STRANGER THINGS – saison 5 (finale)

Presque dix ans après son démarrage et son succès tonitruant, l’aventure Stranger Things s’achève. Enfin. Fatalement, l’attente fut colossale — plus de trois ans — après une quatrième saison déjà très chargée, et qui démontrait les véritables limites de la saga. Cette cinquième salve s’inscrit dans la même veine, voire davantage puisqu’elle resserre le parcours de ses personnages bien connus.

Véritable fer de lance et hit incontournable de Netflix, la série se voit offrir un découpage inédit en trois volumes. De quoi alimenter le suspense et les débats autour de ce qui viendra clore l’aventure. Le piège étant évident : à trop étirer son suspense, la magie ne finit-elle pas par s’essouffler ?

Pour ma part, l’engouement Stranger Things s’est tari à mi-chemin — dès la saison 3. La déclaration d’amour à la pop culture des années 80 a progressivement laissé place à un grand spectacle contraint de s’ouvrir à un public toujours plus large. Si les figures enfantines ont sévèrement mûri, la narration passionnée des frères Duffer, elle, s’est perdue en cours de route.

Les promesses et ambitions sont aujourd’hui essentiellement d’ordre visuel — et émotionnel pour les fans les plus assidus. Tandis que les failles d’Hawkins tentent d’être colmatées, à l’instar de celles de la série elle-même. À l’arrivée, voici une critique cryptique, fatalement un peu amère. Désolé. À l’image de ce découpage gourmand qui réduit le nombre d’épisodes à mesure que leur durée s’allonge, la saison 5 de Stranger Things demeure lourde et boursouflée.

Vous retrouvez ici les critiques des précédentes saisons de la saga :
- SAISON 1
- SAISON 2
- SAISON 3
- SAISON 4

VOL. 1

Prenons ces différentes équipes et les membres qui les composent. Preuve d’une maturité peu en raccord avec ces personnages, les frères Duffer subissent ici les ravages du temps. Ce début de saison en est l’exemple le plus concret. Empreints d’une légère caricature — fan-service oblige — ces profils se regroupent pour une ultime aventure périlleuse, face à leur menace principale : Vecna, antagoniste ultime incarné par Jamie Campbell Bower.

Dans un contexte légèrement remanié, les créateurs tentent tant bien que mal de maintenir une ligne de suspense grandissante. Celle-ci se révèle pourtant on ne peut plus familière. La petite bourgade d’Hawkins et l’Upside Down demeurent les terrains de jeu — eux aussi boursouflés — de cette saison située à l’automne 1987. La présence de l’armée et la mise en quarantaine ne sont que des instruments anecdotiques, incapables de soutenir un suspense trop inexistant pour convaincre.

C’est ici, hélas, que la nostalgie laisse place à la caricature. Malgré des enjeux supposément plus dramatiques autour de personnages aimés du public, ce premier volume en souffre concrètement. Si une tonalité plus sombre et effrayante est promise pour la suite, Stranger Things 5 est handicapée par une mise en place affreusement balisée. Son trop-plein de personnages réunis sur une même ligne narrative constitue l’une de ses principales faiblesses.

La série des frères Duffer peuvent bien mélanger les genres — de l’aventure fantastique à l’épouvante horrifique — sous une myriade d’effets spéciaux, sa formule déborde. Arrivée à mi-saison, le constat est lourd derrière cette fausse générosité rempli d’action. Et comme Netflix aime entretenir l’engouement en divisant ses grosses productions, les créateurs semblent avoir intégré ces coupures pour étirer artificiellement leur formule. Hélas.

VOL. 2

Ce second volume en est la preuve la plus significative : une extrême tempérance malgré un sens du spectacle qui se veut intact. Sous sa farandole d’effets spéciaux, cette dernière aventure perd encore en charme là où elle tente de gagner en profondeur. L’Upside Down semble avoir livré tous ses secrets, même lorsque la série enchaîne les révélations sous de larges concepts de fantastique et de science-fiction.

Stranger Things 5 subit de plein fouet l’ampleur de ses attentes — indéniablement incompatibles avec le contenu de ce final annoncé. Après une quatrième saison déjà colossale (et excessive), les créateurs pouvaient difficilement restreindre la durée de ces nouveaux épisodes, surtout après une pause aussi longue. Résultat : de nombreuses intrigues condensées, un lore sur-expliqué, souvent redondant, et une distribution trop vaste pour être pleinement exploitée.

Plus de deux heures après une première partie déjà très imparfaite, ce volume 2 tempère au point de manquer cruellement d’action. Cela a néanmoins le mérite de recentrer l’attention sur certains profils ou relations longtemps mis de côté — à l’instar de la superbe Max (Sadie Sink), ou de Will (Noah Schnapp), malgré un coup d’éclat à mi-saison et un caractère tourmenté devenu redondant à la longue. D’autres personnages, en revanche, brillent par leur faible exposition — et la liste est longue.

Il convient toutefois de souligner que la série n’est jamais réellement mauvaise. Mais compte tenu de son ampleur, de son succès et des enjeux financiers qui l’accompagnent, la saga démontre à l’approche de sa conclusion les limites de l’imagination de ses auteurs. En découle une prise de risque minimale, un engouement blasé et une redondance manifeste.

Final

Ce n’est donc pas sous les meilleurs auspices que s’ouvre ce grand final de plus de deux heures — certes plus court que celui de la saison précédente, mais accompagné d’un épilogue conséquent. Avec une dynamique de groupe plus unifiée que jamais, l’action se déploie enfin jusqu’à une confrontation attendue.

Néanmoins, ce final confirme douloureusement la direction prise précédemment : un déroulé d’intrigue qui assure le spectacle tout en émoussant ses propres outils. Beaucoup d’effets spéciaux grandioses, un univers lisible mais étonnamment creux, et très peu de frissons dans sa finalité.

Son double affrontement épique en est la preuve. La série atteint ici un gigantisme inédit, indéniablement spectaculaire, mais étrangement vain, faute d’impact émotionnel réel. À l’image de sa menace militaire incarnée par une Linda Hamilton introduite cette saison — burinée, mal coiffée, et purement décorative.

Sans dévoiler d’éléments clés, ce big final échoue à instaurer un véritable suspense pour le spectateur aguerri, notamment à cause d’une gestion trop encombrante de sa distribution. En revanche, l’épilogue, bien que mièvre, conclut de façon solennelle le destin des personnages — même si certains continuent de briller par leur manque d’intérêt.

Conclusion

Malgré tout, les frères Duffer concluent leur saga sous le signe central de l’amitié, accordant un respect logique à leurs figures héroïques majeures, tout en laissant planer une fin ouverte qui ravira les amateurs de contenus fantasmés.

Mais en s’achevant sur un happy end de grande ampleur, Stranger Things 5 révèle surtout le manque d’ambition de ses créateurs. À l’image des choix scénaristiques des dernières saisons — et peut-être de la saga tout entière — la série avance sans véritables prises de risques. Sa maturité n’est finalement que de façade, malgré des enfants devenus (presque) adultes.

Les showrunners privilégient ainsi une vision douce et cyclique de l’amitié plutôt qu’une conclusion plus amère. Cette dernière aventure en est la parfaite illustration, notamment avec le groupe d’enfants kidnappés mené par une Holly Wheeler (Nell Fisher, recastée pour l’occasion), qui vole paradoxalement la vedette à de nombreux personnages récurrents.

Personnellement, c’est avec une certaine déférence pour la saga que j’achève ce visionnage. Preuve qu’il manquait sans doute un véritable atout à Stranger Things pour être autre chose qu’un bel hommage à ses illustres sources d’inspirations.

EN DEUX MOTS : En voulant conclure Stranger Things par le spectacle et la démesure, les frères Duffer signent une saison finale visuellement conséquente mais très sage. Prisonnière de son succès, la série privilégie la sécurité émotionnelle et le fan-service à toute véritable prise de risque. Diluant en plus son impact dans une durée excessive et une narration surchargée. Malgré quelques fulgurances et une sincère volonté de clore les arcs de ses personnages, cette ultime saison peine à retrouver la magie et la spontanéité de ses débuts. Stranger Things s’achève ainsi comme elle a évolué : en large, mais sans réelle audace.

MA NOTE : 2.5/5


Points forts

  • Un sens du spectacle assez maîtrisé, avec une ampleur visuelle et un gigantisme rarement atteints pour une série.
  • Une production solide (effets spéciaux, mise en scène, ambition cinématographique).
  • Certains personnages encore bien exploités, notamment Max (Sadie Sink) et, dans une moindre mesure, Will.
  • Un épilogue solennel qui apporte une fermeture émotionnelle cohérente pour les figures principales.
  • Une cohérence thématique maintenue autour de l’amitié et du groupe, fidèle à l’ADN de la série.

Points faibles

  • Une durée excessive et un découpage en volumes qui étirent artificiellement la narration.
  • Une distribution devenue trop large, empêchant un traitement pertinent de nombreux personnages.
  • Une mise en place extrêmement balisée, sans véritable renouvellement du suspense.
  • Une nostalgie qui vire à la caricature, au détriment de la sincérité des débuts.
  • Un manque de prises de risques scénaristiques, notamment dans le traitement du final et de ses enjeux.
  • Un lore sur-expliqué et redondant, qui affaiblit le mystère de l’Upside Down.
  • Des antagonistes et menaces secondaires peu impactants, y compris l’arc militaire.
  • Un gigantisme spectaculaire mais émotionnellement creux, avec trop peu de frissons réels.
  • Une maturité de façade, qui ne se traduit pas par une évolution narrative vraiment profonde.

Les crédits

CRÉATEURS : Matt & Ross Duffer

AVEC: Millie B. Brown, David Harbour, Winona Ryder, Finn Wolfhard, Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin, Sadie Sink, Noah Schnapp,

Natalia Dyer, Charlie Heaton, Joe Keery, Maya Hawke, Brett Gelman, Priah Ferguson, Jamie Campbell Bower, Linda Hamilton, Cara Buono,

mais aussi : Linnea Berthelsen, Nell Fisher, Jake Connelly, Alex Breaux, Joe Chrest, Amybeth McNulty, Randy Havens (…)

ÉPISODES : 8 / Durée moyenne : 1h10 / DIFFUSION : 2025 / CHAÎNE : Netflix

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