Alors que l’une des séries phares d’Apple TV va tirer sa révérence au terme de sa sixième saison en 2027, on pourrait légitimement s’interroger sur l’intérêt d’un spin-off au sein du même univers. Pour preuve, si For All Mankind s’achèvera de nos jours dans sa prochaine saison (à raison de plus de cinquante années relatées au cours de ses différentes saisons), Star Citynous propulse de nouveau entre la fin des années soixante et le début des seventies.
À la différence près, et pas des moindres, que cette nouvelle uchronie se place sous le regard soviétique. Si cette patrie communiste a toujours fait partie intégrante de l’histoire de la saga SF, ce point de vue particulier démontre un véritable intérêt, avec à la clé un lourd potentiel dramatique.
Dans une réalité alternative dans laquelle l’Union soviétique est la première nation à mettre un pied sur la lune, la course à l’espace est retracée de derrière le rideau de fer, montrant la vie des cosmonautes, des ingénieurs et des officiers du renseignement du programme spatial soviétique, ainsi que les risques que chacun d’eux a pris pour propulser l’humanité vers une nouvelle ère.
Dès lors, la production adopte une approche qui la différencie concrètement de son aînée. Si, par souci de facilité, elle se dévoile en langue anglaise autour d’un casting majoritairement britannique, Star City fait foi d’une reconstitution plus vraie que nature : celle d’une nation puissante, autoritaire, aux couleurs mornes, taillée dans la pierre et aux destins muselés.
Au milieu de cette plongée crédible au cœur d’un régime marxiste qui fait encore écho à notre époque, cette uchronie de science-fiction parvient-elle à prouver tout son intérêt sur la longueur ? Concrètement, oui. Elle s’impose même comme la saison la plus maîtrisée de son univers, coiffant ainsi au poteau les cinq saisons de For All Mankind.
Bas les marteaux, rideaux (de fer).
De nouveau piloté par le trio de scénaristes derrière la précédente série, on pouvait supposer une réelle ambition pour que ce spin-off voie le jour, et non un simple coup marketing. En changeant radicalement d’environnement, et même si la série traite son sujet sous de multiples facettes déjà relatées par le passé, Star City parvient véritablement à apporter un regard neuf à son histoire.
Le nom du show fait ainsi référence à la Cité des Étoiles, qui sert de lieu de travail et d’habitation au programme spatial russe. Si trop peu de plans larges ou aériens permettent de réellement saisir cette notion de huis clos pour ses habitants, l’intrigue s’en charge via de très nombreux exemples. Mise sur écoute, escorte en dehors de son enceinte, censure de la culture non soviétique, mariage de façade ou encore contrôle du libre arbitre : la série ne ménage jamais son propos.
Ce faisant, Star City place la grande majorité de son casting face à ses oppresseurs dans un ordre qui tord les volontés, et ce au nom de la patrie. Disons-le, la série ne manque pas de crédibilité, même lorsqu’elle ne surprend pas dans certaines de ses démonstrations. C’est aussi parce qu’elle jouit d’une distribution aussi complète que bien exploitée qu’elle couvre son sujet avec autant d’efficacité.
Sans réel profil de tête pour mener le show, l’illustreRhys Ifans incarne tout de même avec brio le « Chief Designer », dans un anonymat notable et une position qui nuance son caractère déterminé et, par nature, dissident. Face à lui, Anna Maxwell Martin incarne sans vergogne celle qui s’impose comme la seule véritable antagoniste du casting récurrent, dans son rôle de colonel sans concessions, mais non sans nuances également.
Nous sommes à l’écoute de nos concitoyens
Pour le reste, Star City dépeint principalement la vie de cosmonautes tiraillés entre leurs ambitions professionnelles et leurs vies personnelles, tout en s’intéressant plus étroitement aux travailleurs de l’ombre. Hormis le formidable technicien incarné par Josef Davies, l’intrigue accorde justement une place centrale au doux visage d’Agnes O’Casey, prise dans une position impossible tandis que son travail consiste à écouter ses concitoyens.
Sans pour autant prétendre être une pure série d’espionnage, Star City navigue sur un tempo bien différent de son aînée. Pas nécessairement plus mature, mais assurément plus dramatique. Le destin de la première femme russe à marcher sur la Lune (Alice Englert) reflète d’ailleurs parfaitement l’autorité du régime sur ses concitoyens. Et ce, malgré un parcours quelque peu stagnant sur la longueur, contrairement à celui d’autres personnages.
Car, en termes de rythme, ce drame de science-fiction se compose tout de même de huit chapitres conséquents, dépassant parfois l’heure. Ce temps d’écran demeure exploité avec une certaine efficience, même si, encore une fois, son rythme se veut lancinant. Cela renforce le poids que représente le régime sur ses habitants, tout en développant les arcanes soviétiques avec rigueur, comme le démontre l’exécution d’un innocent par seul souci du détail.
Parallèlement, Star City relate l’histoire d’une autre odyssée spatiale, même si les fans de For All Mankind peuvent déjà en déceler la nature dramatique. Certes, le sujet a déjà eu son lot d’aventures dans la saga et convoque moins d’héroïsme, du moins en apparence. Sauf que ce spin-off en tire une essence bien plus intime, et toujours plus dramatique. C’est précisément sa force, puisque le show prouve toute sa valeur dans cet exercice.
Conclusion
Tous ces éléments se combinent dans une dernière partie de saison proprement passionnante, et non moins dramatique. Via le parcours de ses personnages, mais aussi grâce à la gravité et à la détresse du monde dans lequel ils évoluent, la série trouve l’essence idéale de sa réussite. Star City parvient donc aisément à se détacher de son modèle dans sa proposition, et pas uniquement par son esthétisme. Dans sa finalité, sans totalement nous transcender, il s’agit d’une véritable victoire pour ce spin-off.
Si, au jour de sa conclusion, la série n’a pas encore été renouvelée, et que le désir des showrunners serait de poursuivre l’aventure sous une trame plus linéaire dans le temps, Star City trouve malgré tout une finalité brutale et amère qui pourrait logiquement conclure son histoire.
EN DEUX MOTS : Au-delà de son statut de simple extension d’univers, ce spin-off justifie pleinement son existence. En délaissant le spectaculaire au profit de l’intime et de la tragédie humaine, Star City offre une vision complémentaire, mais surtout singulière, de cette conquête spatiale réinventée. Une magnifique surprise de plus pour la chaîne à la pomme, qui confirme une nouvelle fois son exigence en matière de science-fiction.
MA NOTE : 16/20
✅ Points forts
Une approche soviétique qui renouvelle intelligemment l’univers de For All Mankind.
Une reconstitution crédible et immersive de l’URSS.
Une identité propre qui dépasse le simple statut de spin-off.
Une écriture plus dramatique et intimiste.
Une critique du régime soviétique cohérente et nuancée.
Une galerie de personnages riche et bien exploitée.
Une narration maîtrisée malgré un rythme volontairement lent.
Une montée en puissance particulièrement réussie dans les derniers épisodes.
Une esthétique et une ambiance qui renforcent constamment le propos.
Une conclusion forte, amère et satisfaisante, même sans renouvellement.
❌ Points faibles
Certaines démonstrations du régime soviétique restent prévisibles.
Un rythme parfois très lancinant.
Des épisodes particulièrement longs (souvent plus d’une heure).
Les enjeux spatiaux surprennent moins les habitués de For All Mankind. Du moins dans un premier temps.
Émotionnellement forte, mais jamais transcendante.
Les crédits
CRÉATEURS : Ben Nedivi, Matt Wolpert, et Ronald D. Moore
AVEC : Rhys Ifans, Anna Maxwell Martin, Agnes O’Casey, Alice Englert, Solly McLeod, Adam Nagaitis, Ruby Ashbourne Serkis, Priya Kansara, Josef Davies,
mais aussi : Eliot Salt, David Dencik, Ellie Percy, Hannah Steele, Sean Gilder, Joe Layton, Sam Troughton, Niamh Algar (…)
ÉPISODES : 8 / (Durée moyenne : 58mn) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : Apple TV