
À l’occasion de la sortie, ce jour, de la saison 2 de The Pitt sur HBO Max, grosse séance de rattrapage pour la série médicale primée aux Emmy Awards 2025.
Peu amateur de shows médicaux, encore moins des saisons à rallonge, et toujours pas réellement convaincu par les productions Max Original — jusqu’à présent — The Pitt s’impose comme une curieuse exception à la règle. Comme quoi, on peut toujours être agréablement surpris. Sa récompense dans la catégorie meilleure série dramatique aidant sans doute à y regarder de plus près.
Pour autant, The Pitt adopte un concept simple, faussement mécanique mais finalement salvateur, rappelant fortement 24 heures chrono. La saison se compose ainsi de 15 épisodes (comme la suivante), dévoilant avec réalisme et pragmatisme le quotidien de médecins urgentistes, cette fois en quasi temps réel.
Dans l’Amérique d’aujourd’hui, les professionnels de la santé sont confrontés à de nombreux défis au sein d’un hôpital de Pittsburgh, en Pennsylvanie.
Sans mauvais parallèle, la série s’impose bel et bien comme la digne successeuse de la cultissime Urgences. The Pitt a pour créateur R. Scott Gemmill, ancien scénariste du show, avec John Wells à la production, et surtout Noah Wyle en tête d’affiche. L’acteur, fort de plus de 250 épisodes sur Urgences, participe même brièvement à l’écriture en signant deux épisodes, tout en menant la troupe de médecins avec une aisance évidente à l’écran.
Le chemin est donc tout tracé pour ce remake moderne d’Urgences, dont le programme est aussi limpide qu’efficace : une démonstration des petits et grands moments qui composent un quart — et même un peu plus — d’urgentistes débordés. Le tout accompagné d’une once de sarcasme, lucide quant à la réalité et aux difficultés des hôpitaux surchargés et de ce qui en découle. Un concept fort, mais qui présente naturellement certaines limites sur la durée, malgré sa richesse.

Rush
La Pennsylvanie pourrait être remplacée par n’importe quel autre État américain sans que The Pitt n’y perde grand-chose — et pour cause : la série repose avant tout sur le facteur humain. Outre son réalisme frappant du milieu hospitalier — rythme intense, pression constante, manque de moyens et crédibilité médicale indéniable — The Pitt casse son austérité grâce à la multiplicité de ses profils de soignants.
Portée par une distribution solide d’une dizaine de personnages crédités, et tout autant — voire plus — de visages familiers (les « petites mains » du service), la série propose un service d’urgence à la diversité crédible et appréciable. Cette crédibilité passe par de brefs instants consacrés au caractère et à la vie personnelle des soignants, mais surtout par l’impact de leur travail sur celle-ci. Si la fatigue morale et physique n’est jamais appuyée ni moralisatrice, certains conflits internes font mouche, notamment sur le terrain de l’éthique.
C’est finalement la notion d’humanité face à l’urgence qui s’impose dans ce huis clos. Des relations soignants-patients — fugaces mais justes — aux moments de compassion au cœur du chaos, jusqu’aux dilemmes éthiques récurrents. Comme tout show médical, The Pitt pose les questions de qui sauver, comment, et à quel prix, mais le fait avec une neutralité appréciable, réaliste, jamais édulcorée.
Ce ton correspond parfaitement au regard que la série porte sur le quotidien médical : dynamique de groupe hiérarchisée mais solidaire, conflits internes, et critique pragmatique du système de santé. Une dimension sociale où les besoins du terrain ne coïncident pas toujours avec les décisions administratives, hélas, mais où l’humain demeure central.
Conclusion
Dans tous les cas, The Pitt ne verse jamais dans le pataud — et c’est sans doute sa plus grande force. Certes, avec 15 épisodes, l’exercice peut parfois s’avérer répétitif et pas toujours renversant. Mais l’évolution, certes sommaire, des personnages au fil de la saison, ainsi que son traitement immersif, l’emportent largement sur ses défauts.
Avec une ambiance sonore minimaliste, un rythme soutenu et cohérent, et une réalisation privilégiant la lisibilité plutôt que le chaos, The Pitt trouve un équilibre idéal. Un juste milieu entre le drame, des moments plus calmes ou légers, et l’enfer du rush menant à des décisions impossibles.
Après son succès et une suite qui s’annonce tout aussi familière — et probablement maîtrisée — reste à savoir si la série saura renouveler sa formule avec le temps, sans succomber aux travers des sagas cultes mais interminables comme Urgences ou Grey’s Anatomy, qui ont parfois perdu leur tact en cours de route.

EN DEUX MOTS : The Pitt s’impose comme une excellente surprise dans le paysage des séries médicales, grâce à un concept en quasi temps réel aussi simple qu’efficace et un réalisme rarement pris en défaut. Portée par une distribution solide, menée par un Noah Wyle parfaitement à sa place, la série privilégie l’humain, l’éthique et la dynamique de groupe au spectaculaire facile. Malgré une structure pouvant paraître répétitive sur la durée de ses 15 épisodes, son immersion, son ton neutre et sa mise en scène lisible lui permettent de trouver un équilibre juste entre tension, drame et moments de respiration. Reste désormais à savoir si la série saura faire évoluer sa formule sans perdre ce tact qui fait aujourd’hui sa force.
MA NOTE : 15/20

Points forts
- Concept en quasi temps réel efficace et immersif qui se marie à merveille avec le réalisme du milieu hospitalier (rythme, pression, manque de moyens)
- Crédibilité médicale et approche pragmatique
- Facteur humain au cœur du récit et bonne dynamique de groupe (hiérarchie, solidarité, conflits)
- Distribution solide et diversité crédible des soignants (Noah Wyle convaincant en tête d’affiche)
- Dilemmes éthiques traités avec neutralité, sans pathos
- Critique sociale pertinente et peu moralisatrice du système de santé
- Mise en scène lisible et réalisation maîtrisée et ambiance sonore minimaliste allant avec son rythme cohérent
Points faibles
- Structure pouvant devenir répétitive sur la durée
- Concept fort mais naturellement limité sur le long terme
- Évolution des personnages parfois sommaire
- Cadre géographique peu déterminant (transposable ailleurs)
- Risque futur de s’inscrire dans une longévité excessive à la Urgences / Grey’s Anatomy
Les crédits
CRÉATEUR : R. Scott Gemmill
AVEC : Noah Wyle…, Tracy Ifeachor, Patrick Ball, Katherine LaNasa, Supriya Ganesh, Fiona Dourif, Taylor Dearden, Isa Briones, Gerran Howell, Shabana Azeez,
mais aussi : Amielynn Abellera, Jalen Thomas Brooks, Brandon Mendez Homer, Kristin Villanueva, Michael Hyatt, Krystel McNeil, Alexandra Metz, Ambar Martinez, et Shawn Hatosy (…)
ÉPISODES : 15 / Durée moyenne : 48mn / DIFFUSION : 2025 / CHAÎNE : HBO Max