
Voilà 10 ans que l’on attendait le retour de Na Hong-jin après le brutal The Strangers en 2016. En seulement 3 films, ce prodige de la nouvelle vague sud-coréenne aura traversé les genres noirs avec brio, passant du récit policier au thriller, avec tout de même des accents fantastiques et d’épouvante pour son dernier film. Plus tranché dans ses propositions, il revient cette fois avec une nouvelle œuvre-monstre de presque 2h40, qui reprend un mélange des genres encore plus ambitieux.
Bien qu’il soit reparti bredouille du dernier festival de Cannes après avoir été présenté en compétition, HOPE a tout de même reçu une ovation de taille et des retours critiques très positifs. C’est d’autant plus rare avec une proposition de genre de cet acabit, même si celle-ci demeure hors norme pour le cinéma coréen.

Et pour cause, en embrassant un fort postulat de science-fiction, Hope use d’effets techniques et visuels conséquents, notamment dans l’exploitation savamment orchestrée de son environnement urbain. Avec un budget annoncé de 46 millions USD et au vu du résultat fourni à l’écran, cette proposition et ce mélange des genres semblent légitimes. D’autant que le film emploie également quelques acteurs hollywoodiens pour compléter sa distribution.
Les renforts sont partis maîtriser des feux de forêt et toutes les communications sont coupées.
Au poste de police de Hope, Bum-seok et Sung-ae se démènent pour défendre leur village à la population vieillissante.
Pendant ce temps, Sung-ki et ses amis partent à la poursuite de la bête dans la montagne mais se retrouvent eux-mêmes pris pour cible. Le malheur émane de l’ignorance. Après des avis divergents, il se transforme en une catastrophe qui touche l’univers entier.
Dans l’état, et outre cette ambition qui s’annonce à double tranchant, Hope se révèle bel et bien comme une œuvre-monstre. Un film de monstre, mais également un monstre d’ambition, par son hybridation des genres et l’énergie qu’il propose. Imparfait mais voracement généreux, notamment lorsqu’il est atteint de la frénésie qui rappelle à quel point le cinéma coréen peut voler haut.

Invasion de zinzin (de l’espace)
Habitué à joué avec le suspense, Na Hong-jin ouvre son film comme une œuvre policière légère et presque douce (malgré son idée de menace bestiale). Son idée est de poser autant son décor — sa ville côtière, sa campagne, ses forêts — que son atmosphère, dans le calme avant qu’ils ne soient déchirés par un chaos sans nom. Une idée tout aussi réussie que son univers, qui se compose d’individus lambda semblant à la fois dépassés par les événements et inconscients de la menace qui les guette.
Cette force du ridicule sera naturellement très présente tout au long du film, comme régulièrement dans les œuvres coréennes, et nuancera d’autant plus la gravité de cette invasion extraterrestre/chasse au monstre. Ce choc entre la normalité et l’extraordinaire a d’autant plus de poids ici puisque le réalisateur (et scénariste) place son action dans un contexte atypique. À savoir un village portuaire isolé, près de la zone démilitarisée entre les deux Corées, à une époque presque hors du temps.

Son récit va lui aussi jouer sur une notion de temps importante. Celle de son montage, astronomique mais utile. Grossièrement découpé en deux parties, séparées par une fausse accalmie instructive, le cinéaste va tout d’abord suggérer la peur, invisible durant un long moment, dans une chasse urbaine chaotique mais d’une magnifique lisibilité.
Dans cette première course-poursuite complètement folle, le metteur en scène va ainsi s’amuser à utiliser son décor comme un personnage à part entière. Modulable, destructible, fait de couloirs, de failles, de lignes et de raccourcis, il abrite à la fois la menace tout en la confinant.
Na Hong-jin offre alors à ses interprètes de formidables moments de bravoure. Hwang Jung-min et Jung Ho-yeon dans un premier temps, puis Zo In-sung plus tard, dans une cavalcade effrénée.

Grâce et frénésie extraterrestre. En forêt
Hope, c’est avant tout un grand film d’action et de science-fiction. Ce faisant, le cinéaste s’approprie les codes du genre pour un exercice bien plus ambitieux et surtout durable. Si quelques faiblesses techniques sont visibles dans ses animations (moins dans ses décors forestiers), Hope les gomme aussi sec dans cette démonstration frénétique quasiment infatigable.
À mesure que le film avance et que le cinéaste étaye sa mythologie SF, il prépare alors son nouveau terrain de chasse pour une suite presque aussi réussie. En révélant ses mystérieuses créatures au grand jour, incarnées par ses acteurs internationaux — dont on peut discerner les visages (et les voix, malgré le dialecte extraterrestre) de Michael Fassbender et Alicia Vikander —, le réalisateur donne clairement à boire et à manger à son auditoire.

Mais hormis cette proposition de science-fiction aussi radicale que critiquable dans sa forme, Hope dévoile deux nouveaux grands moments d’action frénétique. Une fois encore, le metteur en scène quantifie habilement l’échelle de différence des forces entre les êtres terrestres et extraterrestres. Avec un sentiment de puissance salvateur pour ceux venus d’ailleurs. On pourra regretter ici, d’ailleurs, quelques mises à mort un peu sages, qui auraient mérité autant d’énergie que ses courses-poursuites furieuses. Et ce, malgré quelques embardées gore fugaces.

Néanmoins, difficile de bouder son plaisir devant tant de virtuosité artistique, avec des moments de bravoure toujours aussi intenses. (Notamment à dos de canasson.) Sa dernière cavalcade de plusieurs kilomètres, qui mélange merveilleusement tous ses ingrédients d’action, en est l’ultime accomplissement, technique comme pyrotechnique. Et qui plus est, quand Hope nous plonge de façon surprenante dans une dimension cosmique et catastrophe à l’échelle démultipliée. Assurément du grand spectacle qui n’a rien à envier aux blockbusters hollywoodiens trop souvent désincarnés.

Conclusion
De fait, après 2h40 d’une rare intensité, Hope s’achève brutalement. Preuve de son ambition démesurée. Démesurée, mais pas biaisée pour autant, puisque le résultat ne s’invente pas, tant il peut s’avérer ancré dans nos rétines de cinéphiles. Un monstre de cinéma, hybride et fou furieux.
EN DEUX MOTS : Na Hong-jin signe ainsi un retour aussi radical que spectaculaire, porté par une ambition dévorante et une générosité presque déraisonnable. Malgré ses imperfections techniques et quelques limites dans ses excès, Hope demeure une expérience de cinéma furieuse, imprévisible et viscéralement immersive. Un grand spectacle monstrueux qui rappelle, une fois encore, toute la singularité et la puissance du cinéma sud-coréen.

MA NOTE : 17/20

👍 Points forts
- Le retour ambitieux de Na Hong-jin, dix ans après The Strangers.
- Une hybridation des genres audacieuse, entre thriller policier, science-fiction, horreur et action catastrophe.
- Une mise en scène frénétique et virtuose, notamment dans les courses-poursuites.
- Un environnement urbain et forestier exploité avec intelligence, presque comme un personnage.
- Une distribution internationale convaincante, avec Hwang Jung-min, Jung Ho-yeon, Michael Fassbender et Alicia Vikander.
- Des séquences d’action spectaculaires, dont une cavalcade finale particulièrement impressionnante.
- Une générosité démesurée, qui fait de Hope une expérience de cinéma hors norme.
👎 Points faibles
- Quelques faiblesses dans les effets numériques, notamment dans les animations.
- Des mises à mort parfois trop sages, au regard de la frénésie générale.
- Une proposition de science-fiction radicale, qui pourra diviser par ses choix narratifs et visuels.
- Une ambition parfois excessive, qui privilégie le spectacle au détriment de certaines nuances.
Les crédits
RÉALISATION & SCÉNARIO : Na Hong-jin
AVEC : Hwang Jung-min, Zo In-sung, Jung Ho-yeon, mais aussi : Taylor Russell, Cameron Britton, avec Alicia Vikander, et Michael Fassbender (…)
SORTIE (France) : 28 Oct. 2026 / DURÉE : 2h37