
En juin dernier, le célèbre réalisateur britannique Danny Boyle ressuscitait sa saga horrifique avec 28 Ans Plus Tard. Un troisième volet scandaleusement imparfait, mais galvanisant. Une déception excitante toutefois, et surtout une nouvelle expérimentation de mise en scène, accompagnée de la promesse d’une trilogie écrite par Alex Garland.
Sept mois plus tard, un deuxième volet voit donc le jour sous la direction de la remarquée Nia DaCosta (à qui l’on doit le remake de Candyman), tandis que cette suite se déroule dans la pure continuité du film précédent. Il existe pourtant autant un parallèle qu’une dissociation entre les deux œuvres.
En premier lieu, cette suite, intitulée The Bone Temple en VO (Le Temple des Morts chez nous), remet en scène le jeune Spike (Alfie Williams) dans la suite de son parcours, bien qu’elle fasse complètement omission de sa figure paternelle (Aaron Taylor-Johnson) au cours de cette aventure.
Dans ce nouveau volet de la saga, le docteur Kelson noue une relation aussi troublante qu’inattendue dont les répercussions sont susceptibles de bouleverser notre monde. De l’autre côté, la rencontre entre Spike et Jimmy Crystal tourne au cauchemar.
Dans LE TEMPLE DES MORTS, ce ne sont plus les infectés qui représentent la plus grande menace pour la survie de l’espèce humaine – c’est l’absence d’humanité des rescapés qui se révèle être le danger le plus terrifiant…

Car ce nouveau volet de 28 Ans Plus Tard pose avant tout son regard sur l’atypique Dr Kelson, interprété avec fougue par Ralph Fiennes, une fois encore. Mais aussi sur l’excentrique Sir Jimmy Crystal (Jack O’Connell), intronisé dans les dernières minutes du film de Danny Boyle. Ce faisant, ce nouvel opus déplace la menace représentée par les infectés vers les rescapés eux-mêmes. Par la même occasion, il ne vole pas son interdiction aux moins de 16 ans…
Le parallèle de la dissociation
Alex Garland compose ainsi un récit inédit qui rappelle, dans sa forme, 28 Jours Plus Tard, puisque la menace y change de camp au cours de l’aventure. D’autant plus qu’il enrichit ici son lore dans une direction inédite concernant le virus de la Rage.
Malgré tout, il est difficile de pleinement considérer Le Temple des Morts comme une œuvre à part entière, tant elle change de direction tout en s’avérant paradoxalement très familière. Entre son nouveau scénario (parfois foutraque) et une équipe technique entièrement remaniée, ce deuxième volet détonne par rapport au précédent. Pourtant, géographiquement, il demeure dans le pur prolongement de la précédente aventure.
Tous ces aspects en font-ils pour autant une nouvelle déception ? Bien au contraire. Même si le résultat risque à nouveau de diviser, ce ne sera pas pour les mêmes raisons.

« Ça vous affûte l’esprit et ça vous met en train pour une bonne petite fête d’ultra-violence. »
C’était la grande question pour tout cinéphile concernant cette suite : Nia DaCosta allait-elle suivre l’héritage visuel de Danny Boyle, ou trouver son propre ton ? Heureusement pour nous, la jeune réalisatrice américaine opte pour la seconde option, apportant une belle sensibilité au cœur de la brutalité. Un regard neuf dans des décors qui ne lui sont pourtant pas familiers.
En revanche, pour le spectateur, The Bone Temple replace son action dans des lieux plus communs ou connus, même si son introduction laisse présager le contraire — à l’instar d’une caméra tremblante filmant l’intronisation de Spike au sein des « Jimmies ».

C’est d’ailleurs l’un des aspects qui m’a le plus convaincu dans cette suite : la représentation de ce groupe fanatique, glacial et virulent, mené par un Jack O’Connell mémorable (le reste de la troupe étant notamment marqué par les présences féminines d’Erin Kellyman ou d’Emma Laird). Ce personnage fantasque devient ainsi la principale forme d’antagonisme du film, reléguant la menace infectée à l’arrière-plan.
Entre croyances, fanatisme et idéologie extrême, Le Temple des Morts réussit pleinement le déplacement de sa menace, à l’écran comme dans son récit. L’excentricité enfantine mais perverse de Jimmy Crystal en constitue le point culminant.
Il y a ici un véritable accordéon émotionnel, oscillant entre violence et contemplation sincère (le double montage y contribuant largement), qui fonctionne à merveille dans le film de DaCosta. La séquence de la grange en est la parfaite illustration : une démonstration graphique et psychique du fanatisme, et par extension de la manipulation, avant un clash astucieux entre les deux intrigues.

Le cas Samson
Un clash qui s’effectue dans un face-à-face savoureux entre les deux figures masculines dominantes, mais qui semble toutefois avoir un prix : le parcours de Spike est relégué au second plan. Après un premier volet qui faisait presque office de récit de passage à l’âge adulte (ou de fin de l’innocence), le jeune survivant — désormais quasiment orphelin — retombe dans un processus d’enfance perdue, pénalisant pour l’intrigue et, surtout, peu intéressant.
Ce pas en arrière, quelque peu étrange (et qui occulte au passage toute référence directe au précédent film), permet néanmoins de mettre en lumière non seulement le groupe de Jimmy, mais surtout le Dr Kelson. Et ce, quand bien même la dernière partie du film de Danny Boyle l’avait déjà parfaitement caractérisé.

En réalité, c’est son virage scénaristique, centré sur le cas Samson (Chi Lewis-Perry) et tout ce que cela implique, qui fait ici office de cœur émotionnel. Ces touches légères et contemplatives s’intègrent alors parfaitement à son parallèle de déshumanisation, tandis que le style cinématographique de la réalisatrice — plus sage que le reste de la saga — permet de nuancer l’alternance entre moments de tension et phases d’introspection. La bande-originale se révèle, à ce titre, parfaitement calibrée pour accompagner ces variations de tempo.
Moins grandiloquent que le film de Danny Boyle, moins frénétique également, et traversé par un léger ventre mou, ce second volet conserve néanmoins un bon équilibre sur ses 1h50. Même si sa dernière partie demeure plus bancale, celle-ci assure toutefois le spectacle, comme le souligne d’ailleurs astucieusement l’un des personnages.

Conclusion
Qu’il s’agisse de ses thèmes (violence, fanatisme, croyances, humanité persistante malgré l’apocalypse) ou de son style visuel, The Bone Temple réussit admirablement son exercice.
Certes, en tant que suite directe à proprement parler, ce deuxième volet tranche peut-être trop avec le précédent — à la fois déconnecté et étrangement familier — mais Nia DaCosta use intelligemment des outils à sa disposition pour se réapproprier les codes de la saga, tout en lui apportant une véritable valeur ajoutée.
Si son troisième volet n’a pas encore fait beaucoup parler de lui, la réalisatrice conclut néanmoins son film sur une note très (très) excitante, laissant espérer un dernier opus maîtrisé et cohérent pour conclure cette trilogie post-apocalyptique décidément marquante.
EN DEUX MOTS : 28 Ans Plus Tard : Le Temple des Morts s’impose comme une suite à la fois déstabilisante et stimulante, moins immédiate et moins frénétique que le film de Danny Boyle, mais bien plus introspective. En déplaçant intelligemment la menace des infectés vers les survivants eux-mêmes, Nia DaCosta signe un film imparfait mais habité, porté par une vraie sensibilité et un regard singulier sur le fanatisme et la déshumanisation. Si certaines ruptures narratives et le traitement en retrait de Spike peuvent frustrer, le film réussit néanmoins à enrichir l’univers de la saga et à poser des bases thématiques fortes, concluant sur une promesse enthousiasmante pour la suite de cette trilogie post-apocalyptique.
MA NOTE : 14.5/20

Points forts
- Déplacement pertinent de la menace : les survivants et le fanatisme comme véritable horreur
- Personnage de Sir Jimmy Crystal marquant, porté par un Jack O’Connell mémorable
- Interprétation solide et nuancée de Ralph Fiennes en Dr Kelson
- Thématiques fortes : violence idéologique, croyances, déshumanisation, humanité persistante
- Accord réussi entre violence et contemplation
- Mise en scène plus sensible et posée, assumant sa différence avec Danny Boyle
- Bande-originale bien calibrée, accompagnant efficacement les variations de rythme
- Conclusion très stimulante, ouvrant des perspectives prometteuses pour le dernier volet
Points faibles
- Parcours de Spike relégué au second plan et traité de manière peu convaincante
- Rupture parfois trop marquée avec le film précédent, donnant une impression de déconnexion
- Scénario parfois foutraque et inégal
- Dernier acte bancal malgré un spectacle assuré
- Rythme moins frénétique, pouvant frustrer les attentes des fans de la saga originale
Les crédits
RÉALISATION : Nia DaCosta / SCÉNARIO : Alex Garland
AVEC : Ralph Fiennes & Jack O’Connell, Alfie Williams, Erin Kellyman, Chi Lewis-Perry, Emma Laird, Louis A. Serkis, Mirren Mack (…)
SORTIE (France) : 14 Janv. 2026 / DURÉE : 1h49