
Avant-propos : En trois épisodes, cette saison 3 a su broder de grands moments sur sa fresque évolutive. Le nerf de la guerre s’est légèrement tamisé, mais, déjà arrivé au carrefour de la mi-saison, House of the Dragon prépare de nouvelles hostilités. Avant un éclatement — et sans doute quelques twists dramatiques — qui devraient surgir avant son final, le spin-off continue d’étendre plusieurs destins secondaires et leur offre un éclairage bienvenu.
L’intimité accordée à Rhaenyra (Emma D’Arcy) dans l’épisode précédent laisse place à un ballet plus général, articulé autour de nombreuses intrigues. Sauf qu’en multipliant les points de vue et via un montage plus épars, la série perd en intensité et se révèle un peu plus sage. Rien de dramatique, mais il s’agit de la première fausse note de la douce mélodie que nous joue jusqu’ici cette troisième salve.
Port-Réal n’est donc plus l’unique terrain de jeu (et c’est tant mieux), et l’on pouvait enfin espérer que la série rende hommage à plusieurs personnages secondaires fascinants de son univers. Chose faite ? En partie seulement, tant l’exercice manque cette fois de mordant.

ÉPISODE 4 : TUMBLETON
Avant le cap symbolique de la mi-saison, House of the Dragon lève enfin le voile sur un nouveau joueur de la partie. Jusqu’alors cantonné à deux scènes aussi conséquentes que fugaces, Ormund Hightower (James Norton) semblait déjà annoncer de futurs bouleversements. C’est donc sous un nouveau jour, et dans un nouveau lieu qui donne son nom à l’épisode, que ce quatrième chapitre dévoile réellement les intentions de ce protagoniste inédit.
« Tumbleton » (ou Chutebourg dans sa version française) a l’atout de proposer une dynamique bien plus chorale que l’épisode précédent. Pour sa troisième réalisation consécutive cette saison, Clare Kilner pose sa caméra dans plusieurs lieux, dont cette petite cité marchande située au sud de la capitale. Très vite, la charmante bourgade lumineuse, au charme méditerranéen, se dénature sous le poids de l’occupation militaire. Une vision qui s’avère essentielle au double portrait dressé par cet épisode.

Cette fois, c’est le scénariste aguerri David Hancock qui en tisse les grandes coutures, tandis que plusieurs destins commencent réellement à s’entrechoquer. C’est notamment le cas de Kat (Ellora Torchia), l’épouse esseulée d’Hugh (Kieran Bew) Le Marteau, récemment adoubé chevalier de la Couronne. Une évolution qui pourrait toujours plus renforcer la place du petit peuple, toujours écrasé par les ambitions des seigneurs.

L’opposition des classes demeure d’ailleurs un des fils rouges de l’épisode, tout comme les désillusions de certains personnages guidés par leur foi. Cette croyance reste au cœur de la série et pourrait bien précipiter plusieurs catastrophes. En attendant, durant une nouvelle heure bien garnie, HotD déroule sagement son récit avant un affrontement qui ne saurait tarder.
Petits gens, grands destins. Grandes personnes, pelleteurs de merde.
Harrenhal, les Eyrié, Repos-des-Freux, Port-Réal et, évidemment, Chutebourg élargissent encore le terrain de jeu du spin-off. Nouveaux décors, anciens lieux revisités ou créations entièrement inédites : le résultat s’avère globalement convaincant, d’autant que certains environnements sont entièrement recréés pour la série. La conception de Chutebourg impressionne notamment par son ampleur. Même constat pour les Eyrié, que l’on redécouvre enfin de l’intérieur depuis Game of Thrones, ou pour plusieurs champs de bataille désormais ravagés.

Dans ce contexte, la petite quête de nos deux estropiés (Tom Glynn-Carney et Matthew Needham) convainc davantage par le regard qu’elle porte sur ces deux profils antipathiques que par son suspense. Une nouvelle fois, c’est la richesse de la distribution et la qualité de ses interprètes qui font la différence. Malgré quelques défauts, ce quatrième épisode continue de s’appuyer sur cette composante.

Bien que de nombreux destins demeurent encore en retrait, la série commence à dessiner des perspectives intéressantes. Alys Rivers (Gayle Rankin) reste, à mes yeux, l’un des personnages secondaires les plus fascinants malgré son faible temps d’écran, tout comme Helaena (Phia Saban), prisonnière de sa position autant que de son esprit tourmenté.

Pour d’autres, en revanche, la série se montre encore trop avare en éléments concrets pour réellement les faire exister. Un paradoxe tant certains possèdent une présence indéniable ou des nuances qui rappellent la richesse de la série mère. C’est aujourd’hui le cas d’Ulf le Blanc (Tom Bennett), aussi agaçant que puéril, habitué des tavernes dont le destin pourrait finalement se révéler aussi surprenant que son ascension sociale.

Small affair
Pourtant, même en faisant évoluer sa formule à un moment charnière de la saison, celle-ci ne semble pas exploiter pleinement les cartes qu’elle s’est elle-même distribuées. Si Alicent (Olivia Cooke) passe assez naturellement au second plan après l’avènement de Rhaenyra, c’est surtout le nouvel entourage de la reine qui peine encore à trouver sa véritable place.

Mysaria (Sonoya Mizuno) manque de coups d’éclat malgré son parcours jusqu’au conseil restreint ; Alyn (Abubakar Salim) peine à imposer la détermination née de la bataille du Gosier ; son frère reste toujours aux abonnés absents ; la détresse d’Hugh demeure encore trop peu développée ; le Grand Mestre Orwyle (Kurt Egyiawan) conserve une présence appréciable malgré son changement de gouvernement, mais sans véritable intérêt ; tandis que le nouveau Grand Argentier Manderly (Dan Fogler, toujours impeccable) n’effectue qu’une apparition aussi brève que lors de son intronisation.

Pour autant, Tumbleton offre plusieurs solides séquences narratives qui dialoguent subtilement entre elles. C’est le cas du face-à-face entre Daemon (Matt Smith) et sa fille Rhaena (Phoebe Campbell), volontairement exilée dans le Val, mais aussi de la relation entre Ormund et son pupille Daeron (Benjamin Evan Ainsworth), fondée sur une éducation aussi rigoureuse que cruelle.

Dans le premier cas, il est aussi rare que réjouissant de voir le sanguinaire Targaryen déstabilisé par le destin tourmenté de sa fille. Matt Smith prouve une nouvelle fois qu’il est capable de tout jouer avec une remarquable justesse, tandis que les conséquences de son mensonge restent encore à mesurer sur la quête de justice de Rhaenyra.

Dans le second, le jeune Daeron, dernier fils d’Alicent, partagé entre son héritage Targaryen et son éducation Hightower, s’impose déjà comme une pièce essentielle pour la suite de la saison.

Conclusion
Ainsi, malgré une continuité plus sage, le dernier plan de l’épisode démontre que de nouvelles hostilités frappent déjà à la porte. En avançant ses pièces sans véritable coup d’éclat, House of the Dragon traverse une légère baisse de régime, pardonnable à condition de mieux valoriser son impressionnante galerie de personnages secondaires dans les semaines à venir.

En attendant, Tumbleton réussit à introduire de manière convaincante son nouvel antagoniste, aussi raffiné que charmeur, avec une instabilité qui intrigue déjà. Quant à Daeron, à peine présenté depuis la reprise de la saison, il m’a davantage convaincu grâce à une caractérisation prometteuse, faisant de lui un prolongement évident d’Alicent autant dans son apparence que dans son rôle d’instrument politique.

Au final, cet épisode ressemble davantage à une vaste phase de repositionnement qu’à un véritable tournant narratif. Moins percutant que ses prédécesseurs, il n’en demeure pas moins indispensable pour préparer les affrontements à venir. Si cette accalmie laisse parfois une impression d’inachevé, elle entretient malgré tout une attente grandissante : celle de voir tous ces destins enfin converger lorsque la guerre reprendra pleinement ses droits.
✅ Points forts de l’épisode
- L’élargissement du monde avec de nouveaux lieux (Chutebourg, les Eyrié, etc.).
- Une direction artistique et les décors solides, notamment Chutebourg.
- L’introduction réussie d’Ormund Hightower.
- Une structure chorale qui enrichit l’univers.
- Les thématiques sociales (petit peuple, classes, foi) toujours pertinentes.
- Les performances des acteurs, particulièrement Matt Smith, James Norton et Benjamin Evan Ainsworth.
- Le développement prometteur de Daeron.
- Les personnages d’Alys Rivers et Helaena, toujours aussi intrigants.
- La diversité des intrigues qui prépare efficacement la seconde moitié de saison.
- Le dernier plan, qui annonce une montée des tensions.
❌ Points faibles de l’épisode
- Un épisode plus sage qui manque d’intensité, un mordant moindre par rapport aux trois premiers épisodes.
- Un montage parfois trop fragmenté.
- Plusieurs personnages secondaires restent sous-exploités (Mysaria, Alyn, Addam, Hugh, Orwyle, Manderly…).
- Certains arcs stagnent malgré leur potentiel.
- Peu de véritables coups d’éclat narratifs.
- Un suspense relativement faible autour de certaines intrigues (notamment celle d’Aegon et Larys).
- Une sensation de transition plus que d’événement.
NOTE :

Les crédits
RÉALISATION : Clare Kilner / SCÉNARIO : David Hancock
DIFFUSION (France) : 13 Juillet 2026 / DURÉE : 1h02mn