
Avant-propos : Nous voici déjà arrivés à la moitié de cette troisième saison de House of the Dragon. Après un début de saison dense et intense, suivi de deux épisodes qui calmaient le jeu tout en installant de nouveaux enjeux, le spin-off entame sa seconde moitié, que l’on espère aussi relevée que la première.
Une chose est sûre : la guerre continue de faire rage et de laisser derrière elle son lot de ravages dans cette Danse des Dragons endiablée, tandis que la politique n’épargne personne au sein du royaume, peu importe qui porte la couronne. Néanmoins, après un quatrième épisode plus mesuré dans son déroulement, il aurait été dommage que la série s’enferme dans cette dynamique au risque d’imposer un véritable ventre mou après une si belle mise en matière.
Résultat ? Ce cinquième épisode s’inscrit globalement dans la continuité de son prédécesseur. Heureusement, contrairement à ce dernier, il parvient à bien mieux rendre hommage aux seconds couteaux de son histoire. D’autant qu’à mesure que la saison avance, toute forme de rédemption semble peu à peu compromise.

ÉPISODE 5 : UNBOWED AND UNBENT
En reprenant partiellement la devise de la maison Martell pour en faire son titre, Unbowed and Unbent insiste presque sur sa partie manquante : Unbroken. Une absence loin d’être anodine tant elle reflète l’état physique comme mental de personnages désormais profondément meurtris. Ce parallèle s’applique à une grande partie des protagonistes de cette Danse, qui consume aussi bien la dévotion que les ambitions dévorantes ou la simple innocence.
Pour mettre en lumière ces destins, masculins comme féminins, c’est un nouveau duo de femmes qui officie derrière la caméra. Philippa Goslett signe le scénario après une solide expérience en coulisses, tandis que Nina Lopez-Corrado, réalisatrice chevronnée du petit écran, assure la mise en scène. On lui devait notamment le final de la dernière saison de The Last of Us, déjà sur HBO.

Cette seconde moitié de saison prend des allures d’épisode de transition, certes plus modeste, mais qui a le mérite de nourrir de nombreuses intrigues secondaires lancées depuis plusieurs semaines. Si certains personnages demeurent encore sur la touche, HotD continue de démontrer la richesse de sa distribution et l’ampleur de son conflit grâce à des éclairages judicieux.
La série dépeint également avec pragmatisme la fin annoncée de toute chose, à travers une lente pente glissante qui mène inévitablement vers un brasier toujours plus ardent. À ce titre, ses personnages féminins brillent une nouvelle fois grâce à un regard particulièrement juste porté sur leur condition, naturellement biaisée par les règles de ce monde.

Fenêtre sur cour… corde raide
Qu’ils soient muselés, prisonniers, alités, parias ou laissés pour compte, nos anti-héros s’accrochent à ce qu’ils peuvent pour avancer, quitte à se mettre leur entourage à dos. Ce cinquième épisode resserre encore davantage les différents points de rupture qui menacent les deux camps, même s’il manque parfois d’éclat pour réellement marquer les esprits. Avec une nouvelle heure bien remplie et un montage alternant efficacement les différentes sous-intrigues, Unbowed and Unbent conserve néanmoins une belle générosité.

Après une première moitié de saison largement centrée sur la reine Rhaenyra (Emma D’Arcy), cette suite a l’intelligence de prendre davantage de recul afin d’explorer son entourage comme ses adversaires. Le couple royal continue de se fissurer malgré une apparente unité, tandis que Daemon (Matt Smith) démontre une fois encore autant son charisme que sa profonde nature de sociopathe. Un temps d’écran conséquent lui est consacré dans un jeu du chat et de la souris particulièrement macabre.

Ironiquement, après les errances répétitives de la saison 2 à Harrenhal, le château maudit fait désormais office de douloureuse convalescence pour Aemond (Ewan Mitchell), enfin de retour après deux épisodes d’absence. Heureusement, la saison étant déjà bien avancée, ce piège narratif ne devrait pas se reproduire. D’autant que le jeu de miroirs entre les deux personnages demeure toujours aussi fascinant dans sa finalité. En son centre, la sorcière Alys Rivers (Gayle Rankin) continue d’insuffler une dimension fantastique aussi intrigante qu’efficace. Pour quel dessein ? Le mystère demeure entier.

Privé de véritables combattants offensifs, mis en déroute ou tout simplement trop affaibli pour riposter, le Camp Vert fait pâle figure. Et pourtant… Le nouvel arrivant Hightower (James Norton), aussi charmeur qu’imprévisible, le démontre lors d’une scène clé : même diminué, un adversaire reste dangereux dès lors qu’il fait preuve d’intelligence.

Paroles d’estropié, d’avorté ou d’égocentrique
Les notions d’honneur ou de chevalerie paraissent bien relatives à ce stade de la guerre. La série démontre que la victoire s’obtient désormais davantage par la ruse, la manipulation et le jeu politique que par les armes. Après plusieurs épisodes en retrait, les errances de Ser Criston Cole (Fabien Frankel) débouchent enfin sur des éléments concrets. Plus surprenant encore, l’ancien amant déchu de deux reines parvient à se montrer encore plus irascible qu’auparavant.

Cette posture quasi suicidaire, dictée par un profond égocentrisme, laisse finalement peu de place au doute quant à son issue, même si l’on peut s’interroger sur le nombre de victimes qu’il entraînera dans sa chute.

Les désillusions sont nombreuses à ce stade de la partie, et le calvaire de notre duo boiteux atteint ici un véritable point de bascule lorsque Larys (Matthew Needham) assène enfin ses quatre vérités à l’abominable créature qu’a toujours été Aegon (Tom Glynn-Carney).

Au-delà des ambitions retrouvées de Tyland Lannister (Jefferson Hall), le profil d’Aegon continue également d’agiter le récit à distance avec la découverte de la grossesse d’Helaena (Phia Saban). Déjà passionnante, sa décision de refuser clairement l’avortement creuse un fossé encore plus profond avec sa mère (Olivia Cooke), laquelle profite de ces quelques scènes pour retrouver une véritable importance après plusieurs épisodes plus discrets.

Ce duo féminin demeure d’ailleurs l’un des plus solides de la série. Il place enfin Mysaria (Sonoya Mizuno) dans une position plus inconfortable, même si le personnage peine encore à véritablement s’imposer malgré un temps d’écran en hausse.

Conclusion
Au terme de son visionnage, Unbowed and Unbent parvient même à instaurer une forme de suspense, fait relativement rare dans la saga, alors même que l’épisode demeure avare en véritables rebondissements. Une bonne nouvelle, tant ce ventre mou de mi-saison semble déjà reprendre des couleurs avant de risquer l’essoufflement.

Quelques destins restent particulièrement prometteurs, à commencer par celui du tandem de dragonniers formé par Baela (Bethany Antonia) et Addam (Clinton Liberty), encore trop en retrait malgré des enjeux dramatiques de plus en plus passionnants.
Pour le reste, ce cinquième épisode ne fait finalement que renforcer l’attente d’un nouveau coup d’éclat, sans parvenir à subjuguer narrativement comme les plus grands chapitres de la série.

Malgré ce léger manque d’impact, House of the Dragon continue de faire preuve d’une remarquable maîtrise dans sa construction des personnages et de son univers. Si cette patience finit par être récompensée dans les derniers épisodes, cette troisième saison pourrait bien confirmer que ses plus grandes forces résident moins dans ses batailles que dans la lente décomposition morale de tous ceux qui prétendent encore pouvoir survivre à cette guerre.
✅ Points forts de l’épisode
- Une meilleure mise en avant des personnages secondaires.
- Une écriture toujours aussi solide des intrigues politiques.
- Le développement d’Aemond et son parallèle avec Daemon.
- Le retour en grâce d’Alicent et de sa relation avec Helaena.
- La confrontation entre Larys Strong et Aegon, particulièrement utile.
- Un suspense inhabituel pour la franchise en fin d’épisode.
- La richesse de la distribution et la multiplication des points de vue.
- Le traitement toujours pertinent des personnages féminins.
❌ Points faibles de l’épisode
- Un nouvel épisode de transition qui manque de véritables rebondissements.
- Un rythme parfois trop mesuré, proche du ventre mou de mi-saison.
- Des personnages encore laissés en retrait, notamment Baela et Addam.
- Mysaria qui peine toujours à s’imposer malgré un rôle plus important.
- Un impact émotionnel inférieur aux meilleurs épisodes de la saison.
- Des enjeux qui restent davantage préparatoires qu’explosifs.
NOTE :

Les crédits
RÉALISATION : Nina Lopez-Corrado / SCÉNARIO : Philippa Goslett
DIFFUSION (France) : 20 Juillet 2026 / DURÉE : 1h03