré-apocalyptique intéressante sur le papier mais trop tempérée dans son exécution
  • Une impression de transition vers la saison finale, particulièrement perceptible dans la première moitié
  • Des révélations parfois moins percutantes que le mystère qu’elles cherchent à remplacer

Les crédits

CRÉATEUR : Graham Yost

AVEC : Rebecca Ferguson…, Common, Ashley Zukerman, Jessica Henwick, Harriet Walter, Avi Nash, Chinaza Uche, Remmie Milner, Shane McRae,

Clare Perkins, Alexandria Riley, Rick Gomez, Billy Postlethwaite, Reed Birney, Laura Innes, Matt Craven, Jessica Brown Findlay, Morven Christie, et Tim Robbins,

mais aussi : Caitlin Zoz, Olatunji Ayofe, William Hope, Ned Dennehy, George Robinson, Chipo Chung, avec Steve Zahn, et Colin Hanks (…)

ÉPISODES : 10 – (Durée moyenne : 52mn) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : Apple TV

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