
Seulement un an après la sixième et dernière saison de The Handmaid’s Tale, Hulu poursuit l’expansion de son univers dystopique avec The Testaments. Davantage suite qu’un véritable spin-off de la renommée saga, cette continuité apparaît somme toute logique puisqu’elle adapte un roman de Margaret Atwood publié en 2019. Pour autant, peu avant la diffusion de son final, la série a déjà été renouvelée pour une seconde saison et opère déjà quelques changements vis-à-vis de son matériau d’origine.
Suite de « The Handmaid’s Tale » se déroulant quinze ans plus tard et suivant une nouvelle génération de jeunes femmes aux prises avec l’avenir sombre qui les attend. Agnes, pieuse et dévouée, et Daisy, une nouvelle venue, découvrent les règles impitoyables en vigueur. Toutes deux rejoignent la prestigieuse école de Tante Lydia, un établissement où l’obéissance est imposée de façon brutale au nom d’une soi-disant morale divine. Leur rencontre va bouleverser leur vie et devenir le moteur d’un profond changement, remettant en question leur passé, leur présent et leur avenir.
Adaptation du roman « The Testaments », de Margaret Atwood.

Le cœur de la saga demeure malgré quelques changements conséquents. Intimement féministe, le show est de nouveau piloté par Bruce Miller, qui confie toutefois le gros de l’écriture à une batterie de scénaristes. Sa plus grande différence réside dans son changement de point de vue, puisque The Testaments s’intéresse davantage à l’éducation idéologique et à l’endoctrinement d’une nouvelle génération de jeunes filles nées à Gilead. Principalement, car la série va rapidement renouer avec certains aspects de son aînée.
Si The Handmaid’s Tale racontait la survie au sein d’un régime totalitaire, cette suite use d’une double casquette grâce à son double point de vue. Ainsi, si l’étoile montante Chase Infiniti (qui a brillé dans le dernier film de Paul Thomas Anderson) incarne le visage de l’innocence pieuse, son homologue Lucy Halliday révèle un caractère plus hérétique, étrangement familier à celui d’une certaine June (Elisabeth Moss), l’héroïne de la série originale.
Des connexions qui ne sont jamais anodines compte tenu des choix scénaristiques de cette suite, laquelle fait justement revenir de façon récurrente l’ambigu personnage de Tante Lydia (Ann Dowd) à l’écran. Pour autant, en ne s’émancipant que partiellement de son influent modèle, The Testaments parvient-elle à trouver son propre regard au sein de son riche univers ? Également partiellement.

Bénie soit-elle(s)
Même si le retour de la saga paraît un peu précoce, le souvenir du tiède final de The Handmaid’s Tale peut nous convaincre de son intérêt. Avec un visage de jeunesse comme moteur du changement, et qui plus est dans les arcanes mêmes d’un régime totalitaire, The Testaments dispose d’un potentiel indéniable. Un virage qui permet de mettre davantage l’accent sur la notion de consentement, la sororité ou encore la rébellion adolescente.
Outre ses deux têtes d’affiche, la série étaye son propos à travers de multiples profils féminins — qu’elles soient élèves, épouses, tantes ou même marthas. Toutefois, cette richesse s’avère inégale puisque l’intrigue ne traite pas équitablement ses personnages, certains rôles demeurant purement fonctionnels. On peut néanmoins apprécier plusieurs prestations et profils plus fouillés, tels que Shu (Rowan Blanchard) ou Becka (Mattea Conforti), qui permettent d’étendre son sujet à différentes problématiques.

Paradoxalement, le retour d’Ann Dowd demeure assez complaisant au vu du parcours biaisé de son personnage. Mais aussi parce qu’il s’agissait déjà de l’une des figures les plus complexes de la précédente série. Cette continuité sert finalement à mettre en place un nouveau protagoniste dans la même veine sous les traits de Mabel Li, qui incarne la jeune, complexe et relativement insondable Tante Vidala.
Les similarités ne s’arrêtent pas là puisque le seul personnage masculin véritablement mis en avant (Brad Alexander) renvoie quant à lui à une figure déjà familière de la saga. À travers sa duplicité et le rôle de possible échappatoire qu’il incarne au sein du régime, il rappelle certains archétypes masculins déjà explorés dans The Handmaid’s Tale.
Subsiste alors le parcours d’Agnes, qui découvre progressivement les contradictions de ce même régime. Une trajectoire initiatique qui sert d’éveil existentiel face à la menace de l’endoctrinement.

Purple Rain
Parallèlement, et sous une voix-off modulable selon le point de vue adopté, The Testaments apporte un regard critique immédiat et familier au public via la nouvelle venue Daisy. Bien développée sur la longueur, son personnage souffre cependant des mêmes failles qui caractérisaient June dans les dernières saisons de The Handmaid’s Tale, rendant parfois son comportement agaçant.
Sa présence demeure néanmoins un catalyseur indispensable à l’histoire, qui avance de façon pragmatique dans sa composition, même si le tout s’avère handicapé par un rythme lent. Certes, cette première saison se compose de dix épisodes, mais leur durée excède rarement les quarante-cinq minutes. C’est d’autant plus dommageable que la série ne parvient que trop rarement à tirer parti de son format pour insuffler une véritable once de malaise ou d’intensité à l’écran.

Plus largement, on pourrait supposer que ce rythme permet d’accroître le développement psychologique des personnages. Dans les faits, c’est le cas — comme le prouve ce flashback de mi-saison centré sur Lydia — même si l’on aurait pu espérer davantage de rebondissements sur la durée.
Avant d’aborder une fin de saison plus soutenue, il convient également d’observer à quel point The Testaments s’appuie sur la même sobriété visuelle que son aînée. Épurée dans son ensemble, malgré des codes couleurs indélébiles (le violet succède au bordeaux), la série dispose d’une photographie austère — à l’instar du régime qu’elle dépeint — malgré la richesse de son architecture ou l’opulence de Gilead. Hélas, ce contraste demeure identique à celui de sa devancière et manque lui aussi d’émancipation, notamment après une ellipse aussi conséquente entre le début de la saga et cette adaptation.

Conclusion
Ainsi, tout comme ses jeunes héroïnes, cette première saison peine à s’extraire des chaînes qui la maintiennent en place. Un manque de prise de risque principalement dû à une tonalité plus douce — alors que le calvaire d’une nouvelle génération aurait pu se révéler plus percutant à l’écran, comme Euphoria l’a prouvé lors de ses deux premières saisons — ainsi qu’à un sentiment de déjà-vu autour de thèmes largement explorés par le passé.
Heureusement, sa réflexion sur l’endoctrinement et l’éducation radicale, ainsi que ses nouveaux points de vue, gomment quelque peu son manque de tension et une galerie de protagonistes inégale. De plus, ses deux derniers chapitres révèlent que cette nouvelle série peut se montrer percutante lorsqu’elle s’en donne les moyens. Sans révolutionner le genre, The Testaments pose quelques bases solides pour sa saison 2, qui, espérons-le, saura accroître son suspense tout en tirant pleinement parti de sa nouvelle génération.
EN DEUX MOTS : Entre héritage assumé et désir d’émancipation, The Testaments livre une première saison intéressante mais inégale. Une suite qui pose des bases convaincantes sans encore parvenir à s’affranchir totalement de l’ombre imposante de The Handmaid’s Tale.
MA NOTE : 14/20

👍 Points forts
- La réflexion sur l’endoctrinement et l’éducation idéologique au sein de Gilead.
- Le changement de perspective avec une nouvelle génération née dans le régime.
- Le parcours initiatique d’Agnes et sa découverte progressive des contradictions du système.
- La dynamique entre les différentes jeunes héroïnes.
- Des personnages secondaires féminins parfois très intéressants (Becka, Shu, Tante Vidala).
- Les prestations de Chase Infiniti, Lucy Halliday, Mattea Conforti et Mabel Li.
- La continuité thématique avec The Handmaid’s Tale sans renier l’univers existant.
- Une fin de saison plus intense qui démontre le potentiel de la série.
- Une direction artistique toujours soignée et immédiatement identifiable.
👎 Points faibles
- Une difficulté persistante à s’émanciper de l’ombre de The Handmaid’s Tale.
- Un rythme souvent trop lent au regard de la durée relativement courte des épisodes.
- Un manque de tension et de malaise comparé à la série originale.
- Une mise en place parfois excessive au détriment des rebondissements.
- Certains rôles qui semblent davantage fonctionnels que réellement incarnés.
- Un retour de Tante Lydia parfois complaisant au regard de son parcours précédent.
- Une tonalité plus douce qui atténue parfois la portée dramatique du récit.
Les crédits
CRÉATEUR : Bruce Miller
AVEC : Chase Infiniti, Lucy Halliday, Mabel Li, Brad Alexander, Rowan Blanchard, Isolde Ardies, Mattea Conforti, Zarrin Darnell-Martin, Eva Foote, Kira Guloien, Schechinah Mpumlwana, Birva Pandya,
avec Amy Seimetz, et Ann Dowd, mais aussi : Nate Corddry, Charlie Carrick, Reed Diamond, specials guest stars : Amanda Brugel, et Elisabeth Moss (…)
ÉPISODES : 10 (Durée moyenne : 42mn) / DIFFUSION : 2026 / CHAÎNE : Hulu