
Saga phare de la plateforme Apple depuis sa création, mais aussi l’une des plus longues à ce jour, For All Mankind s’est toujours appuyée sur un postulat de science-fiction ambitieux et propice au renouvellement. Malgré ses difficultés de mise en scène techniques évidentes ainsi que le vieillissement de son casting, l’uchronie spatiale a désormais effectué un nouveau bond dans le temps pour nous propulser à l’aube des années 2010.
Les années qui ont suivi la capture de l’astéroïde Goldilocks, Happy Valley est devenue une communauté en plein essor, avec des milliers de résidents et une base pour de nouvelles missions d’exploration du système solaire. Mais alors que sur Terre, les nations revendiquent l’état de droit sur la planète rouge, les tensions s’accentuent entre ceux qui vivent sur Mars et leur ancienne patrie.
Si l’on ne retrouve plus que deux noms au générique présents depuis la première saison (respectivement Joel Kinnaman et Wrenn Schmidt), cette 5e saison repose sur une nouvelle dynamique et de nouveaux cheminements scénaristiques pour enrichir son histoire. Et donc, par conséquent, sur encore davantage de nouveaux visages que par le passé.
Il s’agit également de la première saison à quasiment quitter intégralement notre planète bleue pour se concentrer pleinement sur sa colonie martienne. Un basculement SF somme toute logique et exaltant, s’il ne se confrontait pas à quelques limites d’exploitation. Des limites qui ont toujours empêché For All Mankind d’atteindre les sommets du genre.
Vous pouvez retrouver les critiques des dernières saisons de For All Mankind ICI :
. SAISON 1
. SAISON 2
. SAISON 3
. SAISON 4
Science-fiction/carton
Techniquement, la série Apple TV a toujours été crédible, malgré son manque compréhensible de grands moments spatiaux. Cette saison demeure dans une veine similaire, voire encore plus avare en mouvements spatiaux, puisqu’elle quitte rarement le sol martien. Même si l’on a droit à de rares sorties en deux roues (ou plus) en plein désert.
Sauf que son principal problème réside aujourd’hui dans un environnement colonial trahi par des décors de studio assez limités visuellement.
Bien que ce détail technique n’influe pas directement sur le montage de cette saison, il en découle un manque d’envergure certain, notamment à l’ère des shows télévisés bien plus gargantuesques que par le passé. Additionné aux quelques longueurs qui composent régulièrement la saga, For All Mankind semble perdre légèrement en gamme à un moment charnière de son histoire. (Une sixième et ultime saison ayant déjà été confirmée par la chaîne avant même la diffusion de celle-ci.)
Car sans entrer dans les détails, tout en évitant les spoilers, cette avant-dernière aventure a su teaser (affiche à l’appui) une potentielle rébellion sur Mars. Et donc une montée en tension loin d’être anodine sur le papier. C’est hélas ici que le bât blesse, puisque For All Mankind dispose bel et bien de nombreuses subtilités scénaristiques, mais se montre bien moins convaincante dans sa démonstration d’ambition. Du moins dans sa première partie, car la suite récompensera une certaine patience narrative.

Des Martiens humains. Avec leurs forces et leurs faiblesses.
Avec un spectacle cloué au sol et sans grandes montées en pression dans un premier temps, on pourrait s’appuyer sur sa distribution pour nous bousculer davantage. Sauf qu’ici aussi, la série ne parvient pas à exploiter pleinement son potentiel (dans un premier temps, encore). C’est particulièrement probant avec le personnage de Miles (Toby Kebbell), visage du commun des mortels dans un environnement extraterrestre, ou encore avec l’excellente Mireille Enos, qui rejoint le banc des récurrents dans une dynamique similaire malgré sa position d’opposition.
En plus des figures de pouvoir plus familières, de Dev (Edi Gathegi, un peu trop en retrait) au gouverneur martien (Costa Ronin, idéal dans le rôle), ainsi que des fidèles Aleida (Coral Peña) et Kelly (Cynthy Wu), c’est une nouvelle génération — la troisième — qui occupe aujourd’hui une place importante dans le récit. Avec notamment trois nouveaux profils bien distincts (Sean Kaufman, Ruby Cruz et Ines Asserson).
Mais là aussi, cette saison peine parfois à trouver un véritable équilibre dans l’exploitation de ses personnages. L’un d’entre eux arrivant même tardivement malgré une continuité générationnelle pleine de sens et, au final, un parcours réussi.
Ces nombreuses petites lacunes, en apparence anodines, pointent surtout du doigt un montage plus bancal que d’habitude pour cette aventure, dont l’ambition ne semble pas toujours raccord avec son exécution à l’écran.
Difficile pour autant de condamner cette cinquième saison de For All Mankind, puisque la suite de son aventure se révèle concrètement mieux menée. Et pour preuve, les quatre derniers épisodes de cette fournée mettent parfaitement en exécution les différentes pistes narratives mises en œuvre tout au long de la saison. Et ce, avec davantage de tact et de pragmatisme dans les sujets moraux et politiques qu’elle aborde.
Conclusion
Cette cinquième saison s’achève ainsi sur une note plus que positive, qui efface en partie les errances de son début de parcours. Preuve que son équilibre entre hommage à ses débuts, continuité SF et renouvellement générationnel constituait un virage particulièrement délicat à négocier pour sa production, mais qui finit par porter ses fruits sur la durée.
Car en définitive, cette continuité parvient à mettre en lumière ses différents protagonistes sur des laps de temps parfois courts, mais toujours authentiques, tout en proposant un récit uchronique ancré à la fois dans une réalité crédible et dans la pure science-fiction.
C’est particulièrement vrai dans sa dernière ligne droite, avec son excursion annexe autour de la recherche d’une forme de vie extraterrestre, qui ouvre des perspectives aussi intrigantes qu’exaltantes pour la suite. Avant un dernier voyage qui nous propulsera dans les années 2020, il ne reste plus qu’à espérer que cette ultime saison trouvera enfin l’équilibre parfait entre spectacle, ambition et héritage. Réponse l’année prochaine, en principe.
EN DEUX MOTS : Moins impressionnante et moins maîtrisée que certaines de ses devancières, cette cinquième saison de For All Mankind donne d’abord l’impression d’une œuvre en transition, cherchant encore son équilibre entre héritage, renouvellement et nouvelles ambitions. Malgré plusieurs maladresses dans son rythme, son traitement des personnages ou son manque d’envergure visuelle, la série retrouve progressivement sa force de conviction pour offrir une seconde moitié bien plus engageante. Sans atteindre les sommets qu’elle ambitionne parfois, cette avant-dernière étape parvient finalement à préserver l’essentiel : une vision de science-fiction humaine, crédible et suffisamment stimulante pour susciter l’envie d’embarquer une dernière fois vers son ultime destination.
MA NOTE : 14.5/20

👍 Points forts
- Une continuité uchronique toujours aussi ambitieuse.
- Un cadre martien désormais au cœur du récit.
- Des thématiques politiques et sociétales pertinentes.
- Une nouvelle génération de personnages convaincante.
- Plusieurs prestations d’acteurs solides.
- Une seconde moitié de saison nettement plus maîtrisée.
- Une dernière ligne droite efficace et prometteuse pour la suite.
👎 Points faibles
- Un manque d’ampleur visuelle sur Mars.
- Peu de séquences spatiales marquantes.
- Un début de saison lent et parfois laborieux.
- Une ambition qui dépasse parfois les moyens de sa mise en scène.
- Certains personnages sous-exploités.
- Un équilibre narratif plus fragile que par le passé.
Les crédits
CRÉATEURS : Ronald D. Moore & Ben Nedivi & Matt Wolpert
AVEC : Toby Kebbell, Mireille Enos, Edi Gathegi, Coral Peña, Costa Ronin, Cynthy Wu, Sean Kaufman, Ruby Cruz, Ines Asserson, Sveltlana Efremova,
mais aussi : Joel Kinnaman, C.S. Lee, Christopher Denham, Dimiter D. Marinov, Goran Ivanovski, Myk Watford, et Wrenn Schmidt (…)
ÉPISODES : 10 (Durée moyenne : 55mn) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : Apple TV