THE CHASER

Dans le cadre d'une rétrospective sur la nouvelle vague du cinéma coréen, retour sur 3 films de 3 réalisateurs qui ont marqué mes premières années de cinéphiles. Et aficionados du genre.
Et parmi ses 3 metteurs en scène Na Hong-jin s'inscrit assurément comme l'outsider de cette section.
Avec seulement 3 films à son actif, il revisite les genres avec une maestria impressionnante. Le premier, The Chaser, datant de 2008, est probablement le plus flamboyant.

EN DEUX MOTS : Au milieu d’une vague en plein essor, le réalisateur Na Hong-jin, 34 ans à l’époque, semble débarqué de nulle part. Et pourtant, en seulement un film, celui-ci va redynamiser le genre éculé du thriller urbain âpre et insalubre avec une maîtrise saisissante. Et non sans un regard acéré sur la société coréenne au passage.

Son film, THE CHASER, est selon les dires de son metteur en scène : « un hommage à la tradition du film noir où l’inversion des valeurs est presque devenue une convention« . Il s’agit également d’un constat de la dégradation de la société contemporaine. Et pour cela quoi de mieux qu’en traité l’une de ses déviances les plus extrêmes : un serial killer. D’autant qu’ici, sa source d’inspiration est réelle, notamment via la nature de ses crimes commis.

Joong-ho, ancien flic devenu proxénète, reprend du service lorsqu’il se rend compte que ses filles disparaissent les unes après les autres. Très vite, il réalise qu’elles avaient toutes rencontré le même client, identifié par les derniers chiffres de son numéro de portable. Joong-ho se lance alors dans une chasse à l’homme, persuadé qu’il peut encore sauver Mi-jin, la dernière victime du tueur.

En plaçant « le chasseur » de son histoire comme un ancien policier devenu proxénète, The Chaser met déjà le doigt sur le dysfonctionnement d’un système en perdition. En faisant cela, le réalisateur et co-scénariste dresse le portrait d’une société en décomposition. Et à ce titre, son metteur en scène s’avère magnanime comme le démontre le soin apporté à son tournage. (qui dura près de 3 mois, à Séoul).

La bête qui en avait après la bête.

Ainsi, malgré son budget plutôt restreint estimé à 2.6 millions USD, ce thriller jouit d’un savoir-faire précoce. Fort de son succès, il fut même présenté hors compétition au Festival de Cannes, en 2008. Les films coréens, nouveau vivier du cinéma de genre, trouve avec The Chaser, et par extension Na Hong-jin, une nouvelle référence en la matière. Retour sur l’un de mes coups de cœur du genre.

Avec sa durée magique de 2h pétaradante (et 5 minutes…), The Chaser s’inscrit dans une tradition d’exécution qui a fait ses preuves jusqu’à présent. Et même si la concordance n’est pas toujours liée aux nombreux films à la durée identique, force est de constater qu’il s’agit de la longueur idéal pour ce genre d’intrigue. Ainsi, sa première demi-heure nous propulse dans son monde imparfait en plein cœur de Séoul, pour découvrir sommairement ses bêtes solitaires. Une nuit d’été pluvieuse puis humide qui sera le principal décor de fond de ce thriller sous forme de fausse course-poursuite.

Car ce thriller va se révéler être un film aussi dynamique que statique grâce à son déroulement surprenant. La ou Park Chan-wook se vantait de livrer des films réalistes dans sa trilogie de la vengeance, mais qui se livrer davantage à la bouffonnerie surréaliste, The Chaser, lui, fait preuve d’un réalisme étourdissant. Un réalisme qui n’exclut pas un effet comique, comme va le prouver sa suite d’événements en première partie.

Le réalisateur a choisi les acteurs principaux pour leur physique : « ce qui était capital c’était le sentiment bestial qui devait se dégager d’eux, dès leur première apparition« .

La rencontre du chasseur (Kim Yoon-seok) avec sa « proie » (Ha Jeong-woo) est plutôt éloquente dans son déroulement. Notamment quand sa première course-poursuite se soldera par une arrestation et une succession d’explications devant une police incompétente. Mais bien plus que son enchaînement pragmatique et naturellement burlesque, c’est le comportement de ses personnages qui fait mouche ici. Tant ils transpirent de naturel.

Le chasseur chassé. Mais qui est le chasseur ?

C’est par ses petits détails que The Chaser se différencie de la plupart des productions du genre. Qu’elle montre ses protagonistes essoufflés et aux bords du vomissement après une course effrénée ou un tueur qui s’y prend à plusieurs reprises pour briser le crâne de sa victime. (Le film n’a pas volé son interdiction – 12 ans, avec avertissement). C’est à la fois pathétique et effrayant sur les déviances humaines.

Ses deux têtes d’affiche sont exquises à ce jeu-là. Et notamment, car leurs profils recèlent d’éléments parfois contradictoires aux classiques du genre. Par exemple, l’ancien flic devenu proxénète demeure imbus, orgueilleux et plutôt imbuvable, tandis que le serial killer épate par son espièglerie qui prête à sourire. Mais aussi par son visage doux et son détachement émotionnel glacial.

Parallèlement, The Chaser recèle d’une monstruosité typique au récit noir et meurtrier. Le thriller met par exemple parfaitement en valeur l’aspect brutal de son tueur via son antre poisseux et ses méthodes barbares. C’est ainsi qu’après une heure entre le thriller et le drame (qui vire presque à la farce avec ses procédures autour du suspect), le film s’assombrit inexorablement. En explorant le passé et la vie de ce mystérieux serial killer, la fin de sa deuxième partie, puis la suivante, délivrent alors des tempos idéals.

Cet attrait concorde également avec le tempérament plus pondéré du proxénète durant ces moments. Notamment lorsqu’il donne la réplique à la fille (Kim Yoo-jung, alors âgée de 9 ans) de sa prostituée disparue. (Seo Young-hee, très convaincante). Laissé pour morte, c’est également via sa tentative de survie que le film trouve un second souffle salvateur. Néanmoins, la nature humaine et ses codes étant ce qu’ils sont, le chasseur chassé parvient à s’enfuir. Ou plutôt, est renvoyé à l’état sauvage. Ironiquement. Jusqu’à tombée sur la rescapée…

Conclusion

L’écriture du metteur en scène (sous un scénario de l’Américain William Monahan), naturellement cynique, nous amène ainsi sur une dernière ligne d’autant plus tragique. Avec, en prime, un nouvel accès de violence brillamment mis en scène. (au marteau, outil typique du cinéma de genre 🔨).

Techniquement, le film de Na Hong-jin reflète d’un savoir-faire naturel qui se prête parfaitement à l’exercice du thriller. Sans fioriture. L’affrontement qui oppose nos deux têtes d’affiche va d’ailleurs le prouver avec succès.

Ainsi, malgré son léger ventre mou à mi-parcours, The Chaser parvient sans mal à s’absoudre de ses aînés pour briller. Le premier film de Na Hong-jin insuffle une énergie et une émotion qui rappelle le cinéma de Kim Jee-woon. Tandis que sa partie satirique rappel les premières œuvres de Bong Joon-Ho. Le résultat, lui, convainc d’autant plus via sa conclusion amère, mais sauvé par sa forme de rédemption pour l’ancien flic. Une première œuvre réellement impressionnante en somme.


Les + :

  • Un premier film d’une maîtrise impressionnante, techniquement comme dans sa direction d’acteurs.
  • Un réalisme étourdissant et qui amène le film vers des horizons inattendus et des prestations de choix.
  • Au centre du film, réside ses deux têtes d’affiche qui interprètent avec naturel un ancien flic devenu proxénète qui, durant une nuit, se met à chasser un serial killer au visage doux, mais à la folie dure.
  • Un monde cruel et absurde dans un Séoul parfaitement représenté.
  • Une dernière partie tragique et magnifiquement tournée.
  • Sa fin amère, mais renforcée par sa rédemption très efficace.

Les – :

  • Avec son réalisme qui nous mène à un déroulement surprenant, le film perd néanmoins en rythme, là où il gagne en profondeur satirique.

MA NOTE : 16.5/20

Les crédits

RÉALISATION : Na Hong-jin / SCÉNARIO : William Monahan, Lee Shinho, et Na Hong-jin

AVEC : Kim Yoon-seok & Ha Jeong-woo, mais aussi : Park Hyo-joo, Jeong In-gi, Kim Yoo-jung, et Seo Young-hee (…)

SORTIE (France) : 18 Mars 2009 / DURÉE : 2h05

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