
Tout juste deux ans après le succès tonitruant du premier film, Ça – Chapitre 2 apporte une conclusion de taille à l’adaptation du vaste roman éponyme de Stephen King. (qui fait d’ailleurs une apparition dans le film). Il s’agit d’une suite somme toute logique pour le studio, marquant le retour d’Andy Muschietti à la réalisation, tandis que Gary Dauberman se charge cette fois du scénario en solo. Ce dernier s’appuie sur un matériau toujours aussi conséquent et détaillé, même si cette suite retranspose désormais son aventure à notre époque.
27 ans après la victoire du Club des Ratés sur Grippe-Sou, le sinistre Clown est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour faire leur vie. Cependant, lorsqu’on signale de nouvelles disparitions d’enfants, Mike, le seul du groupe à être demeuré sur place, demande aux autres de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent maîtriser leurs peurs les plus enfouies pour anéantir Grippe-Sou une bonne fois pour toutes. Mais il leur faudra d’abord affronter le Clown, devenu plus dangereux que jamais…

Malgré un recasting de choix — et indispensable — pour mettre en scène nos héros devenus adultes, ce Chapitre 2 marque également le retour de la jeune distribution à travers quelques flashbacks inédits. Une continuité bienvenue et un ajout loin d’être inutile, même s’il alourdit l’ensemble, qui affiche une durée monstrueuse de 2h50. Son budget, lui, a presque triplé (80 millions de dollars, hors marketing), tandis que son succès fut plus mesuré, avec environ 450 millions de recettes mondiales.
Si ce second opus demeure une belle réussite, la différence reste notable comparée au premier volet. Ça – Chapitre 2 mérite-t-il pour autant cette déférence ? Absolument pas, notamment après un revisionnage tardif. Néanmoins, cette suite accumule certains défauts à l’écran et perd en chemin une partie du charme de son premier chapitre.

Un Club moins loose
Les peurs infantiles laissent ainsi place à une vision plus mature, mais au sein d’une formule étrangement familière. Une répétition qui s’additionne à un montage massif et à des figures adultes, naturellement moins attachantes, et ce malgré une distribution pourtant prometteuse.

Heureusement, vingt-sept ans après les événements traumatisants survenus à Derry, le Club des Ratés demeure en grande forme. Il n’en fallait pas moins pour (re)faire face à un Pennywise (Bill Skarsgård) toujours aussi fabuleux. Malgré une épouvante parfois flottante, ce second chapitre assure le spectacle, c’est indéniable.

Face au spectacle et face au clown, le casting s’enrichit ainsi de beaux noms et de visages de choix. Deux principalement : Jessica Chastain et James McAvoy, qui incarnent respectivement les figures féminine et masculine en tête du Club des Ratés. Si les cinq membres restants ne brillent pas de la même renommée, la distribution demeure un véritable atout de ce second chapitre, notamment grâce à l’alchimie évidente qui se dégage à l’écran. D’autant que le récit ne délaisse pas les parcours individuels, loin de là.

Un cauchemar cyclique
Encore une fois, humour et horreur trouvent un bel équilibre dans le récit, comme le démontrent les personnages de Richie (Bill Hader, toujours excellent) et d’Eddie (James Ransone, tristement disparu ce 19 décembre). Néanmoins, si sa partie horrifique — indispensable — fait preuve d’une générosité certaine dans sa transposition du roman à l’écran, accompagnée d’un gigantisme digne d’un blockbuster, son montage favorise davantage les longueurs. Sa structure répétitive étant largement en cause.
C’est là le principal défaut de cette nouvelle adaptation qui, bien qu’ayant probablement bénéficié d’une carte blanche (durée et budget à l’appui), s’enlise dans une seconde partie marquée par un ventre mou et un sentiment d’éternel recommencement. Ça – Chapitre 2 n’est jamais véritablement ennuyeux pour autant, malgré la multiplication des quêtes individuelles et des phases d’exposition plus longues que dans son prédécesseur. Mais ce sont aussi ses nombreuses similarités qui finissent par lui porter préjudice.

Qu’il s’agisse de sa fidélité à l’œuvre de Stephen King — gentiment édulcorée, mais respectée dans son esprit et son déroulement — de son horreur frontale, oscillant entre efficacité et excès grotesques, du Club des Ratés désormais plus homogène dans sa dynamique adulte, ou encore de ses thèmes de fond (l’âge adulte, la mémoire collective, les traumatismes, l’histoire de Derry et son mal cyclique), Ça – Chapitre 2 demeure d’une extrême familiarité.
Un constat qui fait à la fois office de gage de qualité, mais aussi d’un manque de prise de risque indéniable.

Conclusion
Dans sa finalité, la suite du succès horrifique s’apparente à une semi-déception, compte tenu des nombreux atouts à sa disposition : casting, budget et attente d’une conclusion épique.
Néanmoins, une fois passée cette légère amertume, ce second volet conserve une ampleur et une efficacité relatives, qui en font un film indéniablement plaisant. Une matière dont la série – Bienvenue à Derry – semble d’ailleurs parfaitement se nourrir avec le recul. La faim du clown, elle, ne semble décidément jamais rassasiée.
EN DEUX MOTS : Ça – Chapitre 2 conclut l’adaptation du roman de Stephen King avec une ampleur certaine, portée par un casting solide et une volonté assumée de spectacle. Si le film perd une partie du charme et de la spontanéité de son prédécesseur, notamment à cause d’une structure répétitive et d’une durée excessive, il conserve néanmoins une efficacité globale et une vraie générosité dans son approche. Trop familier pour pleinement marquer, mais jamais ennuyeux, ce second chapitre reste une proposition honorable, à la fois fidèle à l’esprit de l’œuvre et symptomatique d’un manque de prise de risque.
MA NOTE : 14/20

Points forts
- Casting adulte solide et bien choisi
- Bonne continuité avec le premier film (flashbacks inclus)
- Alchimie intacte du Club des Ratés
- Pennywise toujours marquant, porté par Bill Skarsgård
- Équilibre efficace entre humour et horreur
- Générosité visuelle et ambition de blockbuster
- Thématiques adultes intéressantes (mémoire, trauma, mal cyclique)
- Fidélité globale à l’esprit du roman de Stephen King
Points faibles
- Durée excessive et montage trop massif
- Structure répétitive (quêtes individuelles)
- Perte du charme et de la fraîcheur du premier chapitre
- Figures adultes moins attachantes que leurs versions enfantines
- Manque de prise de risque formelle et narrative
- Trop grande familiarité avec le premier film
- Quelques longueurs nuisant au rythme
Les crédits
RÉALISATION : Andy Muschietti / SCÉNARIO : Gary Dauberman
AVEC : James McAvoy & Jessica Chastain, Isaiah Mustafa, Bill Hader, Jay Ryan, James Ransone, Andy Bean, et Bill Skarsgård,
mais aussi : Teach Grant, Jaeden Martell, Finn Wolfhard, Sophia Lillis, Jack Dylan Grazer, Jeremy Ray Taylor, Chosen Jacobs, Wyatt Oleff (…)
SORTIE (France) : 11 Sept. 2019 / DURÉE : 2h50